Instinct de survie en milieu hostile

écrit par murielle

Quand j’ai commencé ce blog, j’avais envie, en autre chose, de partager mes lectures et parler de livres que j’aimais particulièrement. Mais grâce au pouvoir de l’internet j’ai appris que l’on pouvait aussi s’ouvrir à de nouvelles lectures, devenir partenaire de maisons d’éditions, participer à la découverte de nouveaux auteurs et faire la promotion du livre, des livres.

J’ai donc reçu la semaine dernière un recueil de nouvelles par l’entremise des agents littéraires. Vincent Beghin et Emmanuel Pierrat en sont à l’origine. Leur objectif est de repérer, chaque mois, les meilleurs livres en panne de médiatisation et se faire leurs «agents littéraires», c’est-à-dire assurer leur promotion grâce à internet.

Faire la « critique » d’un premier livre est un exercice difficile. Rester objective sans chercher à flatter ni froisser son auteur.

Ecrire, c’est s’exposer aux autres par le médium de la littérature et prendre le risque d’être incompris, que son humour ou sa sensiblité passent à la trappe, que l’histoire ou les histoires ne touchent pas. Bref, c’est faire preuve de courage ou d’inconscience.

Comme je le disais plus haut, j’ai donc reçu la semaine dernière un recueil de nouvelles: Instinct de survie en milieu hostile d’Eric Scilien (Jacques Flament Ediions)

instinct-de-survie-en-milieu-hostilePrésentation de l’éditeur:

Un touriste français, casanier et soucieux de son confort, prisonnier des guérilleros, dans une baraque en tôle au fin fond de l”Amérique du sud… Un homme en fuite avec une Bimbo grincheuse, tous les deux coincés dans un motel miteux de l’Amérique profonde avec la mafia aux trousses… Un bon père de famille criblé de dettes prêt à tout pour s’en sortir… Une jeune fille innocente amoureuse d’un caïd de cité… Un enfant qui peine à s’intégrer dans sa famille d’accueil… Tous les personnages de ce recueil ont en commun de vouloir survivre coûte que coûte à leurs histoire. Car dixit Max, la vie c’est une succession d’emmerdements. Et lutter, l’essence même de l‘existence.

Eh bien, je suis ravie qu’Eric Scilien ait réussi l’épreuve de la lecture. Allons droit au but, ses nouvelles sont excellentes. Très bien écrites, enlevées, réalistes et toutefois imaginatives avec un brin de suspens pour certaines.

Ce recueil de nouvelles s’inscrit sous le thème de l’instinct de survie en milieu hostile. Comme le souligne en exergue Eric Scilien, le milieu hostile se présente sous toutes ses formes, le monde de l’entreprise, la famille, les amis, etc.

Le milieu hostile est partout, il n’y a aucun moyen d’y échapper. Hommes et femmes sont les victimes tragiques d’un monde extrêmement cruel. Instinct de survie est parfois une expression peu à même d’exprimer la situation des personnages tant ils sont victimes de leur monde, de leur origine sociale, de leur éducation, de leur environnement, du manque d’amour et d’opportunités. La détresse est palpable à chaque page. Un homme lutte pour être ou rester le chef de famille, protéger sa femme et ses enfants de la pauvreté qui guette. Il voulait qu’une fois, au moins une fois dans sa vie elle se sente délivrée de tous ces soucis d’argent qui pourrissent leur existence. Il voulait la rendre heureuse. Il avouera s’être trompé et regretter de les avoir embarqués dans ce navire en perdition. Ajoutera qu’il les aime. Et ne désire rien de plus au monde que tout continuer avec eux, quelles que soient les difficultés.

Les femmes sont seules, mal aimées, elles subissent le harcèlement sexuel, le viol ou la grossesse non désirée. La seule chose dont elle est certaine, c’est qu’une fois terminées ces questions et tout ce merdier, elle se retrouvera seule – enfin seule! – que ce soit en taule ou dans un établissement spécialisé et là, ce sera bon, vraiment bon de ne plus entendre personne gueuler et avoir la paix. Elle a vraiment hâte. Et même s’ils continuent de bourdonner autour d’elle – sa mère, les flics et les types en costumes cravates – elle ne les voit pas, ne les entend plus. Elle sait ce qu’elle a à faire. Se taire et attendre que ça se passe. Comme à la maison. Et ça, elle sait faire.

