Simon

La semaine, je vis la vie de presque tout le monde, je me lève, je mets le café à couler et je prends ma douche. Je m’habille, l’appart sent bon le café. Portable, clés, cigarettes et je file au boulot. Je traverse la journée comme un automate. Bonjour, merci, pardon, encore, pardon, merci, au revoir. Je rentre. Personne pour m’attendre, personne pour demander comment s’est passée ma journée, personne pour m’embrasser. Des bières dans le frigo, un morceau de pain et un bout de fromage trop dur sur la table.

Les week end sont pires. J’ouvre les fenêtres et j’entends la vie, la ville grouille de monde, je les referme. J’ai mon livre à écrire. Mon ordi est allumé, mon cahier de notes est ouvert. Les post it « à faire » prennent toute la place sur le mur au dessus du bureau et me montrent combien je ne fais rien de ma vie. Les cases vides du calendrier me rappellent chaque jour ma peur. Je redoute le moment de sauter le pas, de faire ce que je veux vraiment, d’écouter mes envies, de prendre le risque de changer de vie. De lui dire ce que je ressens. Elle n’en sait rien, elle aime déjà, ailleurs, un autre. Personne à appeler, ou plutôt la peur de l’appeler. Il fait nuit, je n’ai pas sommeil. Mon coeur implose. Je prends mes clés, mon portable inutile, mes clopes et je descends. Le bar du coin est encore ouvert.

Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d’une machine à sous, avec des problèmes d’hommes simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l’on se dit qu’il est bien tard…

Léo Ferré