Serial

Written by murielle

 

Qu’est-ce donc que Serial ? C’est un podcast (en anglais), hebdomadaire, délivré tous les jeudi, créé par Sarah Koenig, productrice et journaliste expérimentée.

Depuis de longs mois, Koenig et son équipe sont sur un « cold case ».

En 1999, à Baltimore, une jeune femme, Min Lee Hae, a disparu. Quelques semaines plus tard, son corps est retrouvé dans Leakin Park. Elle a été étranglée. Son ex-petit ami, Adnan Syed, a été inculpé de son assassinat, condamné et envoyé à la prison à vie. Il a toujours clamé son innocence.

Je ne vais pas vous dire plus de détails sur le cas parce que, c’est long, compliqué et que ce n’est pas terminé.

Koenig a fouillé les archives, épluché tous les documents, interrogé les gens plus de 15 ans après l’événement. Elle a tracé ce qui avait été dit ce jour fatal, elle a vérifié les enregistrements téléphoniques, écouté les vieux interrogatoires de suspects, passé au peigne fin tous les détails de l’affaire.

Et tout en faisant cela, elle a également tenu Syed informé de ses recherches et trouvailles dans des conversations enregistrées. Donc nous entendons aussi ses réactions.

Beaucoup de gens ont écrit des essais sur le pourquoi du succès de Serial. Une autre des raisons, pour moi, c’est qu’il n’y a pas d’images. Vous n’êtes pas distrait par le langage du corps, l’expression du visage, il n’y a rien de visuel sur lequel se concentrer. Au lieu de cela, il y a uniquement l’interprétation vocale. Et ce qui est intéressant en ce moment, c’est qu’à l’ère des chats, sms et de la communication emoji, je ne suis pas sûre que l’on écoute beaucoup les voix, les tics de langage et tout ce qui définit ou trahit la personnalité de quelqu’un.

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Ce qui est vraiment fascinant à propos de cette série – qui vous entraîne et vous tient en haleine – c’est que ce n’est pas un cas simple. Vous assumez, si quelqu’un clame son innocence, qu’il suffit d’écouter et lire les preuves et dire: oui, il l’a fait, ou non, il ne l’a pas fait. Avec Serial, rien de tout ça n’est clair.

En partie parce que, dans la vraie vie, les gens ne se souviennent pas où ils étaient il y a six semaines, encore moins 15 ans en arrière. Mais aussi parce que, dans la vraie vie, les gens ont leurs raisons pour être vague.

Et Koenig de passer de la conviction au doute sur l’innoncence de Syed ; il y a un moment humain très intéressant à la fin de l’épisode six, où Syed lui demande pourquoi elle continue à se préoccuper de son cas.

Koenig a donné un rythme à cette série pour qu’elle nous donne des informations dans un ordre particulier, afin que nous puissions travailler sur l’histoire avec elle. C’est une pièce remarquable de journalisme. La structure narrative est incroyable sans qu’il n’y ait aucune manipulation.

Le travail d’information est parfait. Certainement mes études en sciences de l’information et mon expérience professionnelle me poussent à être tatillonne, à ne jamais négliger les détails et c’est ce qui est fait ici. Elle fait un travail de fourmi, à tout lire, à tout éplucher sans rien assumer.

Et tout est montré sur le site : chronologie des faits, photos, documents scannés, affidavit, cartes, lettres, plans, etc.

 

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Le plus fascinant c’est qu’elle travaille encore sur le cas. Alors … nous ne savons pas quelle est l’issue. Est-ce que Koenig va découvrir que Syed est innocent ? Est ce que le meurtrier est quelqu’un d’autre, quelqu’un toujours en fuite ?

Nous sommes habitués aux assassinats en tous genres, dans la fiction, à la télé, aux journaux télévisés et ailleurs. Nous avons même des programmes qui font la part belle aux reconstitutions de meurtres. Nous sommes devenus « habitués » aux crimes qui sont presque tous résolus à la fin.

