Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur…

Entre deux activités plus ou moins sérieuses, je passe un peu de temps à lire des blogs. Dont pas mal de blogs de filles. Pas des tutoriels sur comment appliquer son mascara sans ressembler à un panda ou s’exciter sur les dernières bottines à porter. Plutôt des trucs (souvent appelés sexo-blogs chez les américains) écrits par des filles intelligentes, qui parlent librement de tout ce qui touche aux femmes, à la sexualité, aux représentations des genres dans la société, des trucs de femmes et des trucs de féministes.

Je suis très admirative de celles qui parlent à visage découvert de leur expérience personnelle, de leur observation, qui analysent avec beaucoup de clarté et d’humour de ce qui va ou ne va pas dans la société d’aujourd’hui, ici et ailleurs. J’en suis même à penser que leurs blogs ont une utilité publique. Face aux média et autres blogs qui donnent parfois un sentiment d’inéquation ou une vision très limitée de la femme, elles permettent de rétablir un équilibre en abordant librement tout ce qui est parfois encore tabou ou difficile, loin des clichés sexistes ou « sexandthecityesques ».

J’aime aussi savoir ce que pensent les autres, si leur vision d’un fait de société, d’une déclaration politique et autres choses plus ou moins intéressante diffère de la mienne. Enfin j’aime lire des histoires plus personnelles et savoir comment vivent les autres, simplement parce que je suis très curieuse. Il y a une jeune blogueuse américaine, Rachel, que je trouve intéressante. Elle tient un blog où elle parle de son travail, de sa vie, de sa relation amoureuse actuelle, et j’ai l’impression que peu d’éléments reste du domaine du privé.

Ce qui bien entendu me plaît en tant que lectrice, un peu pour le coté voyeur, mais aussi pour la possibilité qui m’est offerte de pouvoir lire les pensées de quelqu’un. Mais je me demande toujours quelle part d’intime elle garde pour elle. Pouvoir écrire librement sur tout ce qui l’intéresse et la touche sans « tenir compte de qui la lit » est courageux, d’autant qu’elle publie sous son vrai nom. (Elle est parallèlement auteur de romans érotiques et tient plusieurs rubriques dans des journaux).

Nous vivons à une époque où tout le monde, même les politiciens, postent des trucs sexy en ligne, où les employeurs, les collègues, la famille, les amours présents, potentiels ou passés sont susceptibles de lire vos mots et connaître vos actes. Cette fille parle vraiment de tout sans aucun tabou et sans s’auto- censurer.

Alors comment est-il possible d’écrire si ouvertement, de participer à des forums et réseaux sociaux tout en conservant sa vie privée? Aussi, quelle est la part de respect de l’autre quand ses écrits vont sûrement « compromettre » son entourage ou elle-même? Incorporer tant de détails intimes dans le cadre de son blog me pose question parce que je n’arrive pas à croire qu’elle puisse être si honnête et que son entourage puisse accepter de figurer dans ses écrits sous une lumière plus ou moins favorable.

Quelle est la part de privé et de public dans vos blogs? Je trouve souvent tentant d’utiliser le blog comme journal « intime » pour ensuite réaliser qu’il y a effectivement des gens qui me lisent et que je ne souhaite pas qu’ils sachent tout de moi. Je me suis aussi surprise récemment à faire le tri des commentaires –  ce que je ne pensais jamais avoir à faire. Mais les questions trop personnelles auxquelles je ne voulais pas répondre ont commencé à me gêner quand je les voyais noir sur blanc au dessous d’un article que j’avais posté. Et comme j’avais du mal à les ignorer, je les ai enlevées.  Et pourtant, le fait de l’avoir fait m’embête; je n’ai pas toujours envie de filtrer mes pensées, le contenu de mes articles et les commentaires. Alors? Comment faites-vous?

Je me demande enfin, pourquoi la plupart des blogs de ce genre sont anglo-saxons. Une plus grande liberté de ton? Moins de pudeur mal placée? Ou le fait qu’il existe aux Etats-Unis les Women’s Studies et que beaucoup suivent aussi des cours d’écriture. Parce que là bas on ne naît pas écrivain, on le devient.