La végétarienne

J’ai commencé la nouvelle année de belle façon avec un livre cadeau. La Végétarienne de la sud-coréenne Han KANG. J’en suis ravie. Il n’y a pas assez de littérature asiatique dans ma bibliothèque. Et quel livre…

La végétarienne, c’est Yeong-hye. Qui selon les mots de son mari M. Cheong, est banale. Si je l’avais épousée, bien qu’elle fût dépourvue de tout charme remarquable, c’était parce qu’elle n’avait pas non plus de défaut notable. La banalité qui caractérisait cette créature sans éclat, ni esprit ni sophistication aucune, m’avait mis à l’aise. Elle est une ménagère raisonnablement diligente, une conjointe plutôt attentive, pas profondément malheureuse et sans aucune grande passion. M. Cheong, est un employé médiocre, peu ambitieux, rarement enthousiasmé par sa vie mais pas de façon dramatique. Le temps passe et les deux vivent leur vie ordinaire. Mais leur ordinaire, il s’avère, est plus fragile qu’ils ne le pensent.

Les choses commencent à se briser le jour où Yeong-hye jette toute la viande du frigo et annonce que dorénavant, elle sera végétarienne. La seule explication qu’elle donne à son mari n’est pas très satisfaisante : « J’ai eu un rêve« . Nous savons quelque chose de la nature du rêve : il est sombre et sanglant.

Dans mon demi-sommeil, j’ai fait un rêve. J’étais en train de tuer quelqu’un. J’avais enfoncé un couteau dans son ventre que j’avais ouvert en y mettant toutes mes forces et j’en ai extrait les intestins. J’avais découpé la chair et les muscles pour ne laisser que le squelette, comme un poisson. Mais au réveil, j’ai été incapable de me rappeler qui j’avais assassiné. 

La violence éclate bientôt dans le monde éveillé de Yeong-hye, quand son père essaie de forcer un morceau de porc aigre-doux dans sa bouche, et dans la révolte elle se poignarde.

Et la descente psychologique est inexorable.  D’autres personnes sont entraînées, d’autres s’affrontent et le vœu de Yeong-hye de rester végétarienne est la seule constante d’une famille qui se désagrège sous nos yeux. Son mari est frustré de cette complication dans sa vie méticuleusement simple, et ne peut s’empêcher de ramener cela à lui. Que se passe-t-il quand ils doivent aller dîner avec son patron et que sa femme ne porte même plus de soutien-gorge ? Qu’est-ce que les gens vont penser ?

Sa soeur, In-hye, lutte avec son sens de la responsabilité familiale. Mais même quand un membre de la famille est en difficulté, le champ d’action reste limité.

La végétarienne est une histoire en trois actes : le premier nous montre la décision de Yeong-hye et la réaction de sa famille. Le deuxième se concentre sur son beau-frère, un artiste un peu raté qui devient obsédé par son corps. Enfin, le troisième sur In-hye, qui essaie de trouver sa propre façon de faire face à l’effondrement de la famille.

À travers ces trois parties, nous sommes confrontés aux aspects les plus inflexibles d’une société – les attentes de comportement, le fonctionnement des institutions – et nous les regardons échouer un à un. Ce roman montre à plusieurs reprises les frictions entre la passion énorme et le détachement froid, entre les désirs qui sont nourris et ceux qui sont niés. Avec une telle violence dans le monde intérieur de ces personnages, et une telle impassibilité exaspérante extérieure, ces passions intérieures sont tenues de sortir d’une manière ou d’une autre, et souvent pour le pire.

La Végétarienne est le premier roman de Han Kang que je lis. Et c’est une découverte que je chéris. Elle est une auteure audacieuse, viscérale, qui apporte ce qu’il faut de choquant pour révéler des histoires crues mais bien réelles. C’est une histoire magnifique, horrible et très vraie qui décrit aussi les maladies psychiques. Et de comprendre que les attentes implacables d’une société intériorisées par un être sensible, peuvent mener à la folie.

C’est un roman sensuel voire plus, provocateur et violent, avec des images puissantes, des couleurs étonnantes et des questions inquiétantes. Au fur et à mesure que Yeong-hye change, le langage du livre se déplace aussi, de l’irritation déconcertée du narrateur M. Cheong dans la première partie, à la prose mesurée du monde d’In-hye ensuite.

Les rêves de Hye et ses descriptions séduisantes des corps vivants peints avec des fleurs, dans des états de transformation ou de gaspillage, sont une belle expérience à lire et vivre en tant que lecteur. Même si c’est tout aussi douloureux.

Il a ramené vers le haut du crâne de la femme ses cheveux qui lui cachaient les épaules et s’est mis à dessiner en partant de la nuque. Des boutons de fleurs à moitié ouverts, pourpres et rouges, ont couvert bientôt les épaules et le dos, et de minces tiges ont coulé sur les flancs.

Que dire de plus pour vous inciter à le lire ? Il est en poche et donc parfaitement abordable…

 

4 Comments

des choses à dire

Je croyais que seul(e)s les trop et les très y plongeaient mais si les plutôt s’y mettent, on va se serrer dans le grand bain!
Ah tu sais susciter l’envie et même si je ne rêve plus beaucoup de mes tuyaux, les glouglous des autres m’intéressent.
Merci pour le partage et mille meilleurs vœux à toi, même si un peut-être suffira.
Je t’embrasse Murielle, jolie année à toi..
LO #nopsychotropesanymore#

Très envie de le lire. Merci de partager tes découvertes. Au titre je pensais que c’était une de tes nouvelles. Il y a longtemps que U n’as pas posté de tes fictions

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