C’est pourtant simple

Il y a encore des hommes et des femmes qui pensent aujourd’hui que le sexisme est un concept périlleux difficile à appréhender. C’est ainsi que la semaine dernière, la meilleure réponse à ma grimace face à un commentaire simpliste fut de me traiter de féministe casse-c*****es (tout ceci dit avec un brin de taquinerie). Et de conclure, « mais non… je plaisante, j’aime les femmes ». Ce qui est à mes oreilles une des phrases les plus agaçantes à entendre. Moi je n’aime pas les hommes ou les femmes. Parce-que, c’est qui « les hommes »? Je ne les connais pas tous pour pouvoir tous les apprécier. Et il y a tout de même de grands cons parmi eux, non? A commencer par ceux qui ne comprennent pas ce qu’est le sexisme.

Et pourtant, je vous assure que ce n’est pas un terme difficile à saisir.

Il suffit de ne pas traiter les femmes comme une catégorie humaine différente et voilà le tour est joué! Plusieurs hommes célèbres ont foiré récemment avec des maladresses de langage et de comportements lamentables. Examinons là où ils se sont trompés avec deux exemples.

Pas de balles neuves pour les commentaires glorieusement lourdauds de John Inverdale sur la BBC sur l’apparence physique de Marion Bartoli.  Bartoli est une des plus grandes joueuses de tennis actuelle ce qui a nécessité une vie de pratique et de sacrifice. Elle est une sportive: rien dans le descriptif du métier de sportif ne nécessite de beaux yeux ou une capacité à être « baisable »… Tu vois, John, ça, c’est le travail d’une mannequin ou d’une de ces femmes qui sont payées à divertir la moralité à la dérive des clients dans les bars de striptease… Bien entendu je ne parle que des femmes objets parce que c’est ainsi que tu envisages leur fonction.

Et oui, certains sportifs attrayants – hommes et femmes –  capitalisent leur beauté avec des offres promotionnelles, mais la plupart ne le font pas. Contempler la carrière de Bartoli et la réduire à un tragique ‘ »plan B » – elle serait devenue bonne au tennis après s’être rendu compte qu’elle ne serait jamais assez jolie pour se trouver un homme – est tout à fait extraordinaire.

Au travail, et ailleurs, beaucoup sont confrontées à des réflexions fatigantes et sans originalité. Encore une fois le constat lassant de la misogynie qui passe inaperçue à la conscience lorsqu’elle est portée par le langage. Êtes-vous celui ou celle qui dit « sois pas hystérique! » et coupe son interlocutrice si elle tente de démontrer un point de vue? Celui qui détourne toute discussion sérieuse sur les « genres » (difficile de traduire) par une pirouette?  Ou si une collègue soulève un problème avec une autre femme,  vous vous contentez d’un simple « histoires de femmes »? Oui? Alors, vous êtes sexiste.

Voir aussi:

Robin Thicke. Son dernier single « blurred lines » est dangereusement accrocheur. Thicke se complaît dans des paroles offensives. Et son explication après le tollé causé sur la toile à cause de sa vidéo est franchement faiblarde:

«  Nous avons essayé de faire tout ce qui était tabou. Bestialité,  injections de drogue, et tout ce qui est complètement péjoratif envers les femmes. Parce que chacun de nous trois est marié avec des enfants, nous étions les gars parfait pour nous moquer de cela.
Les gens disent:  « Hé, pensez-vous que cela est dégradant pour les femmes? » « Bien sûr que ça l’est. Quel plaisir de dégrader une femme. Je n’ai jamais eu à le faire auparavant. J’ai toujours respecté les femmes… »

Charmant… Le titre est le type de phrase que vous entendez murmurée par la défense dans les procès pour viol. Si vous êtes d’accord avec tout cela et vous aimez tout de même la chanson, c’est très bien. C’est une bonne chanson.  Si vous avez lu les critiques qui ortaient sur les paroles et le clip et vous pensez que celles qui les émettent sont des mal-baisées ou des casses-c******s qui aurait besoin de se calmer un peu et prendre les choses plus à la légère, eh bien, vous êtes probablement un(e) sexiste.

Bien entendu tout ceci est dit/écrit avec le sourire, je ne voudrais pas passer pour une harpie…

Voulez-vous m’envoyer au bout du monde pour votre service […] je cours négocier quelque ambassade chez les Pygmées, plutôt que de soutenir un entretien de trois paroles avec cette harpie.