Réflexion plus ou moins légère sur la solitude…

écrit par murielle

… l’espoir, la famille et une citation

Il arrive parfois qu’un sujet fasse mouche et pour je ne sais quelle raison, un lecteur ou une lectrice ne commente pas mais envoie un e-mail pour discuter un sujet. Franchement, je préfèrerais un commentaire qui puisse être partagé qu’un e-mail qui se rajoute à la liste des e-mails auxquels je DOIS répondre. Cette liste est là, sur la boite mac « à répondre », deux mots qui me culpabilisent de plus en plus.

Bref, l’article sur l’espoir a fait effet de poil à gratter. J’ai eu droit à des interprétations tirées par les cheveux et quelques questions qui m’ont fait sourire. Un e-mail en particulier me racontait combien il était important de comprendre qu’on vivait sa vie seul et que la vie de couple ou de famille entretenait un espoir qui serait finalement déçu. On vit le couple comme un support, l’autre est celui qui soutient, encourage, console et comprend. Or dans cette aventure, on est forcément déçu. Même chose pour la parentalité. Beaucoup la vive comme un don de soi, comme la chance et le devoir d’être un parent parfait pour un enfant. On sera tout pour lui, on lui donnera un amour inconditionnel sans réaliser qu’on demande souvent à un enfant de combler des manques.

Quelques lecteurs parmi vous penseront comme moi, que le couple – tout comme la famille – est une cause perdue. L’effondrement de la foi religieuse et l’idéologie politique signifie que nous mettons souvent nos idéaux dans le domaine des relations personnelles. Joni Mitchell chantait « I cleared myself, I sacrificed my blues, And you could complete me, I’d complete you« .  Je suppose qu’à l’âge de 17 ans, c’était exactement ce que je pensais ou voulais. C’est une idée qui résonne parce qu’on se sent incomplet à 17 ans, on vit l’idée romantique qu’en rencontrant la bonne personne on sera enfin transformé, les manques seront comblés. La même chose quand on veut un enfant. « Je serai le parent que j’aurais rêvé avoir, il aura l’enfance que j’aurais voulu vivre, je lui donnerai/demanderai l’amour dont j’ai manqué… »

Il y a une expérience assez connue racontée par John Cleese (des Monthy Python) et Robin Skynner dans le livre La famille, comment en réchapper? qui raconte combien les enfants sont attirés par des personnalités similaires. Donc dans la vraie vie, ce serait difficile de trouver quelqu’un qui nous complète, le fabriquer serait encore pire et par conséquent tous les enfants auront toujours des parents qui comme le dit Larkin, les « niquent ».

N’importe quel adulte suffisamment mature, comprendra que la famille est une chimère, une notion absurde. Mais le savoir n’est pas la même chose que l’accepter. Dans l’espoir d’échapper à la solitude on se rassure en se disant que ses parents ou sa famille ou ses enfants seront toujours présents, surtout dans les moments difficiles. Quelle erreur… On met trop d’espoir dans des personnes qui ne sont qu’humaines avec leurs défauts, leurs égoïsmes et leurs choix personnels. Envisager la famille ou le couple comme un refuge est une illusion basée sur du rien. On ne peut aimer, véritablement, que parce que l’on sait d’où l’on vient. Souvent d’un endroit rempli de solitude.

Il croyait que c’était à la solitude qu’il tentait d’échapper, et non à lui-même.

William Faulkner

Comments: 17

  1. Nathalie says:

    C’est terrible de penser qu’on est vraiment seul au monde même si on a de la famille ou un partenaire. Et pourtant ce que tu dis sonne vrai.

  2. Marie-Hélène says:

    À la première lecture, j’ai trouvé ton article déprimant. À la énième, j’ai compris. Enfin je crois que j’ai compris qu’on mettait trop de nous et de nos attentes dans les membres de notre famille ou dans notre compagnon. Comme toujours c’est dans les moments difficiles qu’on voit ceux sur qui on peut compter, ceux qui nous aiment même quand ça ne va pas. On ne sait finalement jamais vraiment si on est aimé et si on est seul que quand on est entouré dans les moments difficiles.

  3. Marie-Hélène says:

    Et une citation moi aussi pour terminer :
    La solitude est très belle… quand on a près de soi quelqu’un à qui le dire.

  4. Pendant très longtemps et jusqu’à une date récente, famille voulait dire famille élargie. Cette famille élargie (ou clan) servait à tout simplement survivre, dans des contextes historiques et économiques difficiles.
    Les mariages servaient à faire des alliances chez ceux qui avaient le pouvoir (et à faire des enfants chez les autres, qui servaient à travailler pour ceux qui avaient le pouvoir).
    Le mariage d’amour tel qu’on le conçoit aujourd’hui est lié aux films hollywoodiens. C’était excessivement mal vu autrefois, et le grand amour s’appelait « la passion ». A bannir absolument. (Voir Pascal).
    Aujourd’hui, on n’a plus besoin de survivre (au moins dans les pays occidentaux), et on vit seul, ce qui n’est peut-être pas un progrès.

