Panique – Something happened
Panique, le deuxième roman de Joseph Heller, est la traduction de Something Happened. Paru une dizaine d’années après son chef d’œuvre Catch 22.
On ne saurait assez se méfier des portes fermées : qu’y a-t-il derrière ? Quand il évoque la série de coups durs qu’il a déjà rencontrés en poussant simplement une porte, Bob Slocum panique. Car peut-on vivre sans pousser quelques portes chaque jour ? L’anti-héros de Joseph Heller observe pourtant que les autres, dont il a tellement peur, ont peur aussi de leur côté.
Bob Slocum est un quadragénaire américain qui semble tout avoir pour être heureux : une belle famille, un poste de cadre intermédiaire qui paye bien et une grande maison au Connecticut. Pourtant, il a mille regrets. Au cours des cinq cents pages de ce roman, il réfléchit sur son passé, se demandant ce qu’il aurait pu faire pour ne pas devenir si malheureux tant au travail qu’à la maison. En narrant son histoire, il se livre complètement au lecteur, lui communicant toutes ses pensées, aussi honteuses ou mesquines soient-elles.
Cet autoportrait le rend peu sympathique et malgré tout proche de nous. Sa relation avec sa femme et ses enfants est froide, distante, ambiguë, difficile à assumer. Il aime et désire sa femme et ne peut s’empêcher de la tromper. Il est effrayé face à sa fille qui devient une femme. Il ne sait plus comment se comporter avec ses fils dont l’un est lourdement handicapé. Son boulot le déprime.
C’est la description du modèle américain ou plutôt du mythe du modèle américain, de la vie en banlieue avec ses pelouses bien taillées et ses vies toutes tracées. C’est le roman d’une vie qui semble banale, où rien ne se passe. Et pourtant…
La verve de Joseph Heller, moraliste et pessimiste incisif est inimitable, convaincante et provocante. American Beauty et Virgin Suicides ont certainement existé grâce à Panique. L’histoire se construit très lentement, se développe dans un style languissant pour aboutir dans les dernières pages à une explosion terrible, tragique et inattendue qui brise le cœur. Quelque chose s’est passé…
Ce roman est long et parfois ardu à lire. C’est l’autopsie d’un monde qui n’a jamais vraiment existé, d’un rêve vendu par des publicitaires politiques. Si vous cherchez une atmosphère différente, une narration parfois froide, un humour noir, cynique et désabusé et la description d’une Amérique laide et quelquefois repoussante, ce livre est pour vous.
Si vous cherchez de l’action, une histoire légère, un héros sympa et des dialogues percutants, je vous conseille alors David Lodge.
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4 commentaires
JC
Je me souviens avoir essayé de le lire et j’avais abandonné avant la fin tant il était répétitif. Catch 22 est beaucoup mieux à mon avis.
Je donnerai peut-être une seconde chance à Panique
murielle
Il vaut la peine de s’accrocher. J’ai eu du mal moi aussi au début mais je comprends l’effet de répétition; sa vie est répétitive donc la narration l’est aussi…