Des incipit, des histoires et la vie
L’incipit… Quand on écrit, on pense souvent à la première phrase. Celle dont le lecteur se souviendra. Mais une bonne première phrase n’est pas toujours indispensable, car qui s’arrête de lire après une phrase ?
Elle peut être extrêmement utile pour susciter des attentes quant au style et à la caractérisation qui suivront. Si la couverture d’un livre peut indiquer un genre, l’incipit va définir le sous-genre.
L’introduction donne le ton, le personnage, le lieu, l’époque ou la saison. Mais elle peut aussi entraîner le lecteur dans l’univers de l’histoire qui suit, et souvent dans la tête du protagoniste ou dans une réalité alternative. Lorsqu’on ouvre un livre, on est prêt à embarquer pour un voyage. Le coup de départ doit nous propulser.
D’après mon expérience, une bonne introduction soulève également des questions auxquelles il faut répondre. Qui, pourquoi, comment, ou même : c’est quoi ce bazar ?
Il y a des incipit très connus : celui de Camus dans L’étranger, de Proust et d’Aragon. Et puis il y a ceux qui nous marquent plus parce que l’histoire nous a touchée.Ou peut-être aussi parce que certains sont toujours d’actualité.
Ils tuent la jeune Blanche d’abord. Avec les autres, ils peuvent prendre leur temps.
Dans Paradis de Toni Morrison, on est en 1976, dans l’Oklahoma rural. Neuf hommes de la ville voisine attaquent un ancien couvent désormais occupé par des femmes fuyant des maris ou des amants violents, ou un passé malheureux. « Des femmes qui se sont choisies pour compagnie », dont la solidarité et la solitude révoltent la culture masculine qui se venge désormais. Cela paraît simpliste, mais le roman ne l’est pas…
Oui, c’est lui, oui, celui que vous avez aimé puis détesté, celui qui vous a fait rire et pleurer, vous avez connu ce corps en mouvement, contre vous, sur vous, près de vous, vous l’avez caressé, serré, repoussé, vous l’avez vu courir, nager, skier, oui, c’est lui, il n’y a pas d’erreur, vous êtes sûre de vous, c’est lui sous les hématomes et les traces de sang séché, lui malgré les blessures et les entailles, vous l’identifiez formellement, ce cadavre, c’est lui.
Je triche un peu sur ce roman parce que L’insouciance de Karine Tuil est en plusieurs parties. Ce début de paragraphe est la dernière partie « La fin de l’insouciance ». 4 parties pour 4 histoires et 4 vies.
Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps.
Dans Au revoir là-haut, Pierre Lemaître relate avec ironie, profondeur et humanité, la tragédie de la 1ere guerre mondiale. Le claquement des bottes et le bruit des fusils pour donner naissance au patriotisme sont des sons insupportables à entendre encore aujourd’hui…
Pour son malheur, dès qu’Adam Appleby s’éveillait, sa conscience était immédiatement submergée par toutes les choses auxquelles il voulait le moins songer.
Ou comment l’anxiété est définie par une simple phrase à la fois si réaliste et pleine d’autodérision. Voici le talent de David Lodge…
Le jour où elle allait essayer de se tuer, elle s’aperçut que l’hiver revenait.
Dans Quand tu es parti Maggie O’Farrell observe les petits comportements, les mouvements subtils et les habitudes du quotidien. Elle excelle à les assembler pour créer une impression de vie réelle traduisant les souffrances partagées et imbriquées d’une mère, de sa fille et de la fille de sa fille.
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