Contre les hommes, tout contre

écrit par murielle

Qu’il s’agisse de s’élever contre le sexisme ordinaire, contre les menaces de viol sur les femmes qui s’expriment sur les médias sociaux, ou contre tous ceux qui ignorent les notions les plus élémentaires d’équité ou de justice sociale, il existe des dizaines de raisons de prendre le féminisme au sérieux. Et pourtant les femmes et les hommes hésitent encore. Enregistrez les voix qui s’élèvent pour s’opposer au sexisme et à la misogynie omniprésents, elles sont encore peu nombreuses et elles appartiennent majoritairement à des femmes.

C’est peut-être inévitable. Une attaque contre n’importe quel groupe sera ressentie d’abord et plus durement par ce groupe: il revient habituellement aux juifs, par exemple, de tirer la sonnette d’alarme sur l’antisémitisme, aux musulmans de dénoncer l’anti-islamisme, et donc aux femmes de relever les actes sexistes.

this-is-what-a-feminist-looks-likeAllez savoir pourquoi, les hommes laissent encore les femmes lutter contre les préjugés sexistes et la haine entre les sexes. L’explication la plus charitable est que les hommes pensent qu’ils ne peuvent pas parler de ce sujet authentiquement, que leur point de vue a moins de valeur que celui d’une femme. D’autres s’inquiètent de se tromper, qu’ils vont par inadvertance dire quelque chose qui sera perçu comme sexiste, révélant ainsi qu’ils ne sont pas encore au point – de sorte qu’il est plus sûr de ne rien dire.

Bien entendu je ne ferai pas de généralisation. Il y a des hommes féministes, j’en connais quelques uns tout comme il y a aussi des associations féministes mixtes. Mais pour chaque homme qui partage un combat, il y en a encore combien qui préfère se taire ou s’engager du bout des lèvres? Est-ce que par peur du ridicule, du soupçon qu’il y a quelque chose de bizarre si un homme milite ou même sur le simple fait qu’il se dise féministe? L’idée que si un homme hétérosexuel prend l’anti-sexisme trop au sérieux, il va finir par être émasculé, sans humour et idéologiquement interdit d’exprimer un désir sexuel – en d’autres termes,  il ne sera pas vraiment un homme.

Il suffit de lire le projet everyday sexism (aussi sur Twitter ) et vous verrez la preuve de la discrimination la plus flagrante – femmes agressées et insultées en vaquant à leurs occupations quotidiennes – et la quasi-totalité de ces agressions sont commises par des hommes. Au risque d’énoncer une évidence, le progrès exige plus que les témoignages de femmes. Il faudra aussi que les hommes cessent de dire des conneries.

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C’est également en changeant le discours ambiant que certaines femmes cesseront de penser comme un homme. Parce que ce qu’elles pensent être normal et naturel est une idéologie culturellement et socialement intégrée bien ancrée avant même leur naissance. Enfin, il existe un sexisme bienveillant, qui renvoie à des attitudes positives, teintées de galanterie et de condescendance maintenant les inégalités sociales entre les hommes et les femmes.

Cela signifie un changement chez les hommes, les femmes mais aussi peut-être dans la lutte elle-même. Il suffit d’avoir entendu Clara Dupont-Monod sur France Inter pour en être assuré. Cette journaliste a repris avec brio le flambeau de Pascale Clark avec ses fausses questions pseudo-provoc sans intérêt et son mépris de l’invité inversement proportionnel à son niveau de pouvoir ou d’influence. Il semble y avoir un fossé qui sépare le discours féministe dans la sphère publique et le genre d’expériences monotone enregistrées par @ EverydaySexism. Ce sont les guerres culturelles qui attirent l’attention des médias – une série de vidéos pop, avec des seins nus, Jane Austen sur les billets de banque, les horreurs sur Twitter – et pourtant ce sont les problèmes tenaces de l’inégalité de rémunération, des faibles taux de condamnation pour viol, la discrimination au travail, la différence de salaires, la sélection basée sur le physique, etc. qui importent tout autant.

Pour l’instant, le défi consiste pour les hommes à trouver leur place – et être encouragés à s’engager dans une lutte menée par des femmes, mais qui est certainement tout d’abord une cause humaine.

Comments: 16

  1. J’ai eu des chefs femmes (sauf une) qui copiaient les manières des hommes, pour s’imposer dans un milieu de cadres très masculin. En revanche les salaires des cadres hommes/femmes étaient équivalents (il y avait des « grades ») ; c’était l’accès des femmes aux postes de cadres qui posait problème. Lorsque le Ct Agricole a racheté notre entreprise, tous les très hauts postes ont été donnés à des hommes et les femmes ont du partir. Machos ?

