Pendant ce temps en Suède…

écrit par murielle

Ne met pas tes doigts dans le nez, met la main devant ta bouche quand tu bailles/tousses/éternues, évite de cracher par terre dans la rue, ne montre les gens pas du doigt, il y a des règles de vie en société qui sont souvent intégrées. Encore que l’on peut aussi être divisé sur ce qui est considéré comme un comportement acceptable en public.

pee-wee-hermanVous souvenez-vous de Paul Reuben aka Pee-Wee Herman? Sa carrière connut une grosse crise quand il fut arrêté pour masturbation dans un cinéma pour adulte en Floride.

Selon une interview faite des années après, Reuben a très mal vécu l’après-scandale, « crucifié dans la presse », en dépit du fait qu’il ait reçu des milliers de lettres à la suite de l’incident, 98% d’entre elles était des lettres de soutien. Des années plus tard, son retour à Celebville a prouvé que « le monde est devenu un endroit plus tolérant ».

Peut-être que le public américain, si scandalisé par son approche bâclée de l’amour-propre, a oublié et est passé tout simplement à d’autres scandales: « Oooohhh Miley Cyrus, son twerking et la main en mousse… »

Je me demande ce que Reuben pense de la récente décision d’un tribunal Suédois. Olof Vrethammar, procureur du tribunal, a ainsi dit qu’il était « OK » (terme technique) qu’un homme se masturbe sur une plage bondée, dans la mesure où, « même s’il est prouvé que l’homme s’est exhibé et qu’il s’est masturbé, il faut que l’acte sexuel soit directement effectué en direction d’une ou plusieurs personnes pour que la masturbation devienne un crime ».  La Suède: le nouveau royaume des branleurs.

Si vous en voulez plus après cette histoire  – et pourquoi pas – connaissez vous celle de l’officier retraité  qui a fait la une du Bedfordshire Journal pour avoir passé en revue ostensiblement ses « soldats » dans un bus? Son excuse, lorsqu’il fut surpris par une femme et son jeune fils, était qu’il avait quelques problèmes en bas et essayait de se soulager. Vigoureusement. « J’ai été traité comme un criminel endurci », s’est-il plaint (avec une utilisation surprenante du mot « endurci »), après avoir été condamné à une amende de £ 75.

Bien sûr, les magistrats eux-mêmes ne sont pas totalement opposés à sortir leurs marteaux, comme ce fut le cas pour le juge Donald Thompson arrêté pour s’être exhibé « à l’aide d’une pompe à pénis » pendant un procès en 2006. Et c’était quelques années avant que le politicien américain Anthony Weiner nous rappelle une fois de plus qu’un poste éminent en politique ne garantit pas de savoir quoi faire avec son pénis.

Bien qu’il y ait quelque chose de merveilleux pour un éditeur ou un blogger de pouvoir légitimement taper les mots érection, masturbation et pénis dans un titre, notre réponse collective à ces cas laisse quelque peu à désirer. Dans un monde soi-disant post-ironique, nous sommes tous censés répondre à ces nouvelles avec un haussement d’épaules et un petit rire blasé. Pendant ce temps, les média accordent beaucoup de temps et de place aux « coupables » qui n’arrivent pas à contrôler ce qui se passe dans leur slip: ils ont été « traités comme des criminels », « crucifiés », « blessés » par un public intolérant. Bref, c’était tout simplement injuste.

Hum… En tant que société, nous avons un problème croissant d’infractions sexuelles. En particulier, à ne pas les prendre au sérieux.

Un rapport publié par le gouvernement (HCE) qui enquête sur les crimes sexuels a révélé que environ  15% de ceux et celles qui avaient été victimes d’une agression sexuelle le signalaient. Une des raisons les plus souvent invoquées pour ne pas dénoncer ces crimes, c’est que l’incident était présumé être « trop trivial » pour la police. Une perte de temps quoi…

Quand nous expliquons que les infractions apparemment mineures à la décence publique – comme se masturber ou exhiber son sexe dans un bus, sur une plage ou dans un cinéma – nous contribuons à une culture qui appelle le crime sexuel « trivial ». C’est la même culture qui dit que les femmes doivent se sentir complimentées par des sifflets et doivent « s’attendre » à être harcelées lorsqu’elles portent des mini-jupes.

On continue à voir la sexualité masculine comme incontrôlable et on continue à se marrer quand un gars sort son sexe pour blaguer (il suffit de voir la réaction amusée des autres invités quand dans une émission tv, l’acteur Jérémie Elkaim raconte aimer exhiber son sexe pour surprendre les gens).

Ailleurs en Suède, récemment, deux jeunes filles mineures ont porté plainte quand un adolescent lui-même s’est exhibé en face d’elles. Le tribunal a décidé, malgré les témoignages des victimes, que l’infraction n’était pas « de nature sexuelle » et a rejeté la plainte. Mais je suppose que les jeunes filles se sont senties vraiment menacées, et méritaient peut-être un peu plus de considération que de s’entendre dire qu’elles avaient mal interprété la situation.

Oui, désolée. J’aurais pu en faire un article rigolo, faire des jeux de mots, ou donner la meilleure marque de mouchoirs en papier, etc. Je laisse ça aux journaleux qui travaillent pour les magazines de l’homme moderne.

Comments: 4

  1. Le problème général, c’est que tout le monde n’a pas la même sensibilité. Ce qui fait rigoler les uns, va terriblement embarrasser les autres. Je pense que ceux qui se masturbent en public ont un problème qui peut avoir de nombreuses origines, mais qui n’est fondamentalement pas sain et devrait être réglé par une aide psy.

  2. il est vrai que certaines situations pourraient prêter à rires s’il s’agissaient de scènes tirées d’un film… mais là on est bien dans la réalité et en effet la sensibilité et la pudeur de chacun devrait être respectée, le verdict du juge suédois me sidère ! l’exhibition n’est donc pas un problème à « l’ordre public » pour lui ?
    très intéressant ton article

  3. Fred says:

    Tout ce qui touche aux partie génitales est toujours plus amusant chez les hommes. Je ne sais pas si c’est parce que c’est là, entre nos jambes, toujours présentes, facile à atteindre mais y’a quelque chose. Difficile de les oublier.
    Tu as raison sur le fait que l’exhibitionnisme, même si lié à un trouble psychologique, est un « crime » sexuel qui n’est pas pris au sérieux. Le vicieux qui se tripote près des écoles et lieux publics doit recevoir plus qu’un regard détourné par une jeune fille choqué ou une maman en colère.
    La décision du juge suédois est carrément choquante. Voir un sexe en érection quand on ne l’a pas souhaité est plus choquant et traumatisant qu’on ne croit.

  4. Laurent says:

    A partir du moment où un homme a son sexe dehors sans qu’on lui ai rien demandé et en public, il y a atteinte à la pudeur, outrage ou je ne sais pas quoi. Donc cela devrait être passible d’une amende ou plus. Le cas suédois est loin d’être amusant.

quelque chose à dire