Le nympholepte … et deux livres

Un affaire secoue actuellement le monde des média en Grande Bretagne. Jimmy Savile (décédé l’année dernière) aurait été un prédateur sexuel, profitant de sa position importante de présentateur d’émissions pour enfants / DJ et  généreux donateur pour les oeuvres de bienfaisance pour abuser sexuellement plus d’une centaine de filles aussi jeunes que 10 ans sans être nullement inquiété.

Plusieurs documentaires ont mis en lumière les zones d’ombre de cet homme apprécié du grand public, anobli par la reine qui fut aussi le présentateur principal de l’émission culte Top of the pops. Les rumeurs existaient depuis longtemps et c’est seulement maintenant que les victimes de Savile osent parler.

Outre le fait que beaucoup de personnes savaient mais n’ont rien dit (Saville avait des relations très haut placées et il était de notoriété publique qu’il était prompt à menacer de stopper ses donations si on « l’embêtait »).

Je ne compte pas faire le procès d’un mort ni même m’indigner encore une fois du silence des autres et de l’excuse si souvent utilisée de « c’était différent dans le temps, les moeurs étaient plus libres, c’était normal à l’époque… » Et peut être qu’en effet, ce qui est considéré choquant et criminel maintenant l’était moins il y a 30 ans.

Mais… Ce qui est aussi évident, c’est qu’à l’époque tout comme maintenant, on n’a aucune idée de comment protéger les jeunes des prédateurs adultes. Les années 80 ont vu l’émergence des planning familiaux qui donnaient la pilule bon gré mal gré. L’âge du consentement sexuel était un sujet peu traité, on parlait plus de lutte pour la sécurité routière que de lutte contre la pédophilie. Ç’aurait été une loi mesquine… Je veux dire, enfin! Ces hommes d’âge certain avec des adolescentes ne sont pas pédophiles! Il ne s’agit pas de pervers sexuels avec des jumelles dans les squares ou de ces gars avec la braguette ouverte dans les voitures garées près des grilles du lycée (il y en avait pas mal près du lycée). Je parle des gars tout simplement plus âgés, totalement bien inclus dans la société, une bonne trentaine ou quarantaine qui semblent aimer à s’entourer de très jeunes femmes et avoir des relations sexuelles avec elles. Rien à voir ici. Ce n’est pas de la pédophilie. D’ailleurs je ne me souviens pas avoir entendu ce mot avant les années 90 quand il est devenu soudainement une menace nationale.

On haussait les épaules quand on parlait de ce prof qui ne pouvait s’empêcher de tirer les bretelles du soutien gorge de ses élèves, on ne se plaignait pas, on évitait simplement de le croiser seule dans un couloir. On laissait faire celui qui « était sorti » avec une toute jeune, « après tout elles font plus que leur âge, ou elles sont quand même délurées ces gamines, ce sont des lolitas… » On ne se sentait pas flattée par les regards des plus vieux sur notre corps changeant, on était plutôt même mal à l’aise face à leur insistance. On prenait sur soi et on oubliait les réflexions de gars beaucoup plus âgés sur la taille de notre poitrine « c’est un compliment, il faut savoir accepter les compliments… »

Plus généralement on a fait de Rita, Sue and Bob Too! un film culte. On a ri, et à juste titre. C’est un film drôle. On a vu aussi le petit sourire du jeune marié Bill Wyman qui a rencontré son épouse Mandy Smith quand elle avait 13 ans. On a bien aussi accepté les excuses de Polanski. Aujourd’hui on parle « d’histoire d’amour » entre ce prof de maths anglais d’une trentaine d’années et de son élève âgée de 15 ans.

Au cours des derniers jours, j’ai lu beaucoup d’articles sur le silence général des gens qui savaient le penchant de Saville et sur le silence de ces filles abusées, avec la question d’usage « eh bien, pourquoi ces femmes n’ont rien dit plus tôt? »

Au lieu de ces fausses indignations et de ces questions mal placées, je me demande juste qu’est ce qui est fait pour que des jeunes filles (ou garçons) puissent être protégé(e)s et être écouté(e)s? Qu’est ce qui est fait pour que ces jeunes personnes puissent oser prendre la parole sans peur d’être jugés. Parce que voilà, on peut être pré-ado, découvrir sa sexualité, apprendre le jeu de la séduction et peut-être même vouloir tester ce pouvoir là. C’est aussi ça être jeune. Mais ce jeu a des limites que l’adulte se doit de respecter. Il y a des règles à suivre, des limites à ne pas franchir, des barrières morales qui sont là pour protéger. Et ce n’est pas au jeune d’être responsable, il y a un adulte et un jeune. C’est à l’adulte à être adulte. Une très jeune fille peut dire oui à un joli cadeau qui brille, être sensible à un compliment et suivre quelqu’un en toute innocence, mais ceci n’est pas un oui à un geste déplacé et à un passage à l’acte.

Parce que l’adolescence, même provocante, même impatiente, est toujours encombrée des scories de l’enfance et des balbutiements de l’adulte à venir. Cette période si confuse est expérimentale, enthousiasmante et décevante, pudique et provocatrice, elle est la confusion des sentiments et du désir. Et c’est pour toutes ces raisons que l’adolescence a besoin de repères et pas d’un Humbert Humbert.

Et puis, franchement, si vous êtes âgé de 42 ans et avez une copine de 17 ans, bien que vous soyez dans la légalité, je vous trouverai vaguement répugnant.

Deux livres pas faciles à lire:

Tigre! Tigre! de Margaux Fragoso et Clèves de Marie Darrieussecq