Natura abhorret a vacuo

Je suis allongée, dans une drôle de position sur le tapis de gym, regardant le plafond au-dessus de moi. J’expire délibérément, puis je laisse mes poumons se regonfler d’eux-mêmes. Je m’efforce de me concentrer sur cette respiration légèrement contre-intuitive, mais je suis distraite. Mon esprit, comme la nature, a horreur du vide.

Je pense à des choses qui n’ont aucun rapport avec la séance de stretching et la salle de gym dans laquelle je me trouve ce matin, et plus avec mon entretien semestriel vendredi prochain. Mais si seulement… Je pense aussi à ce qui pourrait aller mieux, à ce que je devrais changer, à ce que je n’arrive pas à solutionner, à ce qui m’empêche encore de bien dormir.

Je ne fais pas, en règle générale, de résolutions au Nouvel An. En tant que personne qui lutte contre ses anxiétés les plus profondes, les 12 mois qui précèdent la veille du Nouvel An ne me remplissent pas d’excitation ou d’anticipation. Je me demande juste ce qui pourrait aller bien ou de travers.

©Wanker&Wanker

 

Je suis aussi sensible que les autres à ce qu’est une promesse ou une décision et à ce qu’elle engendre. À l’idée qu’avec le bon dosage d’effort, je pourrais être plus en forme, plus intelligente, plus heureuse, mieux quoi.

Mais dans ce nouveau janvier, alors que je navigue dans un mois bizarre et pluvieux je me retrouve à ressentir la même chose : je suis plus âgée, plus sage et pire.

Nous vieillissons, mais nous ne changeons pas. Nous devenons plus sophistiqués mais au fond nous ressemblons encore à celui ou à celle que nous étions enfant, avide de connaître l’histoire suivante, et la suivante encore et encore la suivante.

Paul Auster.

C’est le temps et les efforts que tout cela implique qui me découragent. Parce que c’est un travail et que j’ai déjà un travail. Je suis attirée par les solutions rapides. Celles qui ne demanderaient pas autant d’investissement, de temps et de patience. Serait-il possible de procéder à une amélioration de soi de la valeur d’une année en juste quelques minutes d’effort par jour ?

©Bethany Young Photography

 

Ou peut-être arrêter de se soucier de tout ça. Arrêter de vouloir être une meilleure version de soi-même. S’en foutre. Se foutre de savoir ce que « les autres » pensent de nous. Se foutre de vouloir être la meilleure au travail. Se foutre d’être une bonne personne, amie, amoureuse, tante, collègue, etc.

L’énergie qu’il reste serait désormais dépensée pour des choses plaisantes. Après tout, je pense savoir qui je suis et ce que je vaux. Et je n’ai plus le désir de changer ce qui semble maintenant inévitable dans ma vie. Quelque chose comme Bannis de ton coeur le chagrin, et éloigne le mal de ton corps ; car la jeunesse et l’aurore sont vanité.

 

©Marc Johns

quelque chose à dire

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