Le chagrin des vivants

Le chagrin des vivants d’Anna Hope. Voici un livre que j’ai pris à reculons, non pas façon moonwalk, mais plutôt « inquiète » de lire un énième livre sur la mort, le deuil, la guerre et les femmes laissées derrière. Mais comme on dit chez les anglais, I’m a sucker for sad stories.

le-chagrin-des-vivants-anna-hopeL’histoire :

Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière.
À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammersmith Palais pour six pence la danse.
Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les cœurs s’apaisent.

L’histoire est riche. Comment  raconter une histoire sur la Première Guerre Mondiale avec la perceptive des femmes sans en faire quelque chose qui ne parle que des hommes. Mais en même temps, comment écrire une histoire qui est principalement sur les femmes sans oublier le coût, la perte, la vie des hommes qui sont tombés et la vie des survivants qui sont revenus dans un monde complètement différent?

Apparemment c’est possible quand vous avez le talent d’Anna Hope. Aucun personnage, homme ou femme, n’est floué. Aucune histoire est indigne d’être dite, aucune volonté, besoin ou désir n’est ignoré.

« Elle se prend la tête dans les mains.
Encore une folle, qui vieillit.
Qui court après des fantômes.
Qui dans la rue appelle à grands cris son fils mort. »

Il y a beaucoup de compassion et de sympathie pour tous les personnages, peu importe leur niveau de souffrance. Ici, le concept de Guerre Totale est totalement, et habilement exploré par l’auteure. La guerre est partout, elle touche et inclut les civils autant que les soldats, elle est dans les tranchées mais aussi partout ailleurs. Et s’il est important de reconnaître la souffrance impensable des soldats au front il est tout autant important de comprendre que ceux qui sont restés derrière ont aussi vécu la guerre.

« Tu es amère, dit-il. Et tu es seule. Tu n’as aimé qu’une personne de toute ta vie, et on te l’a prise, et c’était une chose absolument épouvantable et j’en suis vraiment désolé. Et j’en ai toujours été désolé. Mais nombre de gens endurent bien pire tout en restant des êtres humains convenables. Voire en devenant meilleurs qu’avant. Toi en revanche, tu as utilisé cette seule mort comme un combustible pour haïr le monde. »

Et pourtant, malgré quelques constats durs et sévères, il n’y a pas de jugement, indépendamment de ce que les personnages ont fait, font ou feront.

Et la Grande-Bretagne après-guerre est intelligemment en termes de division de classes dans les changements sociétaux pour faire face à la suite.
C’est une nation dans un processus de deuil et ce «réveil» et ses différentes significations est littéralement Wake est le titre original du Chagrin des vivants. « Wake » comme la « veillée funèbre » mais aussi le « réveil » et le « sillage ». C’est compliqué de traduire un titre sans rien perdre du sens quand un mot suffit, un mot, un seul, si riche de sens.

Bien entendu Le chagrin des vivants offre un point de vue limité. Non seulement parce qu’il est limité à un seul pays, mais aussi parce qu’il ne donne qu’un instantané, un aperçu de ces personnages et de cette nation condensé en 5 jours. L’histoire se termine le 11 novembre 1920 quand la Tombe du Soldat inconnu est dévoilée et comme telle elles est une mesure de l’espoir à trouver et l’allusion à un processus de guérison, mais elle n’apporte pas de réponses durables ou des solutions face au chagrin.

« C’est juste… ce n’est pas un crime d’être heureux, tu sais. »

 Et c’est peut-être aussi la beauté formidable de ce premier roman qui se termine d’une manière géniale, comme  dans une scène de cinéma, que je vous laisse découvrir…