Looking

écrit par murielle

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Je ne m’attendais pas à aimer à ce point Looking mais cette série sur les gays + une femme – la redoutable Doris – s’est glissée dans mon cœur. Tout drame qui tente de mettre en scène ou de « s’attaquer aux problèmes qui affectent un groupe » peut vite se terminer en cliché, ou en quelque chose de digne, ou pire encore, en cliché digne, avec une gifle supplémentaire de « controverse ». Alors que ce qui était vraiment nécessaire était un regard simple pour filmer la façon dont un courant de la société vit.

Dans Looking, dès le début, c’est un regard doux et convaincant sur de petites histoires, avec l’allusion ici et là de pratiques sexuelles. Des petites histoires, de la vie quotidienne, de rendez-vous professionnels à des plans drague, mais où presque rien ne se passe.

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Ils sont trois amis Patrick, est le garçon propre sur lui, un peu refoulé, designer de jeux vidéo. Augustin est un artiste, réduit à travailler comme assistant d’un autre artiste. Dom est un sommelier, passé du coté des vieux (40 ans) et las des saunas masculins.

Ils avancent tant bien que mal dans la vie et dans San Francisco, par dessus ses collines et autour de sa baie, d’un rendez-vous Grinder.com raté à un brunch confessionnel, de soirées de fiançailles un peu ringardes à des séances de commérages sur les ex.

Ils prétendent au téléphone qu’ils mangent des salades de kale quand ils mangent des cheeseburgers. Ils parlent de circoncision et prêtent leur support quand l’un d’entre eux emménagent avec son fiancé. Ils bossent, draguent, se sentent trop vieux et pas assez sexy. Ils doutent et font des erreurs. Ils font sourire aussi. Pendant le cours de zumba avec Doris, Dom se plaint d’être un cliché après avoir couché avec un ex: « Penser que le sexe, me ferait me sentir mieux. Je veux dire, je me sens mieux, mais quand même. »

Patrick gâche son premier rendez-vous avec Richie, en poussant la naïveté jusqu’au point de racisme, mais redresse les choses au cours des épisodes suivants. J’aime Richie et sa patience. La manière dont lui et Patrick s’apprivoisent, leur journée passée à discuter, les gestes tendres échangés, leurs aspirations, les dévoilements presque adolescents, est peut-être l’épisode le plus doux et le plus vrai de la série.

La bande de The Looking est l’opposé de la bande de Girls où chaque personnage est – pour reprendre une expression technique – « un trou du cul complet ».  Je suis injuste avec Girls peut-être. L’épisode Hamptons cette saison lorsque Shoshanna a craqué et informé tous les autres personnages, qu’ils étaient égocentriques, toxiques, déchets narcissiques vivants, était un moment de fiction vivifiant. Il était également mémorable pour les pâles fesses de Dunham dans un bikini terrorisant tout l’épisode comme un rappel de la façon dont nous voyons si peu le réel et de vrais corps d’êtres humains à l’écran. Son personnage Hannah, s’est donné à fond.

A l’opposé, Looking, est l’épitomé de la bonhomie. Personne ne dit à Augustin que son talent artistique est débattable, ou que Dom devrait peut-être songer à changer de thème pour son restaurant.  Les second rôles sont formidables : Scott Bakula en futur partenaire financier de Dom et Russell Tovey qui joue enfin un rôle d’adulte sexy.

Il y a du Chroniques de San Francisco dans cette série, mais avec moins d’excentricité et plus d’ordinaire. Quelque chose comme la vie normale à San Francisco.

Comments: 6

  1. Benoit says:

    Bonsoir Murielle.
    C’est mieux ou moins bien que « Queer as folk »?

    • Différent. Queer était sur la scène gay à Manchester. Il fallait un peu choquer, montrer beaucoup de sexe et c’était nouveau à la tv britannique. J’ai beaucoup aimé mais je regardais ça de l’extérieur. Avec Looking, il y a beaucoup plus d’identifications, pas moi évidemment mais je retrouve des amis dans les personnages. Il y a un mélange plus grand.

  2. J’ai lu les chroniques de San Francisco qui nous montraient bien que les échanges amoureux chez les « gays » sont aussi compliqués que chez les autres.

    • Oui mais il y a quelque chose de différent que je n’arrive pas à expliquer qui est plus « touchant » dans la littérature gay. Peut-être parce que cet amour là n’est pas encore accepté partout, qu’il y a des codes, des comportements. Je ne sais pas, je ne voudrais pas être maladroite dans mes explications. Par exemple, on ne fait pas son coming out quand on est hétéro. On n’a pas à « cacher » sa situation amoureuse dans son boulot (on sait bien que ça arrive encore). Être hétéro ne présente pas d’obstacles, il n’y a pas de questionnement sur soi ou des autres. C’est quelque chose déjà qui différencie. À aucun moment on ne mettra en question les choix et désirs d’un homme hétéro.

  3. Pierre says:

    Les chronique de San Francisco montrent surtout les échanges amoureux alors que Looking montre la vie quotidienne. C’est différent, plus réalistique à mon avis. Je me reconnais dans les histoires de Looking. C’est une question de génération je pense. Là où Murielle a raison c’est sur le coté plus ordinaire et moins excentrique des personnages.

    • Je pense que les chroniques commencent à dater finalement. « Lookin »g est un peu la même chose mais maintenant. Avec des droits qui sont passés, avec une revendication un peu moindre, quelque chose plus dans le quotidien et moins dans l’extra-ordinaire. Il y a bien sur une histoire propre à San Francisco, sa géographie, son histoire, sa culture mais les histoires narrées se passent également à Paris ou à Londres. Par exemple les clubs gays moins excluant (je pense à celui de Stockwell, etc.).

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