écrire / raconter

Julia

Silence… tout est calme. Exactement comme j’aime. Mon mari est absent, il pleut donc personne ne tond la pelouse et même les oiseaux font un break. Je peux entendre ma propre respiration et mes pensées.

J’avais envie de calme depuis si longtemps. Depuis 30 ans en fait. Depuis ma première année à l’université. Je vivais avec trois autres personnes qui buvaient, faisaient la fête et tout le reste bruyamment.

Moi je m’effondrais tranquillement. Entendre toute cette vie ordinaire et turbulente me rendait désespérément triste. Depuis, je suis passée par des colocations où j’étais l’étrange jeune fille de 21 ans qui frappait aux portes en pyjama pour demander aux voisins de baisser la musique. J’ai ensuite vécu dans un studio à Paris, près du périph. La circulation, le jour, la nuit, le bruit…

Science fried art

Tout cela a engendré une obsession du bruit, ou plutôt de son évitement. D’où le fait de vivre dans ce cocon tranquille ce village paisible. C’est un privilège pour lequel je suis extrêmement reconnaissante. Et privilège est le mot : les effets pernicieux de la pollution sonore – dont on estime qu’ils causent 12 000 décès prématurés par an en Europe – affectent de manière disproportionnée les zones à faible revenu. On peut vraiment acheter le silence.

Mais récemment, le volume sur ma vie a encore baissé. Pour commencer, mes fils ont déménagé, réduisant radicalement le paysage sonore domestique. Fini le bruit de fond de Netflix et des commentaires criés quand ils jouent à Fortnite (malgré le casque), les portes claquées et les pieds de chaise trainés. Nos discussions sont programmées maintenant.

J’ai opté pour un travail hybride, diminuant dans la semaine, les conversations régulières avec d’autres humains. À l’automne, le chien est mort et avec lui, une playlist profondément familière : les ongles claquant sur le carrelage, le cri urgent de sortir, un soupir comme s’il se dégonflait alors qu’il s’installait sur son coussin et ses doux ronflements alors qu’il dormait dans mon bureau.

Me voilà donc, menant ma vie la plus tranquille possible. Je suis sans but, un peu bizarre et, devinez quoi : perversement attirée par le bruit. Je parle aux plantes, je guette le facteur et je complimente les inconnus dans la rue sur leur tenue. Et quand je suis seule à la maison, je fais des petits sons – qui ne sont pas vraiment un langage – pendant que je tourne en rond.

J’avais envie de ce silence et je l’ai eu. Quelle ironie alors de découvrir que mon ouïe a énormément baissé depuis cette dernière année. Mon ORL vient de me l’annoncer : c’est bien une surdité.

 

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