Transparents

Je ne lis pas assez de livres des éditions Métailié, et cela doit changer tant leur catalogue est un vivier de beaux auteurs. Donc j’ai choisi de lire Les transparents de l’angolais Ondjaki. Ce roman est sorti en 2012 en Angola et en 2015 en France.

Cela va être difficile de vous raconter le roman, de le commenter et d’en dire tout le bien que j’en pense. Peut-être parce qu’il est différent de ce que j’ai pu lire auparavant. Parce qu’il est riche de poésie et que la poésie se ressent plus qu’elle ne s’explique.

Transparents-Ondjaki-MétaliéL’histoireUne source d’eau douce, ou une fuite intarissable, s’est ouverte au premier étage d’un vieil immeuble du centre de Luanda. Les habitants s’y retrouvent pour un moment de conversation et de repos. Ce sont des gens simples qui partagent leurs vies et leurs souvenirs, ce sont des personnages surprenants et complexes qui ont des désirs, des rêves, des peines. Ils racontent leurs histoires, la guerre, et pensent à l’avenir.

Il y a Odonato qui a la nostalgie de la Luanda d’autrefois, il a cessé de manger pour laisser la nourriture à ses enfants et est en train de devenir transparent. Il y a Amarelinha sa fille, la brodeuse de perles, qu’aimerait approcher le jeune MarchandDeCoquillages, toujours accompagné du bruit de son sac de marchandise et de l’Aveugle qui le suit. Il y a MariaComForça, qui vend du  poisson grillé, et son mari le débrouillard qui monte une salle de cinéma sur le toit de l’immeuble. Le Facteur qui distribue ses lettres de protestation et réclame une mobylette à tous les représentants d’une autorité quelconque. Et Paizinho, le jeune garçon qui cherche à la télévision sa mère dont il a été séparé par la guerre.

L’immeuble abrite aussi des journalistes, des chercheurs, des contrôleurs, tous intéressés par les richesses naturelles du pays et le développement de la grande ville africaine : pétrole ou eau potable, corruption ou bien public. Toutes ces histoires tissent la toile de fond d’une Angola en cours de transition brutale entre sa culture traditionnelle et la modernité.

Oui, même le résumé des Transparents proposé par Métailié ne peut se faire pas en quelques caractères…

Tout se déroule dans un immeuble. Un immeuble peuplé d’hommes et femmes, d’âmes et de vies différentes qui se croisent, cohabitent, se cherchent et vivent au gré du temps et de la situation actuelle à Luanda. Cette période de guerre civile qui met fin à la dictature qui a déchiré l’Angola et qui voit le pays se transformer.

La source d’eau particulière va aussi transformer la vie des résidents de l’immeuble. Cette source est censée offrir un bien-être propice au repos et à la conversation. Alors ils vont parler. Parce qu’il y a toujours quelque chose à dire. Les souvenirs se mêlent aux espoirs, les regrets aux envies, les jolies choses et celles qu’il vaut mieux garder cachées.

Passés la surprise et le temps d’ajustement, l’absence de point et de majuscule ne dérange plus. C’est même une absence positive qui apporte du rythme. Il faut souligner que son écriture n’est pas dense ou difficile. Il a le talent de décrire des scènes complexes avec légèreté et simplicité. C’est la narration de la vie ordinaire et extraordinaire, où les conversations ne se font pas avec une forme et une syntaxe établies. Ce sont des moments de vie, des bribes où l’on sort de conversation pour en interrompre une autre, puis en commencer une troisième. C’est bizarre parfois mais c’est vivant et enlevé. Oui, c’est la vie, composée de paragraphes mais sans majuscules et avec très peu de ponctuation…

Je pourrais vous parler du facteur qui lit les lettres avant de les distribuer

et comme ça vous lisez les lettres des autres, camarade Facteur ?
– c’est juste une distraction pour se distraire. mais je suis comme les enfants : j’oublie tout tout de suite après
MariaComForça remua les braises avec ses doigts, souffla sur le charbon avec précision et, entre les rubans de fumée, regarda le Facteur
– comme j’aimerais encore savoir oublier…

ou de GrandMèreKunjikise dont le visage apaise Odonato

– hum – sourit la vieille femme –, on n’oublie pas la langue de son cœur. je parle umbundu pour voir si mes morts m’entendent encore…
– je sors, mère. dites à Xilisbaba que je suis allé au commissariat porter à manger à Ciente
– va les yeux ouverts. là où tu crois qu’il y a un arbre, il n’y a qu’une ombre… ce sont tes yeux de père qui ne veulent pas voir la vérité…

Odonato qui non seulement est transparent mais devient léger, de plus en plus léger

un homme peut être à lui seul un peuple, son image peut être celle du peuple…
– et le peuple est transparent ?
– le peuple est beau, dansant, fantasque, fou, ivre… Luanda est une ville dont les habitants font semblant d’être ce qu’ils ne sont pas
– ce n’est pas le peuple qui est transparent… – tenta la journaliste
– non, ce n’est pas tout le peuple. quelques-uns seulement sont transparents. mais je crois que la ville parle à travers mon corps…

C’est un beau roman, c’est une belle écriture (traduite du portugais par Danielle Schramm – je devrais aussi signaler plus souvent le travail magnifique des traducteurs).

C’est une histoire, des histoires qui ne peuvent être que belles quand Ondjaki signale à la fin que « ces pages ont été écrites et vécues avec la musique de wim mertens, paulo flores, cat power, joaquín sabina, keith jarrett, ruy mingas, antony and the johnsons, thomas feiner & anywhen, lavoura arcaica soundtrack, sigur rós, lhasa, bon iver, beethoven, mozart, entre autres« …

 

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