la recette du bonheur 

écrit par murielle

C’est pas mal d’être pape. On porte des robes confortables qui cache les petits et gros défauts. On a une bonne vue de sa voiture. On voyage pas mal. Et on est assez heureux. D’où l’envie de partager ses “trucs” dans un magazine argentin Viva, en donnant 10 conseils pour être heureux.

Malheureusement, cela ressemble beaucoup aux posters de motivation que l’on voit trop souvent dans les posts facebook ou ailleurs. Vous savez le genre qui montre une montagne et au dessus “je crois en MOI”. Ou quelque chose comme ça…

Bien entendu, les 10 points de François sont valides et respectables. J’avoue même essayer de vivre par ces règles. Mais je suis aussi réaliste et une vie intéressante se vit aussi dans la malice. Il y a plein de choses moins positives qui nous rendent heureux. Alors voici quelques alternatives à celles du pape, pour les pauvres pécheurs que nous sommes.

1. Le pape recommande de vivre et laisser vivre, alors qu’il est de loin préférable de garder une rancune. Il n’y a rien de plus délicieux que l’anticipation de ce parfait moment où votre ennemi se plante à coup sûr. Le vrai bonheur est un ex misérable, une brute de l’école qui a mal vieilli, et la pluie qui ruine les vacances exotiques de votre pire collègue.

 

2. Profiter des plaisirs solitaires. En ce qui concerne l’injonction de Sa Sainteté à « se donner aux autres », je suis sûre que la plupart d’entre vous aide un ami à déménager, reste pour ranger après un anniversaire – mais je pense que nous pouvons tous admettre que, dans l’ensemble, être seul est mieux. Vous pouvez regarder les trucs pourris à la télé, lire la bibliothèque verte, et terminer un paquet de havreflarn sans interruption, jugement ou vol. Boisson, nourriture et sexe sont aussi des choses agréables et parfois beaucoup plus appréciables en solitaire.

3. Se mouvoir avec bienveillance et humilité.
Ok. Mais embrasser les mauvais comportements, oser les danses vulgaires et la rage occasionnelle c’est pas mal non plus. “Les femmes bien éduquées font rarement l’histoire. » Laurel Thatcher Ulrich savait de quoi il parlait. On se calmera quand on sera mort.

4. François recommande un sens sain des loisirs, mais un sentiment malsain des loisirs est certainement appréciable. Assurez-vous qu’il implique de s’assoir devant la télé pour un week-end de dvds, un plateau de fromage et du bon vin. Nous avons été dupés dans cette croyance aberrante que le loisir doit comporter des activités organisées ou, au pire, de l’exercice. Ce n’est pas un loisir, c’est un travail pour lequel vous n’êtes pas payés. Le loisir est de ne pas changer de pyjama, boire du Bailey’s avec plein de glaçons, et peindre ses ongles de toutes les couleurs.

5. Traiter presque chaque jour comme un jour de vacances. Dimanche devrait être des vacances, dit le pape, mais cela n’a aucun sens. Lundi devrait être des vacances. Et vendredi. Et mercredi, parce-que le week end est encore loin. Les dimanches sont rarement reposants ou pleins de bonheur, quel que soit votre âge, vous ne pouvez jamais ignorer ce sentiment tenace que vous n’avez pas fait vos devoirs. C’est la mort imminente au goutte, le sentiment d’avoir à retourner au travail le lendemain. Et puis il y a encore tout ce repassage à faire. 

6. Réveiller sa jeunesse. D’accord pour la création d’emplois. Mais le travail n’est pas non plus synonyme assuré de bonheur. Trouvons à nouveau du plaisir à glander pendant des heures, se passionner pour des petits riens et des grandes causes, fantasmer sur une personnalité ou se prendre pour Che Guevara. Et accepter que l’acné juvénile ne part jamais tout à fait.

7. Boire dans les parcs ou sur les plages. C’est une bonne chose de respecter et de prendre soin de la nature, – mais c’est rarement quelque chose qui va vous donner un bonheur instantané et dévorant à moins d’enlacer un arbre. Il y a aussi s’énivrer doucement dans un parc ou sur une plage un jour d’été; c’est autorisé mais vous devez ensuite emporter vos bouteilles vides avec vous.

