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Réflexion sur une errance médicale et un diagnostic

On entend souvent parler d’errance médicale, terme utilisé parfois incorrectement. L’errance médicale c’est le parcours prolongé et souvent frustrant d’un patient à la recherche d’un diagnostic correct et/ou d’un traitement approprié.

Elle survient lorsque les symptômes sont atypiques, complexes, ou mal compris, conduisant à des consultations multiples, des examens répétés et un sentiment d’incertitude.

Il y a quelque chose de cruel et d’injuste dans cette errance médicale. Parce que, franchement, la plupart du temps on connaît son corps. On sait quand il va ou ne va pas bien. On sait quand quelque chose cloche. Et pour un peu qu’on soit assez résistant à la douleur et ou programmé pour ne pas se plaindre, on attend le « dernier » moment pour consulter. Mais si quand on consulte, on nous répond que non, tout va bien, reposez-vous, mangez équilibré et marchez plus, comment aller mieux ?

J’ai vécu un peu ça, à différentes périodes de ma vie. J’ai fini aussi par aller voir des psys parce que je me disais, puisque si tout va bien, ce doit être dans ma tête. Ça l’était sans doute un peu, mais pas que…

Un petit crabe finalement. Pris à temps, réglé par la chirurgie et quelques rayons. Puis autre chose. Et autre chose. Mon corps est mon allié mais parfois un ennemi qui me laisse peu de répit.

Lorsque le système médical fonctionne, un diagnostic peut apporter un soulagement, ouvrant la voie en principe à la meilleure thérapie et aux meilleurs médicaments. Mettre enfin un nom sur sa maladie – physique ou psychique – est une expérience enrichissante et précieuse. Une approche diagnostique est toujours utile : pour ne pas vivre cet isolement physique ou mental. J’ai eu de la chance d’aller au delà de mon médecin généraliste – efficace mais pas assez focus sur les problèmes féminins. En trouvant une spécialiste à l’écoute qui a pointé les défaillances médicales, les traitements invasifs et les évidences génétiques, j’ai enfin pu me sentir vue et entendue.

Mais après les examens, les analyses, les IRM et enfin les résultats, malgré le diagnostic enfin posé, je suis encore un peu désœuvrée. Au début je pensais que ce diagnostic allait fermer une porte.

Peinture du'une femme brune assise les jambes croisées, le visage sur le menton. Elle est brune, habillée d'une blouse noire et blanche et d'un pantalon vert et blanc à rayures.

On peut souvent utiliser un diagnostic pour stopper toute réflexion, pour mettre fin à toute quête de sens dans notre propre expérience, avec nos histoires, nos relations et notre souffrance individuelle. On sait, on est traité ou suivi, on pense avoir la paix. Comme si une porte allait enfin se fermer.

Finalement après l’errance médicale, le diagnostic est utile d’un point de vue médical, pour sa relation de patient/médecin, pour échanger en tant que « malade ». Ne serait-ce que pour mettre un mot sur sa condition.

Mais, moi et mon cerveau toujours en ébullition, j’ai besoin d’aller au delà et de comprendre.

Parce que comprendre, c’est se tenir sous quelque chose et lever les yeux. Essayer d’explorer les phénomènes depuis l’inconnu et être curieux de ce que l’on pourrait découvrir.

Car on peut aussi acquérir une meilleure compréhension de soi-même en allant au-delà du diagnostic et en explorant les effets de la maladie. Quels sont les effets indésirables ? Comment les éviter ? Quelles sont les dynamiques inconscientes qu’on répète parfois ? Et surtout, envisager ou décider que des changements sont à apporter. Que sa vie d’autrefois n’est sans doute plus.

C’est une approche qui dépasse le diagnostic. Après l’étape nécessaire de savoir quelque chose et d’apposer une étiquette à une expérience/maladie, on explore un sentiment et on y appose des mots. Pour que la maladie ne soit plus vécue comme une punition mais comme une expérience, le début ou la fin de quelque chose, une voie vers un changement.

De là à devenir Bouddha…

 

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