Killing Eve : la chatte et la souris

Written by murielle

La saison 2 de Killing Eve a débuté et je m’en veux de ne pas vous en avoir parlé plus tôt.

L’histoire : Eve, une agent du MI5 ne parvient pas à réaliser son rêve d’être espionne. Un jour, elle se retrouve à devoir traquer Villanelle, une tueuse psychopathe…

Comme ça, on se dit ouais bon encore une série sur une poursuite, un jeu du chat et de la souris. Sauf que non. Killing Eve c’est bien plus qu’un énième série d’espionnage/thriller.

C’est d’abord une adaptation des romans de Luke Jennings par Phoebe Waller-Bridge, créatrice de Fleabag et collaboratrice du prochaine James Bond.

C’est aussi parce que les deux protagonistes sont des femmes. Et elles ne sont pas les victimes ; elles sont celles qui mènent le jeu.

 

Eve a la quarantaine et est simplement une femme frustrée par son travail et par une vie qui n’est pas entièrement celle qu’elle avait espérée. Juste comme… n’importe quelle personne.

Villanelle n’utilise pas sa féminité et sa beauté. Ou juste pour se rapprocher suffisamment physiquement pour blesser, poignarder ou tirer sur ses victimes, mais non pour les séduire.

Eve et Villanelle sont attirées l’une par l’autre, non pas parce qu’elles sont toutes les deux des femmes dans un monde d’hommes, mais parce qu’elles ont, en tant qu’individus, été longtemps sous-estimées dans leurs domaines respectifs et aspirent à relever un défi commun.

Mais en plus de cela, il y a l’écriture du scénario : l’équilibre parfait de la comédie et de la tragédie, l’approche décalée et les personnages bien développés avec des seconds rôles tirant leur épingle du jeu.

 

Enfin c’est une bonne série féministe. Une série qui porte des références intelligentes. Eve n’a pas à lutter contre le sexisme déclaré. Son patron et son mari sont de bons gars qui l’accompagnent. Les autres sont pas trop mal non plus et les pires sont ramenés rapidement à leur condition d’êtres mortels…

Ce n’est pas une étape rétrograde. C’est un progrès. C’est un changement dans l’histoire des séries télé, où des créateurs/trices ne traitent pas de questions d’actualité sur des femmes ou ne se justifient pas de faire des femmes des héroïnes. C’est la normalisation.

L’intelligence mordante et les comportements inadéquats, tout ce qui fait la force de Fleabag, est ici. Des pensées et des dialogues naturellement scabreux, les conventions du genre transformées.

 

La série est intelligente, drôle, sexy, dramatique, bizarre, maligne, les anglais diraient « wicked », perverse, sérieuse, noire et ubuesque.

C’est un tour de force d’arriver à faire rire et angoisser en même temps. Et quand bien même, les situations seraient parfois invraisemblables : depuis quand cela devrait nous gêner ?

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