    • Laurent says:

      Oui en ce qui concerne la première partie. La famille était pensée au sens très large. Elle avait une fonction sociale, et matérielle autant qu’une fonction sentimentale. Il y avait une prise en charge des plus « faibles », on aidait financièrement ou autre ceux qui en avait besoin.
      Maintenant la famille s’est rétrécie : on oublie facilement les grand-parents, oncles, tantes et cousins pour ne former qu’un atome père+mère+enfant voire parent célibataire+enfant. Ce qui amène à une certaine solitude.
      Enfin, il existe une autre famille faite d’éléments choisis, des amis, des membres de famille parfois éloignés, etc qui devient la famille. C’est encore plus évident pour les expatriés, les communautés, les gays, etc. Il y avait un article dans je ne sais plus quelle revue sérieuse qui expliquait les nouvelles familles. Je vais essayer de retrouver les références.

      • Je faisais références aux enquêtes qui ont eu récemment un large écho dans la presse, sur la solitude assez préoccupante qui semble augmenter dans nos sociétés. Dieu merci, il existe aussi des communautés d’intérêts ou de goûts communs.

  5. Benoit says:

    C’est un sujet qui me parle parce que j’ai vu il n’y pas longtemps un film documentaire sur la solitude. Je travaille de la maison donc il n’y a pas de collègues pour me demander si je vais bien ou non ou pour remarquer mon absence. Je suis célibataire et je n’ai pas liens avec ma famille. Donc personne pour se soucier de moi.
    J’ai appris avec le temps qu’être seul n’est pas un cas rare ni une calamité mais ce qui peut avoir été en option devient un impératif: appeler ses amis, sortir de chez soi, socialiser. Parfois, on n’a envie de faire aucune de ces choses, et avant qu’on s’en rende compte, trois jours se sont écoulés, on est couché sur le canapé à regarder Cyril Hanouna couvert de miettes de pizza, et on réalise qu’on n’a pas parlé à un autre être humain depuis la semaine dernière.

    • Peyo says:

      Bien qu’il y ait une différence entre être solitaire et être seul – je suis heureux avec ma seule compagnie et j’aime vivre seul pour la plupart du temps – je trouve aussi que nous vivons dans un âge d’isolement. Et quand je sens que ma vie n’est pas au mieux, quand je suis triste, fatigué et que j’ai besoin de compagnie, avoir un aperçu de la vie d’autrui via Instagram ou Facebook ne m’a jamais fait me sentir mieux. Attendre des autres qu’ils nous nourrissent est souvent une erreur.
      Nous sommes des êtres humains. Nous avons besoin d’être seul, parfois – mais pas tout le temps. À moi aussi d’y aller de ma citation, c’est pas la mienne : « nous sommes conçus pour vivre ni ensemble, ni seul. »
      Je pense que c’est là que le bât blesse.

  6. Amaya says:

    Dés leurs premiers mois , nous avons prévenu nos enfants en leur disant , ô combien nous étions des parents crétins et que franchement …. bref. Je ne sais pas pour eux , mais nous nous sommes sentis beaucoup plus léger et rien que cela , ça leur a fait du bien je crois :-)
    ( mais ça me fait qu’on va remettre une couche , tiens d’ailleurs , les idéaux ont la dent dure … )

  7. Amaya says:

    (ça me fait PENSER …)

  8. Amaya says:

    Bon sinon sur la solitude , j’aime bien le fait qu’on peut l’apprécier en compagnie des autres . C’est alors une sorte de solitude intérieure . Elle peut nous aider à nous protéger et à protéger les autres de nos illusions , et faux espoirs sans nous empêcher d’être avec les autres , bien au contraire , c’est très précieux. Mettre en œuvre cette solitude intérieure , n’est pas si évident , pour moi en tous les cas , ça demande un entrainement contre les chimères et comme tu disais savoir , n’est ni comprendre , ni accepter ….

    • C’est un point intéressant, c’est vrai que la solitude permet aussi de se protéger. Tout ce que tu dis est très juste dans ce commentaire :-)

  9. Fred says:

    Tu aurais du reprendre la citation de Woody Allen : « La vie est pleine de solitude, malheur et souffrance – et ça finit bien trop tôt »
    Comme tu l’as déjà dit, en n’attendant rien de personne, on ne risque pas d’être déçu. Ce qui est encore plus évident quand il s’agit de la famille. Je crois avec l’age, que finalement les personnes qui nous connaissent le moins sont ceux qui sont censés être le plus proches de nous. Quelque chose change avec l’adolescence, on cache beaucoup de choses quand on devient ado et ensuite finalement on continue ce comportement dans la vie d’adulte. Quelque chose qui se pose entre les tabous, les secrets, les actes d’indépendance et les différences de caractères et opinions.
    Je trouve très juste ta phrase « on vient d’un endroit rempli de solitude ». Elle est pour moi la raison principale de la parentalité. Non pas que je critique le choix d’avoir des enfants.

  10. Emilie says:

    La solitude est encore plus d’actualité. Mère Térésa disait que la plus grande maladie n’était pas la lèpre ou la tuberculose mais plutôt la solitude, et le sentiment d’être abandonné ou de n’être pas désiré.

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