Une confession

J’ai lu le livre de Valérie Trierweiler : Merci pour ce moment. Je n’ai aucune autre justification que celle de la curiosité littéraire/journalistique. Tout le monde en parle, tout le monde ne l’a pas lu, toute le monde critique, tout le monde ne connait pas ce qu’il critique. Et puis elle m’est sympathique.

C’est un livre qui se lit vite. Non pas qu’il soit mal écrit mais il est écrit comme une longue lettre qui mêle confidence, observation et sentiments à vif. Un mélange d’objectivité peinée et de subjectivité assumée.

Bien entendu, ce livre allait faire parler. Ce livre est sorti en plein dans la tourmente – comme les journalistes répètent à longueur d’articles et interventions télévisées – écrit par une femme blessée, trompée, folle, stupide ou autre adjectif selon le degré d’inimité pour cette femme. Qui plus est alors que le président est encore en exercice.

Avant de le lire je pensais comme la majorité, elle aurait du attendre la fin du quinquennat, la fonction présidentielle est importante et suffisamment respectable pour ne pas l’entacher avec des livres qui traitent de la question amoureuse, que les histoires personnelles doivent rester dans la sphère privée, etc. Elle aurait pu attendre quelques années pour donner sa vision. (Encore que. Le président n’a pas besoin d’elle pour voir son image dégradée.)

Seulement, Valérie Trierweiler n’est pas « l’ex épouse de », certes elle est une ex mais elle est aussi une femme journaliste ma foi assez honnête pour se montrer sans fards et sans artifices quand elle parle d’elle. Sans coquetterie mal placée, elle raconte ses réactions démesurées, son état psychologique fragile et ses souffrances.

Malheureusement à ses considérations privées, personnelles et intimes se mêlent l’observation journalistique sur le milieu du pouvoir. Et c’est ce mélange qui devient gênant. Parce qu’un livre sur sa place dans la sphère politique, presque dans l’œil du cyclone aurait été encore plus passionnant. Le livre d’une femme et d’une journaliste au plus proche du pouvoir sans en avoir aucun elle-même.

On suit la campagne des primaires, les alliés et les contrats tacites. On est confirmé dans l’idée que les présidents sont interchangeables, que le pouvoir change irrémédiablement, qu’il y a un parfum de monarchie et non de république à l’Élysée. Qu’un président et ses ministres gouvernent à tâtons, selon les sondages, les visites organisées et coups de communications, les conseillers aux avis contradictoires, etc. Qu’il n’est pas question de compétences mais de loyauté mal placée.

C’est dommage, on ne retiendra de ce livre que les blessures d’une femme trompée alors qu’il aurait pu être mieux que ça.