Premières fois (bis)

J’ai un peu négligé les livres ce mois de Septembre et j’ai bien peur que les mois qui suivent soient dédiés à des lectures plus terre à terre avec au programme, enquêtes de terrain, business plan et autres littératures essentielles et ô combien barbantes. Mais essentielles. Eh oui, lancée sur mes premières fois et mes défis personnels, j’ai décidé de passer aux choses sérieuses. Cet été fut assez léger dans mes premières fois parce que je savais encore inconsciemment, quelque part caché dans un recoin de mon cerveau, que je passerais bientôt à la vitesse supérieure.

Malgré les doutes et la peur, ma décision est prise, je vais changer de vie pro. Pas le genre working-girl, c’est impossible de marcher avec une jupe droite, des talons hauts et les épaulettes renforcent ma carrure de rugbyman. Je vais donc m’initier aux joie et angoisse de mettre au placard une partie de ma vie professionnelle et d’avoir pour avenir un immense point d’interrogation.

Les choses de la vie, les rencontres, les expériences, les discussions et l’envie très fortement ancrée de ne plus être employée (du moins pour le moment) m’ont poussé à changer de cap. Ne pas rester une employée. Employé. Quel vilain mot. Salarié effectuant un travail non manuel. Ça c’est la définition la plus usitée, celle qui ne provoque pas de vagues et qui se vit facilement. Mais employé c’est aussi celui dont on mesure le rendement au stress qu’il subit. Celui que l’on utilise, celui dont on se sert avec peu d’égard, parfois du mépris et beaucoup de condescendance.

Je n’ai pas eu de chance dans ma vie d’employée ou plutôt si, j’en ai eu beaucoup trop. J’ai commencé dans la vie active avec un employeur et des collègues formidables. J’ai aimé et respecté celles et ceux avec qui j’ai travaillé et la réciproque était vrai, du moins je le pense. Que ce soit à Paris, Limerick, Harrow et Londres j’ai eu beaucoup de bonheur à être une employée. J’ai aimé mes managers, et j’ai aimé en devenir une. J’ai énormément aimé mes collègues et j’apprécie les amitiés qui en sont nées. Être bibliothécaire-documentaliste et puis knowledge manager, c’était vraiment le pied.

Les deux seules expériences négatives (et incroyablement similaires, jusqu’au prénom de la personne en charge!) furent très douloureuses parce que je n’étais pas habituée à la pression psychologique d’un supérieur qui, tel un cygne, cherche à garder la tête haute tout en pédalant frénétiquement pour flotter. (Il faut toujours regarder un cygne de loin, de près ce n’est pas gracieux). Ma sanité était trop importante pour céder au harcèlement de petits chefaillons de bureau, de frustrés du pouvoir et de malheureux mielleux. Se laisser couler ou résister. Après avoir été tentée un instant par ces deux choix, j’ai choisi la troisième voie: « courage fuyons! » On se laisse hélas vite envahir par « j’ai besoin de travailler, il faut payer le loyer, je n’ai plus de vie mais tant pis je subis ». Un sursaut de fierté parfois mal placée mais surtout beaucoup d’inconscience m’ont poussé à démissionner. Je n’étais pas assez forte ou culottée pour devenir Bartleby.

Tout ça pour vous dire, que le travail est une nécessité mais qu’on a aussi qu’une seule vie. Que partir la boule au ventre chaque matin pour aller au bureau n’est pas une vie. Qu’aller au travail malheureux et revenir du travail encore plus malheureux n’est pas une vie. Que passer plus de temps avec un patron ou un collègue détesté qu’avec ceux qu’on aime n’est pas une vie.

Avoir peur, oui, mais pour des choses qui en valent la peine.

Je sais maintenant qu’on a toujours le choix.