Audrey

Elle s’est toujours sentie différente, parfois supérieure. Une supériorité née de l’opposition, de ce sentiment de révolte contre des attentes médiocres. On attendait peu d’elle. Son joli visage suffirait à lui trouver un mari qui s’occuperait d’elle. Elle travaillerait certainement comme secrétaire, elle aimait lire et ne faisait aucune faute.

Mais elle se savait mieux que ça. Peut être que ce sentiment de supériorité était en elle depuis sa naissance. Quelque chose d’inné et non pas d’acquis. Elle savait qu’elle était bien mieux que tous les autres.
Cette intelligence c’était elle, son moi intime, son bien le plus précieux. Elle ne voulait pas le partager. Aucun homme ni aucune femme ne trouvait grâce à ses yeux, aucun ne méritait de la connaître si bien.

Elle savait se montrer charmante, agréable; on la disait gentille et aimable. Ils étaient tous dupes. Elle n’était rien de tout ça. Elle jouait un rôle, amusant parfois, fatiguant souvent. Elle ne s’était pas mariée, on la soupçconnait lesbienne. Elle s’en moquait. La vérité est qu’elle s’aimait plus que tous les corps qu’elle avait caressés. Ils n’étaient que ça, des corps, des prénoms, Pierre, Philippe, Elise, Eric, Marie et les autres.

Elle avait été dure avec ceux qui lui voulaient du bien. Elle s’en moquait. C’est pour ça qu’elle n’avait jamais pris de drogues, pas même fumé des joints. L’herbe faisait se sentir bien. Elle ne voulait pas se sentir bien et éprouver un bonheur ou une sensation qui vienne d’ailleurs. Elle voulait uniquement ressentir ce quelque chose qui venait de l’intérieur d’elle-même, parce que c’était tout ce qu’elle avait. Elle aimait ce contrôle des sentiments, ne pas donner son affection, ne pas se laisser aller au plaisir. Simuler un sourire ou une jouissance était devenu de plus en plus facile. Faire semblant. Elle savait qu’elle jouerait encore longtemps la comédie de l’amour et de l’amitié.