Mais Serial nous rappelle que le meurtre et l’enquête sur celui-ci sont faits de désordre, de choses compliquées et humaines. Des choses extraordinaires et terribles qu’on ne souhaite à personne arrivent à des gens ordinaires.

Et pourtant, en raison de leur caractère extraordinaire et leur horreur, c’est tout de même fascinant. Et nous voulons que l’assassin soit pris et condamné, nous voulons que l’enquête soit un succès parce que ceci est la vraie vie. Cela s’est réellement passé. Et parce que c’est la vraie vie, le doute demeure.

Alors si vous comprenez l’anglais, rendez vous sur le site du podcast. C’est une pièce dramatique au sens littéraire, une histoire racontée avec talent mais aussi et surtout une belle leçon de journalisme.

13 thoughts on “Serial

  1. Nathalie says:

    C’est pour ce genre de truc que je regrette de ne pas maitriser l’anglais couramment.

  2. Fred says:

    Je remarque que la majorité de l’équipe est féminine. Tu penses que ça joue sur la façon dont le reportage est mené?

    • Il n’y a rien de mieux que les équipes mixtes. Mais je n’avais pas pensé à ça

  3. Melissa says:

    Bonjour. La réflexion de Fred m’interpelle parce que je pense qu’une équipe mixte est beaucoup mieux. Une vision totalement masculine ou féminine surtout dans les domaines de l’information, de la connaissance et de l’éducation est un danger. C’est important que dans tous les corps de métier et à tous les niveaux, il y ait de la mixité. Différentes façons de penser, différentes visions et différentes pensées cognitives apportent un plus. Dans le journalisme, une équipe unisexe est très gênante parce qu’elle oublie automatiquement quelque chose.
    Je me méfie toujours d’une équipe rédactionnelle entièrement féminine ou masculine où le sexe qui n’est pas représenté est relégué à des tâches subalternes. Je ne crois pas qu’il y ait alors un débat juste et ouvert.

    • C’est le débat sur le genre en un seul commentaire :-) Est-ce qu’il y a des qualités spécifiquement féminines ou masculines? je ne sais pas mais c’est vrai que très rapidement une équipe unisexe manque de visions différentes et contradictoires. C’est important dans tous les corps de métier.

  4. Nathalie says:

    Je trouve les réflexions de fred et Melissa judicieuses. Travailler dans une équipe mixte est souvent plus productive et différente dans l’atmosphère. je ne comprends toujours pas pourquoi des d’hommes ne veulent pas de femmes dans leur équipe. Ils en seraient ravis. Une approche différente du travail qui est complémentaire et apporte une vision différente et on peut blaguer tout de même.

  5. Laurent says:

    Oui. C’est LA série à écouter sans faute quand on maîtrise l’anglais. C’est passionnant, parce que c’est bien fait, bien maitrisé et aussi parce que c’est vrai. Je pense qu’il est innocent mais parfois le doute s’installe, c’est incroyable.

  6. Pierre says:

    J’ai essayé d’écouter mais j’ai un peu de mal avec la langue. Par contre le blog donne beaucoup d’infos, et la lecture des documents est passionnante. C’est une belle pièce de journalisme d’investigation.
    Merci pour cette découverte

  7. Amaya says:

    J’ai peur des séries , du monstre chronophage des séries … alors avec un « S » comme serial , je suis encore plus pétée de trouille :lol:

  8. Amaya says:

    bonjour Murielle :-)
    J’ai l’habitude de me limiter à une seule série , quand je décide d’en regarder , sinon j’y perdrais trop de mon temps , je me connais ….

    • :-)
      Tu as décris exactement la situation dans laquelle je me trouve…

  9. La différence homme/femme s’estompe, a partir du moment ou ceux-ci ont du coeur, ou une certaine intelligence du coeur. Il est vrai que l’époque privilégie l’égoïsme et la compétition, notamment dans le monde du travail.

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