Call me by your name

Au mois de février, sort un film, Call me by your name, tiré du roman de l’américain André Aciman, publié en France sous le titre Plus tard ou jamais aux Éditions de l’Olivier.

Il est films qui passent. Sur le moment, on le regarde, on apprécie, on aime, on en discute ou pas et c’est terminé. Mais il est des films qui restent. On le regarde, on apprécie et ils ne nous quittent pas, longtemps après ils sont encore là, on y pense, on analyse ou on est encore plus touché plus tard, passé le moment de l’émotion instantanée.

C’est le cas avec Call me by your name. Il y a dans ce film quelque chose qui va au delà d’une simple histoire d’amour d’été et la découverte de la sensualité.

call me by your nameL’histoire : Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances avec sa famille.

Oliver est le dernier d’une série d’assistants de recherche annuels qui rejoint le professeur Perlman (Michael Stuhlbarg) dans sa fabuleuse villa d’été. Le père d’Elio est un américain archéologue/ historien de l’art, et sa mère française (Amira Casar) traductrice, récite de la poésie allemande, la traduisant à la volée alors que les deux hommes de sa vie se blottissent avec elle sur le canapé.

Pour le plaisir, Elio (Thimotée Chalamet) transcrit des partitions de piano classiques, qu’il peut également transposer à la guitare. Et flirte avec son amie Marzia. La famille Perlman est de celle qui peut faire une référence à Heidegger dans une conversation et c’est naturel.

C’est un monde intellectuel et ouvert où le blond Oliver (Armie Hammer), aux épaules larges de nageur, s’intègre bien. Il intéresse le professeur Perlman avec ses connaissances en étymologie, décomposant le mot «abricot» jusqu’à ses racines latines, grecques et arabes. Sa chemise à moitié déboutonnée révèle un collier avec l’étoile de David, qui surprend Elio. Elio explique plus tard que sa mère considère les Perlmans « juifs dans la discrétion » dans un village du nord de l’Italie.

 

Au début, Elio est agacé par Oliver « l’usurpateur’ et sa trop forte présence très américaine, mais il devient rapidement entiché. Ce qu’Oliver éprouve pour Elio est plus un mystère, mais les jours et les nuits se passent : repas al fresco, bal du soir à danser sur Love my way des Psychedelic Furs, baisers échangés avec des filles, jusqu’à ce que les invitations à aller nager dans la rivière finissent par devenir intimes.

Le film, dirigé par Luca Guadagnino (James Ivory pour l’adaptation du roman) raconte la sensualité d’un été italien – à manger, boire, jouer, nager, lire ou dormir au soleil – le plaisir sensuel mais aussi le désir qui le précède. Il est sur la soumission extatique à l’amour, sur la culture intelligente de toutes ces choses.

Call me by your name est un travail magistral en raison de la spécificité de ses détails. Certes c’est une histoire d’amour qui pourrait être universelle. Mais ce n’est pas que cela. C’est clairement une histoire d’amour homosexuelle, écrite (et vécue) par un auteur homosexuel. Le niveau de confiance et de force que partagent ces personnages apporte une richesse qui n’est pas nécessairement connue d’un public universel. Parce qu’il est des codes que l’on ne connait pas : vouloir l’autre mais encore plus, devenir, être l’autre, call me by your name and I will call you by mine…

Mais ce film, exposé à tous et magnifiquement joué par tous ses acteurs, est un exemple, encore une fois, de la façon dont les films peuvent créer de l’empathie d’une manière presque spirituelle. À l’exemple de Marzia (Esther Garrel), amie- amoureuse d’Elio, « séduite » puis délaissée, qui comprend, malgré tout, et offre avec la finesse d’une poignée de main, son amitié éternelle.

 

La première fois, lutte maladroite entre les deux hommes, puis les moments de passion et de désir sont plus diffus, moins voyants (ah cette pêche…) mais non moins explicites que dans le roman. L’amour d’Oliver et Elio est excitant et sexy et émouvant en raison de la sophistication et de l’intelligence émotionnelle qu’il contient et présente. Ce sont deux être aussi beaux qu’intelligents et leur histoire n’a rien de sordide.

 

Call me by your name raconte une liaison physique, sexuelle, dans laquelle beaucoup est un enjeu, mais curieusement, l’homophobie en tant que telle ne semble pas être le problème majeur. Oliver dit que son père serait dégoûté, mais le père d’Elio ne l’est pas, et sa compréhension et sa sagesse morale font partie de ce qui rend ce film si merveilleux, en particulier dans son dernier discours à Elio, reproduit fidèlement du livre. C’est aussi l’acceptation et l’amour inconditionnel d’un père pour son fils, la richesse que procurent l’intelligence et la culture dans la compréhension des choses du coeur.

Call me by your name - Michael Stuhlbarg and Timothée Chalamet

Tu es trop fin pour ne pas comprendre combien ce que vous avez eu tous les deux était rare, spécial. […] Tu as eu une belle amitié. Peut-être plus qu’une belle amitié. […]  S’il y a du chagrin, chéris-le, et s’il y a une flamme, ne l’éteins pas, ne sois pas brutal avec elle… Le manque peut être une chose terrible quand il nous tient éveillé la nuit, et voir les autres nous oublier plus vite qu’on ne voudrait être oublié n’est pas mieux… Nous arrachons tant de nous-mêmes pour guérir plus vite qu’il ne le faut, qu’à trente ans nous sommes démunis et avons moins à offrir chaque fois que nous commençons avec quelqu’un de nouveau. Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir – quel gâchis ! […] souviens-toi, notre cœur et notre corps ne nous sont donnés qu’une fois…

 

En un été bouleversant, le désir d’Elio trouve son but. Il aime, et en aimant, il devient.

 

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