Les personnages survivent au sens parfois le plus simple; ils continuent, juste, tout juste, ils demeurent en vie.

Car la tentation de la mort est là qui s’insinue dans presque chaque histoire. Si le passage à l’acte ne se fait pas à chaque fois, la survie prend alors d’autres visages, et devient presque une petite mort: le mutisme, la dépression, l’enfermement du corps et de l’esprit. Et c’est là que le bât blesse; malheureusement le milieu hostile est vraiment hostile. J’apprécie la démarche et le réalisme de ces nouvelles. Quasiment toutes les nouvelles ont une forte teneur sociale voire politique, je les comprends et je les ai même parfois connues mais j’ai fermé ce livre avec le coeur triste et lourd. Bon sang que la vie est dure et l’espoir ténu!

Seule la dernière nouvelle apporte une lueur de rédemption et le seul sourire de ma lecture.

Voilà. Il est temps de tourner la page. De vivre libéré du poids du passé. […] La journée s’annonce splendide. Louis est pressé de rentrer sur Paris, pressé de goûter à sa liberté nouvelle; déjà, une multitude de projets fourmillent dans sa tête et il se sent d’humeur joyeuse.

Comments: 10

  1. c’est super surtout avec ta facilité que tu as de critiquer les livres
    pour ma part je suis tres sélective … j’aurais pas ton talent pour faire ca

    • merci! J’aime l’idée de partenariat pour lire des genres différents, des auteurs moins connus sinon je m’en tiendrais toujours aux mêmes auteurs anglais ou américains!

  2. Natalie says:

    Tu donnes l’impression qu’il ne faut pas lire ces nouvelles tout à la suite. Elles semblent assez noires.

    • Oui, c’est un peu ça. J’ai vraiment aimé mais j’aurais du lire les nouvelles avec une pause entre chaque. Comme j’ai tout lu en suivant, ça m’a porté un coup au moral car il n’y a pas de répit et oui elles sont assez noires…

  3. delphine says:

    bravo pour la critique en tout cas!! le livre donne envie, mais peut etre a petite dose en effet.une petite question indiscrete quen a pensé la maison d’edition ?

    • merci! aucune idée en ce qui concerne l’auteur ou l’éditeur. Mais je ne pense pas que je suis sévère. J’ai sincèrement aimé ces nouvelles et je recommande ce livre. Je lirai avec plaisir d’autres nouvelles d’Eric Scilien

  4. ‘la vie c’est une succession d’emmerdements. Et lutter, l’essence même de l‘existence.’ haha j’aime ca beaucoup. Cette critique est bien ecrit. Et hors des critiques, tes lecteurs attend aussi ton premier roman.

  5. SCILIEN says:

    Bonjour Murielle,
    Je suis l’auteur de ce recueil ( j’avais posté un commentaire sur le site des agents littéraires ). Ce que j’ai pensé de ta critique ? J’en ai été très heureux, sincèrement. Le fait que tu préconises de lire le recueil « par petites touches » ne me pose pas de problème, c’est ta sensibilité de lectrice ! Je sais que mes nouvelles ne font pas l’unanimité, certains adorent, d’autres… beaucoup moins ! – c’est la règle du jeu, je l’accepte sans réserve. Il me semble que « Toute vie est un combat », c’est ma vision du monde et cela transparait dans mes textes. Je reviendrai de temps en temps faire un tour sur ton blog… bonne soirée et merci encore !

    • Merci Eric. Je suis contente de lire votre avis. « Toute vie est un combat » est également ma façon de penser et c’est certainement pour ça que j’ai été drôlement touchée par vos nouvelles. Elles sont proches de mon ressenti (presque de mon vécu) et c’était difficile de garder parfois une distance de lectrice/ »critique »…
      Bonne continuation. Je vous lirai encore avec plaisir Quoique j’ai, depuis, lu quelques autres de vos nouvelles sur divers sites :-)

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