    • Laurent says:

      Macho, oui et surtout sexiste

    • Nathalie says:

      Je serais curieuse de savoir si à salaire égal, elles avaient les mêmes enjeux. Par exemple, combien sont parties en congés maternité et qui ont retrouvé le même poste (avant le rachat)?

  2. Laurent says:

    Le feminisme est un mouvement qui est, dans une large mesure, de défier les normes sociales qui donnent aux hommes des rôles plus puissants et des voix plus influentes. Beaucoup de féministes masculins comme les trois Michaels – Kimmel, Kaufman et Flood – contournent cela en écrivant principalement sur ​​ce que les hommes doivent faire entre eux. Cependant, comme Schwyzer a correctement expliqué, cela ne peut être fait que dans les limites fixées par les femmes féministes. Ce que je veux dire c’est que les hommes qui se veulent féministes ne peuvent l’être qu’encadrés par les femmes parce que malgré tout le sujet reste trop sensible.

    • Manquerait plus que les mouvements féministes soient dirigés par des hommes! :-)

  3. Fred says:

    Je pense que je peux m’identifier comme un féministe masculin, même si mon « but ultime » n’est pas l’émancipation des femmes en tant que telles, mais la réalisation d’une société meilleure où nous sommes tous traités de manière égale. L’émancipation des femmes en est un élément évident.

  4. Pierre says:

    Même si je crois que les hommes peuvent être pro-féministes et anti-sexistes, je ne crois pas que nous puissions être féministes dans le sens le plus strict du mot dans la société d’aujourd’hui.
    Les hommes, dans ce système patriarcal, ne peuvent pas se retirer de leur pouvoir et de privilège par rapport aux femmes. pour être féministe. Il faut être membre du groupe ciblé (donc une femme) parce qu’il faut une expérience directe pour influencer la théorie.

    • Oui et non. C’est un argument qui peut vite se tranformer en excuse pour ne pas s’engager. Tous les mouvements anti ou pro se doivent d’être ouverts. Mmmm je ne m’explique pas bien mais on n’a rien à gagner à être trop communautaires.
      Pour un homme, je suis sûre que c’est difficile d’être en désaccord sur des questions féministes, sans avoir un « privilège masculin » jeté à la figure. Ce que je trouve stupide et nuisible. Un bon argument est un bon argument, indépendamment du fait que la personne qui le fait est blanche ou noire ou gay ou hétéro ou homme ou femme. Mais je comprends que ce soit un sujet délicat et sensible.

      • Nathalie says:

        je pense qu’on est féministe ou on ne l’est pas. Le principe de neutralité ne peut pas s’appliquer sur les sujets de société. On n’a pas la possibilité de s’élever au-dessus de la mêlée.

  5. Nico says:

    Bonjour,
    vous dites « penser comme un homme » je pense que si les hommes n’arrivent pas a se dire féministe c’est parce qu’ils ne savent plus quoi penser, le féministe est multiple, les femmes sont un « groupe » hétérogène. Par exemple certains sont « pour » la prostitution et d’autres sont contre, ils sont tous féministes. Or un homme féministe qui se fait traité de macho par des femmes féministes qui ne pensent pas comme lui (un homme dit aux femmes ce qu’elles doivent faire, nouvelle forme de domination masculine) il s’en trouve fort désappointé d’où peut être une certaine réticence à se proclamer féministe pour le sexe masculin? Les hommes ne se sentent pas légitimes, comment faire pour les convaincre du contraire? Je me demandais, vous utilisez le terme d’équité plutôt que d’égalité, pourquoi?

    • C’est vrai qu’il y a autant de notions de féminisme que de femmes. Difficile de s’y retrouver parfois…
      En ce qui concerne l’équité c’est le moyen de parvenir à l’égalité en compensant les handicaps et inégalités sociales. C’est une égalité proportionnée à la situation des individus. Si pour arriver à l’égalité il faut pratiquer la discrimination positive, je suis pour. Pour moi le concept d’équité reste lié à l’égalité de chances.

      Oh et merci pour le commentaire

  6. Et hop, partagé sur Twitter (ça amènera sans doute quelques féministes dans la foulée à lire ce très bon billet).
    De mon avis, un homme féministe ne doit pas prendre la parole à la place des femmes mais doit intervenir dès qu’il voit des attitudes sexistes chez d’autres hommes non pas pour les corriger mais pour leur apprendre à penser différemment et de manière plus ouverte en cassant les codes du patriarcat dans lequel nous sommes tous nés et avons tous évolués. Les hommes aussi féministes soient ils restent privilégiés dans la société actuelle, particulièrement s’ils sont blanc cisgenre et hétérosexuel (société hétérosexiste/centrée toussa…). Aux hommes de participer à réinventer la notion de virilité sans que cela ne passe par du sexisme bienveillant ou pas, des attitudes machos et autres comportements visant à préserver l’inégalité entre hommes et femmes.

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