Réflexion sur le fait de marcher et un livre

écrit par murielle

Le sport et moi on n’est plus copains depuis quelque temps. Mon corps, m’a un peu laissée tomber. Mais cela ne m’empêche pas de marcher. Je pratique avec plaisir et assiduité la marche. Plus que pour l’activité elle-même, c’est pour ce qu’elle m’apporte intellectuellement.

Que ce soit dans un but précis, d’un point A à un point B, pour une balade, pour un rendez-vous, pour voir quelqu’un, pour prendre l’air… tout le monde marche. Mais tout le monde ne réalise pas combien marcher est aussi une passerelle pour la réflexion.

Parce que la marche est riche de pensées si elle est libre, choisie et sans autre objet que de passer un moment avec soi-même. La pensée suit un tempo lent, quel que soit le rythme de mes pas. Le seul rythme à suivre et respecter est celui de la respiration. Et de me surprendre parfois à parler à voix haute, à répondre à des questions que je me pose, à pleurer aussi, parfois. Elle apaise ou anime.

Il y a bien trop de régularité, de mobilité rythmée dans la marche pour provoquer l’ennui qui s’entretient d’une agitation vide (âme qui tourne en rond dans un corps immobile). C’est ainsi que les moines avaient proposé la promenade comme remède à l’acedia, ce mal insidieux qui ronge l’âme.

Frédéric Gros

Marcher
Sempé

« Dis-moi comment tu marches… » La marche, c’est faire un pas devant l’autre, l’un après l’autre. Il en va de même pour les idées. C’est envisager un principe puis un autre. La pensée est toujours en instabilité ; le questionnement est un mouvement, comme la marche. Dans les deux cas, il s’agit d’une recherche permanente d’équilibre. Un pas puis un autre, puis un autre…

Marcher permet de faire l’expérience de mes limites. Les limites du corps qui n’est pas tout puissant, parfois même défaillant, du souffle à trouver ou à garder, la fatigue qui envahit puis s’oublie. Marcher c’est aussi cheminer, changer de voie, se perdre, se retrouver, mais toujours aller quelque part, parfois même droit au but.

Enfin, marcher c’est choisir la lenteur, refuser l’obsession contemporaine de la vitesse et de la performance. Marcher pour ne pas être esclave d’un temps donné. Vouloir marcher, pour s’offrir du temps ou le prendre. Marcher pour s’affirmer ou se respecter.

La marche est inutile comme toutes les activités essentielles. Superflue et gratuite, elle ne mène à rien sinon à soi-même après d’innombrables détours. Elle n’est jamais subordonnée à un but mais à une intention, celle de reprendre son souffle, de retrouver un peu de légèreté, une envie de sortir de soi.

David Le Breton

Marcher

 

 

Comments: 3

  1. LO says:

    Oui ! Je marche à présent énormément dans mon jardin et mon potager. Bon, parfois je piétine. Et je cours après ma tondeuse sur 1 800 mètres carrés. C’est la voie royale vers l’apaisement.
    Bonjour Murielle ! Je pense à toi souvent

  2. J’ai beaucoup aimé le livre de Frédéric Gros sur la marche que je pratique, plus courte ou plus longue, tous les jours. Mais le livre de David Le Breton je ne le connais pas. Il faut être mort pour ne pas sentir l’envie de marcher.

  3. Nathalie says:

    J’ai rarement pensé à la marche comme une réflexion philosophique. Je comprends l’opposition à la vitesse, au rythme imposé par la société ou par nous-même parfois :-)

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