Ernest Hemingway – un homme (pas) comme les autres

écrit par murielle

C’est l’été, c’est les vacances et mon budget super limité me pousse à profiter de mon canapé, des terrasses de café et des bancs le long de la Charente pour lire ce que je n’ai pas eu le temps ces derniers temps.

C’est ainsi qu’avant « d’attaquer » les nouveautés, j’ai lu une biographie, ou plutôt un écrit sur les relations entre Ernest Hemingway et son plus jeune fils Gregory, écrit par John Hemingway, petit-fils de l’un et fils de l’autre, Strange Tribe: A Family Memoir.

« Papa » Hemingway n’est pas seulement un auteur très admiré, il est aussi considéré comme l’homme américain. Le macho et l’artiste parfait. Le voyageur idéal aussi. Celui qui, pauvre ou riche, a vécu et traversé tant de pays, villes et villages. Marcher seul sous la pluie, fréquenter les bars parisiens et espagnols, chasser dans les collines vertes de Tanganyika (devenue la Tanzanie), visiter la Gallerie dell’Accademia à Venise et admirer le Tintoret, pêcher en haute mer à Cuba, aimer, trop aimer, boire, trop boire et vivre comme sur des montagnes russes, voilà ce qu’est Hemingway. Sa vie et sa littérature.

Mais plus récemment et pour les lecteurs littéraires plus sensibles aux notions de genre, Hemingway est un personnage qui va au delà de tout ça.

La vie d’Hemingway est déjà bien racontée dans de nombreuses biographies. Des années premières à Oak Park, une banlieue de Chicago, avec un père distant, maniaco-dépressif, qui s’est finalement suicidé, et une mère froide qui ordonne le jeune Ernest de quitter la maison. Cette mère qui, quelques années plus tard, quand son premier roman – un succès –  est publié, a trouvé une critique locale entièrement négative et lui a envoyé. L’absence d’années universitaires, ce qu’il cherchera toujours à compenser intellectuellement, mais l’expérience de la guerre. Hemingway est allé au front italien en 1918, à dix-huit ans, en tant que conducteur d’ambulance, en compagnie du romancier John Dos Passos.

Dos Passos avait un sens aigu du véritable gaspillage et de l’horreur de la guerre, alors que Hemingway l’a considérée comme l’occasion d’un spectacle héroïque d’endurance stoïque. Au début, son courage est indéniable ; au bout de quelques semaines, il a été soufflé par un mortier et s’est rétabli à l’hôpital, tombant amoureux d’une belle infirmière.
Ce n’est qu’après son mariage avec Hadley Richardson, une héritière de Saint-Louis, qu’il partit pour Paris, arrivant à la fin de 1921 avec la détermination de devenir un grand écrivain , ce qui est très touchant pour quelqu’un qui a reçu si peu d’encouragements.

Le charisme et la beauté d’Hemingway lui ont facilité la vie, et cela durera longtemps. De tous les cadeaux qui peuvent enrichir une carrière littéraire, le physique est le plus hypocritement oublié or il n’est pas le moins important.

Mais cette biographie va plus loin et révèle ce qui cachait derrière l’homme. L’étalage de virilité comme le moyen de cacher quelque chose. Le renversement de genre apparait clairement dans la relation d’Hemingway avec son plus jeune fils, Gregory.

Hemingway surprend son fils aimé, qu’il appelait Gigi, essayant les bas de sa mère dans la chambre parentale à Cuba, et lui dit: « Nous venons d’une tribu étrange, toi et moi. Nous sommes les deux cotés d’une même pièce ». Sans doute a-t’il vu dans son garçon préféré, travesti et en proie à la dysphorie de genre , des ambiguïtés partagées qu’il ne pouvait avouer, et qui le rendent à la fois enragé et, curieusement, touchant et empathique.

Leurs lettres, réimprimées dans ce livre, sont profondément émouvantes, dans leurs moments de cruauté et de perspicacité. « Gigi est celui avec le côté le plus sombre de la famille », a déclaré Hemingway.

L’écrivain se suicide le 2 juillet 1961 d’un coup de fusil, lui qui avait toujours blâmé son père, considérant son suicide comme un acte de lâcheté. Cette mort fait partie de la palette de tragédies. Cependant, la malédiction discutée des Hemingways, est surtout une maladie psychique, ce « gène de bipolarité » qui a touché plusieurs générations. Le chemin du suicide est déchirant à considérer: le père, Clarence, Ernest, son frère Leicester, et sa soeur Ursula, sa petite-fille Margaux.

Quant à Gregory, transexuel, il change de sexe à l’âge de soixante-trois ans pour devenir Gloria et meurt dans le centre correctionnel pour femmes de la prison de Miami-Dade en 2001.

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Épicurien, passionné, « larger than life », Ernest Miller Hemingway laisse derrière lui des écrits, minimalistes ou fastueux, toujours aussi passionnants dans leur exactitude et leur audace. Il était un homme aussi courageux que talentueux. Parmi les plus grands écrivains.

 

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