Les fantômes du pays – Nathan Hill… et faire le plein d’histoires

écrit par murielle

J’ai hésité à parler du premier roman de Nathan Hill, Les fantômes du pays. J’aime la littérature américaine et les critiques étant plutôt bonnes, je me suis dit pourquoi pas.

Et je ne sais pas si j’ai aimé ou pas. C’est un roman tout-en-un. Il est un mélange de roman historique, de BD avec des personnages parfois dans la caricature, un roman mystère et un essai politique.

Nathan Hill-Les fantômes du vieux passéL’histoire : scandale aux États-Unis : le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, a été agressé en public. Son assaillante est une femme d’âge mûr : Faye Andresen-Anderson. Les médias s’emparent de son histoire et la surnomment Calamity Packer. Seul Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, passe à côté du fait divers, tout occupé qu’il est à jouer en ligne au Monde d’Elfscape. Pourtant, Calamity Packer n’est autre que sa mère, qui l’a abandonné à l’âge de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui avait versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en justice. 

Le début annonce la couleur – ou pas… L’agression du gouverneur semble être une excellente ouverture à une satire politique – la folie des nouvelles sur le câble est particulièrement bien décrite – mais Hill a quelque chose à l’esprit de beaucoup plus ambitieux pour son roman qui couvre de de 1950 à 2011, l’Amérique mais aussi la Norvège et le cybermonde de « Elfscape », largement inspiré de World of Warcraft première version.

Les fantômes du vieux pays parlent entre autres choses, des médias – « une force qui nous bafoue tous » – des jeux vidéo – « pas tant une question de compétences ou d’adresse qu’une question de mémorisation de schémas prédéfinis et une capacité à faire plusieurs choses en même temps » –  et de la co-dépendance des extrémistes politiques :  « les manifestants et la police, les progressistes et les conservateurs – ils ont besoin les uns des autres, ils n’existent pas les uns sans les autres, chacun a besoin d’un opposant à diaboliser« .

Alors, comment dire… C’est bien mais c’est beaucoup trop. C’est un roman fourre-tout avec beaucoup de bonnes idées, des thèmes fouillés, des réflexions intelligentes, des personnages, des moments tristes, d’autres plus amusants, de la satire, de l’exubérance.  C’est le roman d’un auteur avec beaucoup de talent, beaucoup d’imagination, qui ne sait pas encore s’il aura l’opportunité d’écrire une deuxième roman et qui met alors tout, TOUT, dans son premier.

C’est un roman plein de qualités avec une force dramatique réelle, en particulier la capacité de Hill à intégrer les détails historiques en douceur dans un complot bien orchestré. Mais parce qu’il faut un mais, il aurait vraiment du passer par l’étape de l’élagage. Un personnage secondaire occupe des dizaines de pages uniquement pour que Hill puisse parler de jeux, de sciences cognitives et de l’ère paléolithique. Le journaliste américain Walter Cronkite apparaît afin que Hill puisse parler des changements dans les médias. Cela dit, la sympathie de l’auteur pour ses personnages est réelle même s’il les instrumentalise pour servir son propos.

Mais dans cet excès d’histoires, dans ce trop plein narratif, une multitude de petites scènes et saynettes m’ont ravie. L’humour est spirituel, la réflexion intelligente et je suis persuadée que Nathan Hill a en lui les graines d’un deuxième grand roman.

J’ai vu une aurore boréale une fois. J’espérais être émerveillé, et je l’ai été. J’étais très déçu, car c’était exactement ce à quoi je m’attendais. Que ça te serve de leçon.

– De leçon pour quoi ?

Pour ce livre extraordinaire que tu veux écrire. Et ce que tu en attends comme sentiment d’accomplissement. pense aux aurores boréales. C’est une métaphore bien entendu.

 

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