Rien que de l’eau

J’ai beaucoup pleuré ces dernières semaines. Pas tout le temps, pas un de ces flux continu et lourd, c’était une sensation plus proche du rhume des foins: les yeux qui piquent, la gorge sèche et la voix un peu plus rauque. Quelque chose qui gêne, qui est là et qui ne veut pas partir.

Ça a commencé avec le tri de vieilles photos, j’ai ensuite pleuré en lisant un article sur les maisons de retraite, puis sur ma façon de travailler, puis sur un podcast sur Glasto. J’ai aussi pleuré sur une vidéo sur YouTube et quand je l’ai revue j’ai pleuré à nouveau. J’arrête là la liste de mes pleurs. Je suis devenue cette femme que vous voyez essuyer son mascara dans le sombre reflet d’une vitrine d’un magasin, submergée par la vue d’un arc en ciel ou le rire d’un enfant. Je suis devenu cette étrangère qui, debout dans la rue, semble avoir juste réalisé qu’elle était vivante.

Que ce soient des larmes causées par les difficultés au jour le jour, les souvenirs, la frustration, les doutes, l’anxiété ou encore mieux, un simple sanglot empathique à un spectacle ou une parole qui m’émeut, les larmes sont devenues mon nettoyage.

Pleurer, même un tout petit peu, même sur un film ridicule est bénéfique. Du moins c’est ce que les chercheurs affirment. Cela aide à éliminer les hormones d’un stress excessif. La chaleur qui brûle la gorge est soi-disant bonne pour nous. Toutes les larmes sont de bonnes larmes. Même celles fabriquées par les réalisateurs d’Hollywood avec des ouvertures à cordes et un gros plan sur un nouveau-né ou celles qui coulent hors de vos yeux à cause d’un chanteur country. Émotionnellement c’est positif parce que cathartique. Physiquement aussi. Les pleurs remplacent la gym en utilisant des muscles souvent oubliés.

Je ne sais pas si c’est vrai mais j’ai décidé d’accepter cette explication. De ne plus analyser ou rager après la cause de mes larmes.  Tout cela n’est pas si grave. Après tout elles sont un moyen de prouver que je peux encore éprouver quelque chose. Mes larmes comme de l’eau d’émotion,  comme des excrétions cardiaques. Un jus de sentiment pour lutter contre mon cynisme de façade.