12 years a slave

En 1825, un esclave fugitif nommé William Grimes a écrit une autobiographie pour gagner les 500 $ nécessaires pour acheter sa liberté. Son maître avait retrouvé sa trace dans le Connecticut et tentait de renvoyer Grimes à l’esclavage. A la fin de son récit le fugitif fait une offre mémorable: If it were not for the stripes on my back which were made while I was a slave, I would in my will, leave my skin a legacy to the government, desiring that it might be taken off and made into parchment, and then bind the constitution of glorious happy and free America.

Peu d’images littéraires ont évoqué aussi vivement l’hypocrisie d’une nation qui exalte la liberté tout en légitimant l’esclavage.

La vie de William Grimes a été la première autobiographie par un esclave fugitif américain, lançant ainsi un nouveau genre littéraire, le récit de l’esclave. (Le récit intéressant de la vie d’Olaudah Equiano, publié en 1789, est largement considéré comme le premier, mais Equiano a publié son livre en Grande-Bretagne.) Des chercheurs ont identifié environ 100 récits d’esclaves américains publiés entre 1750 et 1865, et beaucoup plus  après la fin de la guerre civile. Les plus célèbres sont celles de Frederick Douglass et Harriet Jacobs, mais la sortie d’un nouveau film a suscité de l’intérêt pour Solomon Northup. Son livre, 12 years of slave est l’un des récits les plus longs et les plus détaillés d’un esclave, devenu un best-seller dès sa publication en 1853.

Gone with the WindLe fait que le film ait reçu plusieurs oscars aux Etats-Unis permet d’oublier légèrement Gone With the Wind  et son excuse de l’esclavage, qui a blanchi à la chaux et dans tous les sens les images populaires de l’esclavage institutionnalisé. Ou comment romantiser le racisme…. Ainsi Hattie McDaniel et Butterfly McQueen deux artistes douées, ont joué dans tous les films les bonnes filles noires un peu simplettes et bien obéissantes –  rôles évidemment stéréotypés. (Dans la vraie vie, McDaniel était une chanteuse et comédienne, tandis que McQueen, a pimenté les rôles cliché qu’elle détestait jouer, au point de quitter le show-business. )

Les récits d’esclaves sont la correction la plus puissante que nous avons face à de telles distorsions et faux-fuyants.

Je vais simplement recopier l’introduction du livre de Northup et vous encourager à le lire :

Si l’histoire narrée par Northup n’en demeure pas moins profondément originale, c’est parce qu’il n’est pas un «esclave comme les autres» ». Né libre en 1808, résidant dans le comté de Saratoga dans l’État de New York, il est kidnappé en 1841, enfermé à Washington, vendu à la Nouvelle-Orléans, avant de passer les douze années suivantes de sa vie en tant qu’esclave en Louisiane. Ainsi que l’affirme à nouveau Beecher Stowe, il y avait eu d’autres cas similaires à celui de Northup, mais ceux-ci n’en demeuraient pas moins exceptionnels et, lorsqu’ils étaient découverts par les autorités du Sud, étaient généralement «traités avec une grande équité et impartialité».

northup

 

Son histoire continue à résonner dans le présent. Un film, tout ce qu’il y a de magnifique, n’explique pas assez combien l’histoire de l’esclavage est encore moderne. Il suffit de lire le Fugitive Slave Law de 1850 pour comprendre :  « elle rend tout agent de police officiel punissable d’une amende allant jusqu’à 1 000 dollars en cas de refus d’arrestation d’un esclave soupçonné d’être en fuite.

De plus, cette loi oblige tous les officiels à arrêter toute personne suspectée d’être un esclave en fuite, sans que son propriétaire n’ait à prouver sa possession. Les suspects ne pouvant même plus faire appel au tribunal pour se défendre. Enfin, toute personne aidant un fugitif en lui fournissant des soins ou même de la nourriture est passible de six mois d’emprisonnement ainsi que d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 000 dollars. »

Il y a du Sangatte dans cette loi. Et se souvenir des bénévoles inquiétés, ou cette femme, près de Béthune, qui avait été mise en garde à vue pour avoir simplement rechargé les téléphones portables de migrants.

Quelle valeur prend la liberté face à l’asservissement et l’oppression qui demeurent?
La réalité, dit-on, dépasse souvent la fiction.