 

8. Avec l’injonction « cesser d’être négatif », le Saint-Père ne tient pas compte de la gaieté et la joie qui viennent d’une critique de belle facture. Il suggère que «besoin de dire du mal des autres indique une faible estime de soi».  Oui. Mais ça peut également indiquer que vous êtes, jour après jour, entourés par des gens horribles et que parler d’eux avec un copain donne lieu à une joie véritable et une libération cathartique.

9. Prosélytisme sur le fromage.
C’est un peu fort pour un pape de nous dire de ne pas faire du prosélytisme, quand il est le premier offenseur. Parce que forcer vos croyances tend à agacer les autres. Sauf si votre croyance est que les oeufs brouillés ont meilleur goût avec une pointe d’emmental, dans ce cas, vous pourriez potentiellement changer la vie de quelqu’un.

10. Bien sûr, personne ne va discuter avec la dernière suggestion du pape, que nous devons travailler pour la paix. Cela va sans dire. Mais pour le pécheur, il y a une chose plus essentielle pour le bonheur, et c’est de faire une pause avec les réseaux sociaux. La vie peut être infiniment mieux sans chamailleries constantes, narcissisme, et mauvaises blagues.

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En nous donnant ces conseils, le pape Francis utilise ce truc bien connu : nous dire ce qu’il faudrait faire en le déguisant en des choses qui vont nous rendre heureux. Or nous pouvons faire la différence entre ce qui nous rend heureux et ce qui est bon pour nous. Le premier implique généralement d’empoisonner parfois notre corps, et le second comporte des légumes. Un mélange sain des deux devrait nous maintenir en vie et heureux – ne serait-ce que brièvement.

Comments: 16

  1. Je vois qu’il n’y a pas que mon épouse qui mange du pape au petit déjeuner. Elle détestait surtout les deux précédents.
    J’avoue qu’un de mes grands plaisirs est en effet de constater qu’un collègue/chef (en général ex-collègue/chef) qui nous – moi et d’autres – a fait ch***, vieillit très mal ou a des ennuis.
    Cela me rappelle les archives de l’Eglise de Larchant (sud de Fontainebleau) du XVIIIème siècle, où il est noté à la plume, que les habitants de Larchant ne sont pas mécontents du grand incendie d’un village voisin honni.

    • il est dit qu’un étranger est un ami que l’on n’a pas encore rencontré, on pourrait dire l’inverse du voisin…

  2. Laurent says:

    Tout a meilleur goût avec du fromage, pas besoin d’être convaincu. J’aime bien ta définition du bonheur, un peu de poison et des légumes…

  3. Amaya says:

    :lol:
    haaaaa…enlacer un arbre …

  4. Fred says:

    Ta liste n’est pas mal du tout. Les plaisirs solitaires sont importants et se réjouir des malheurs relatifs d’un con est un bien tout aussi nécessaire.
    Se saouler dans un parc est une idée intéressante que tu dois avoir appris chez les anglais. J’ai toujours vu des groupes dans les parcs avec des packs de bière ou de cidre, c’est une habitude!

    • Oui c’est un truc anglais! Et c’est convivial. Un rayon de soleil, une grande nappe sur l’herbe et c’est la fête :-)

  5. Nathalie says:

    La semaine des 3 jours me convient. Moi c’est le jeudi que je déteste, encore un jour avant le week end, et déjà j’en peux plus. J’approuve tes 10 points et j’adhère totalement au bailey’s avec des glaçons. C’est trop bon!!

    • le week end n’est pas une bonne chose, il faut changer tout ça

  6. Audrey says:

    Dire du mal de quelqu’un apporte un certain plaisir, j’ai appris qu’il ne faut pas tout garder pour soi. Ça fait tellement du bien de pouvoir libérer la parole :)

  7. Benoit says:

    Oui. Une façon pour le pape de continuer le prosélytisme sous forme de recettes du bonheur. Ce qu’il dit est finalement assez générique et même si c’est bien, trop d’emphase est mise sur le bonheur. Je pense qu’il faut arrêter de vouloir le bonheur, de le penser comme un but. je suis plutôt pour tes recettes qui ne visent pas le bonheur mais des moments de plaisir.

  8. Peyo says:

    :-) plus j’aime le choix des photos et dessins

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