L’été, des romans et des histoires

Enfin l’été est terminé. La chaleur écrasante prenant le pas sur tout le reste, dictant le comportement, choisissant les règles de vie. « Cette nuit tu ne dormiras pas, aujourd’hui tu souffriras, irritable ou amorphe tu seras ». Le soleil – et ses effets – comme la part décisionnaire de notre vie. C’est ainsi que l’été s’est déroulé.

La vie s’écoule autrement quand il faut chaud. La température montante change nos habitudes, nos envies, exacerbe ou éteint les désirs.

Je t’en prie, bon Mercutio, retirons-nous ; la journée est chaude ; les Capulets sont dehors, et, si nous les rencontrons, nous ne pourrons pas éviter une querelle : car, dans ces jours de chaleur, le sang est furieusement excité !

Roméo et Juliette – Shakespeare

Et c’est en cela que les saisons sont parfaites. Elles sont faites pour les métaphores. Elles se prêtent chacune à un certain type d’histoire : les histoires d’hiver parlent de difficultés, le printemps d’éveil sexuel. Mais l’été – l’été tant attendu, l’été fou – est le moment où les choses deviennent intéressantes. Les enfants et les élèves sont libres, prêts à semer le trouble et à apprendre de façon différente en dehors des cours. Les adultes sont autorisés à agir par impulsion parce que tout le monde devient fou dans la canicule ! Même des journées d’été paresseuses mènent à quelque chose d’inattendu : pensez à Tom Ripely sirotant un Negroni alors qu’il planifie un meurtre. Monsieur Ripley – Patricia Highsmith Ripley voulait tout, l’argent, le succès, la belle vie. Il était prêt à tuer pour obtenir tout ça… Second roman de Patricia Highsmith, Monsieur Ripley est l’acte de naissance d’un des plus extraordinaires personnages de roman policier de tous les temps : Tom Ripley, immoraliste aussi séduisant que dangereux, cynique et d’une intelligence hors du commun. Chargé par un richissime Américain de lui ramener son fils parti en Italie, il va bientôt concevoir un projet diabolique : se substituer au fils prodigue, et vivre à sa place une vie dorée… La Sicile en été, la chaleur et les rencontres dangereuses, le cocktail détonnant pour un roman noir, psychologique qui a inspiré deux films, Plein Soleil de René Clément et le beaucoup moins réussi Le talentueux Mr Ripley d’Anthony Minghella.   Expiation – Ian McEwan C’est un des meilleurs romans de McEwan, avec une puissance romanesque différente de ceux d’avant et ceux d’après. L’histoire se passe pendant l’été 1935, dans la canicule du mois d’août, et rend hommage au Messager de LP Hartley.
J’aime l’Angleterre sous la canicule. C’est un tout autre pays. Toutes les règles sont changées. […] Au club, la salle de billard est le seul endroit où l’on puisse rester en bretelles. Mais si la température atteint 32 degrés avant trois heures, on peut tomber la veste le jour suivant. – Le jour suivant ! Un tout autre pays, en effet. – Tu vois ce que je veux dire. Les gens se sentent plus à leur aise –deux jours de soleil et nous devenons italiens.
Briony, jeune adolescente d’une famille aisée et écrivain en herbe, interprète à tort une scène surprise entre sa grande sœur et le fils d’une domestique. Son erreur de jugement, liée à son imagination débridée, va provoquer un drame qui marquera la famille à jamais. C’est devenu Reviens-moi au cinéma.   Le Messager de LP Hartley Célèbre pour ses premières lignes – Le passé est un autre pays. On y fait les choses différemment – et malheureusement épuisé en France depuis des années, le roman raconte l’été de l’année 1900. Leo, 13 ans, est invité à séjourner pendant ses vacances chez un camarade de classe, à Brandham Hall, une demeure dans le Norfolk. Très vite, il se verra confier le rôle de messager entre la belle et riche Marian, la sœur aînée de son ami et Ted Burgess, le tenancier de la ferme du domaine. Adolescent rêveur et romanesque, Leo jouera un rôle de plus en plus important dans leur jeu dangereux, un jeu fait d’amour, de désir mais aussi de mensonge qu’il n’est pas tout à fait à même de comprendre… C’est un chef d’œuvre en termes d’intrigue, de style et de profondeur psychologique. Situé à l’été 1900 mais publié en 1953, il raconte l’histoire de désirs d’adultes empiétant sur la naïveté de l’enfance. Si le film de Joseph Losey, en 1970, rend justice au roman, il ne remplace pas sa prose sublime.   Frog music – Emma Donoghue À l’été 1876, la ville de San Francisco suffoque sous une chaleur accablante. Dans le saloon des McNamara, en lisière d’une voie ferrée, un coup de feu retentit dans la nuit. Blanche Beunon échappe de justesse à la mort qui n’épargne pas son amie Jenny. Inconsolable, Blanche va tout mettre en œuvre pour confondre le meurtrier de Jenny et le conduire devant la justice. C’est un western féministe passionnant et intelligent. Le fait que le roman soit tiré d’une histoire vraie et mêlé aux paroles épurées des chansons contemporaines donne à ce récit une nouvelle dimension. Attirés dans la toile paranoïaque de l’intrigue, nous rencontrons un large éventail de personnages scintillants et désagréables, le tout sur fond de canicule, une épidémie de variole et de tensions raciales.     Gatsby le magnifique Francis Scott Fitzgerald La fête impromptue que les Buchanans donnent à l’hôtel Plaza est peut-être une des scènes clés du roman de Francis Scott Fitzgerald qui utilise l’été pour accentuer on effet. La chaleur claustrophobe et collante, une atmosphère inconfortable et étouffante dans tous les sens du terme.
« … bien que j’aie le souvenir physique très net que tant qu’elle dura mes caleçons s’obstinèrent à s’enrouler autour de mes jambes comme des serpents moites et que des gouttes intermittentes de sueur se pourchassaient, glacées, sur mon dos. Née d’une boutade de Daisy qui aurait voulu qu’on louât cinq salles de bains pour y prendre tous des bains froids, l’idée assuma une forme plus tangible sous la guise d’un endroit où l’on pourrait boire un julep à la menthe. […] La pièce était vaste et sans air. Bien qu’il fût déjà quatre heures, nous ne réussîmes en ouvrant les croisées qu’à admettre une bouffée de la chaleur végétale du parc. »
En fait, toute l’intrigue de Gatsby reflète l’été. La tension monte avec la chaleur et le dénouement final vient avec le premier frisson de l’automne et les funérailles de Gatsby sous la pluie. Enfin l’automne.

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