Line of Duty – implacable série policière

écrit par murielle

La saison 4 de Line of Duty vient de se terminer et j’attends déjà la saison 5. Depuis 2012, ça était un flux tendu de corruption, de torture et meurtre, resserrant les vis à chaque nouvelle série et devenant de plus en plus travaillé et impitoyable.

Jed Mercurio, l’auteur de la série, est un génie de l’écriture télé, sachant distiller les informations et le suspense dans une série sans temps mort. Line of Duty se déroule dans une unité de police anglaise fictive, l’AC-12 (anti-corruption unit).

Servi par un casting impeccable, Line of Duty nous amène dans un monde de meurtre de police par la police, dans des circonstances souvent choquantes, silencieusement horrifiantes et profondément réfléchies.

Au moment où la police anglaise réelle est encore sous le feu de l’actualité et fait face à des allégations d’opérations déloyales et de corruption (dans l’enquête sur le meurtre d’un adolescent noir Stephen Lawrence et d’autres), voici des policiers qui n’ont pas peur de se brûler.

La série reflète un monde dans lequel la ligne de démarcation entre la droiture et le mal, entre les bons et les méchants, n’a jamais été aussi mutable. La série 2016 a d’ailleurs été la meilleure, mêlant des faits réels à la fiction, avec des références à des abus sexuels avérés en Grande-Bretagne, couverts par le gouvernement.

L’ambiguïté morale des forces de police et la question de savoir en qui avoir – ou ne pas avoir – confiance – avec ou sans uniforme – n’ont jamais été aussi pertinentes. Vingt-cinq ans après la catastrophe de Hillsborough, des questions sur la conduite de la police et la dissimulation subséquente des événements de ce jour sont toujours posées.
Puis il y a eu le soi-disant Plebgate, après quoi il est apparu qu’un officier en service a menti sur une altercation avec le whip en chef à Downing Street.

Line of Duty est également crédible dans toutes les procédures administratives et la politique de bureau, même si la vraie police, sans surprise, n’a pas coopéré. Existe-t-il un chef aguerri plus convaincant à la télévision que Ted Hastings (Adrian Dunbar) ? Ou un meilleur voyou que Cottan (Craig Parkinson). Ou un flic aussi engagé que Steve Arnott (Martin Compston) ? Enfin, DC Fleming (Vicky McClure) sort de l’ombre de ses collègues de l’AC-12 et donne un coup de pied dans la fourmilière d’un corps de métier sérieusement sexiste.

Au cours des dernières années, ce sont des drames scandinaves qui ont ouvert la voie à la création de policières iconoclastes et inclassables comme Sarah Lund et ses pulls de laine dans The Killing et Saga Noren, déroutante dans The Bridge.
Ici, hommes et femmes ont le beau et mauvais rôle à égalité. Chaque saison a montré des agents corrompus, sans égard pour leur sexe, homme et femme ont alterné dans le rôle du suspect avéré ou pas.

Les spectateurs ont résolu toute cette ambiguïté – sans parler de l’excellente écriture, de l’action formidable et d’un complot compliqué qui ne les traite pas comme des idiots. Ainsi, les scènes d’interrogatoire montrent de long face-à-face, fait de questionnements, de retournements, de manipulations et d’une autopsie des faits qui laisse le spectateur hors d’haleine.

Des faits isolés peuvent s’accumuler pour créer le récit. Et cela vaut également pour résoudre un crime. Les agents de lutte contre la corruption d’AC12, sont les personnages constants, mais à chaque saison, de nouveaux acteurs vedettes jouent aux flics sur lesquels ils enquêtent. Thandie Newton, en tant que détective principal et Jason Watkins, jouant un expert en médecine légale, ont joué dans cette saison. Lennie James, Daniel Mays et Keeley Hawes (exceptionnelle) ont fait partie des saisons précédentes.

Jed Mercurio écrit sur la façon dont nous identifions la « réalité objective ». C’est devenu un sujet important parce que c’est la société qui est infiltrée, pas seulement la politique. Il n’y a pas si longtemps, quelqu’un en possession des faits avait un grand pouvoir. Et quelqu’un serait éliminé d’une conversation s’il n’avait pas les faits ou l’expertise.

Il explique que « nous sommes maintenant dans cette situation où vous pouvez réellement parler comme si la bêtise était une vertu, dans laquelle toutes les données sont traitées comme ayant la même valeur. Les gens sont prêts à ignorer la réalité objective et à l’utiliser pour leur propre programme politique, ou autre ».

C’est ainsi que l’on voit la pression exercée sur le chef de l’AC-12 pour restreindre le nombre d’agents à enquêter, par un candidat politique justifiant cette pression par « nous devons trouver suffisamment mais pas trop de corrompus pour montrer que nous faisons notre travail ».
Ce à quoi Ted répond : « je chercherai la pomme pourrie et tout le putain de baril » !

Le résultat est une atmosphère authentique et une série qui représente les réalités complexes du travail de la police moderne, avec un œil inflexible et une recherche de la vérité basée sur des faits, des preuves et non pas des approximations.

 

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