Madeline

« Bien entendu nous ne pouvons pas la mettre dans une maison de retraite ». Enfin…  moi je pourrais, mais mon compagnon ne veut pas – c’est pourquoi ma belle-mère emménagera avec nous le mois prochain. « C’est la bonne chose à faire ». J’entends prononcer ces mots, je tremble et personne ne s’en rend compte.

Pour tout le monde, elle est le charme même, mais à huis clos, c’est une garce. Je peux supporter à peu près les remarques sarcastiques pendant une visite, mais comment vais-je faire quand elle sera avec nous à plein temps? Je n’ai pas de parents. Je n’ai plus de père et ma mère est morte. Je me suis libérée de ce poids, je ne veux plus de ça.

Dès qu’elle arrive, elle cherche quelque chose à critiquer – j’ai cuisiné son plat préféré et elle a seulement remarqué les assiettes froides. Deux mois après la naissance du bébé, elle a regardé mon ventre et m’a demandé combien de kilos il me restait à perdre, « c’est important que ton mari te trouve désirable, fais attention, il va aller voir ailleurs ». Je ne dis rien. Qu’est-ce que je pourrais lui dire.

Les pensées meurtrières aident un peu, mais elles ne parviennent pas à me réconforter après une semaine passée avec elle. Si je me défends, elle s’emporte – c’est une femme à l’ancienne qui n’aime pas la contradiction. Mon compagnon n’ose pas lui tenir tête. Sa stratégie consiste à passer des heures dans le jardin, me forçant à faire la conversation en son absence.

Quand elle emménagera, mes jours seront comptés. Je sais que mon couple ne va pas survivre et que je ne pourrai pas rester. Je ne veux pas partir. Je veux qu’elle meure, qu’elle meure vite, qu’elle meure maintenant.