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William Morris ou une philosophie de l’art

Le grand designer du XIXe siècle, William Morris, ne pensait pas à une coque d’iPhone fleurie à 2 € lorsqu’il écrivait : « Demain, le monde civilisé connaîtra un art nouveau, un art glorieux, créé par le peuple et pour le peuple.» De son vivant, il a échoué dans son rêve de créer de l’art pour tous, tout en rémunérant équitablement ses ouvriers. Seules les demeures des riches sont décorées par Morris & Co. Comme il le craignait, il n’avait fait que « servir le luxe sordide des riches ».

Mais aujourd’hui, ses créations sont disponibles partout, de plateformes de vente en ligne chinoises aux boutiques des musées. Son estampe « Le Voleur de fraises » est l’objet le plus populaire de la boutique du V&A. Et Internet regorge d’affiches générées par l’IA pour de fausses expositions William Morris au V&A. Si je vous en parle c’est parce que moi-même j’ai ce motif sur ma coque iPhone.

Peinture multicolore avec des oiseaux qui piquent une fraise parmi des fleurs.
Le voleur de fraise – William Morris
William Morris serait à la fois ravi et consterné par cette démocratisation de son travail. Son héritage – comme sa vie – sont faits de contradictions : socialiste radical et homme d’affaires à succès – il a fabriqué du papier-peint pour la reine Victoria – et enfin, défenseur passionné de l’artisanat et des droits des travailleurs, dont les créations sont devenues un modèle pour la production de masse.

Écologiste de la première heure, il s’insurgeait contre le gaspillage et la pollution de l’ère industrielle. Son roman de science-fiction utopique de 1890, Nouvelles de nulle part, imaginait un avenir sans argent, sans propriété privée ni grandes villes. Il pensait que seul un bouleversement total du capitalisme serait efficace.

Les idéaux de Morris survécurent au siècle suivant, influençant la pensée politique sur les arts. En Angleterre, l’organisation Design Council porte encore un peu cette philosophie. Célébrant son 80e anniversaire cette année, elle avait été créée pour contribuer à la reconstruction de l’économie après la Seconde Guerre mondiale, mais aussi pour améliorer le quotidien des gens.

Nous vivons aujourd’hui un nouveau moment Morris. L’expression joyeuse de la nature dans ses motifs est peut-être la clé de leur attrait durable. Sa devise, « N’ayez rien chez vous que vous ne sachiez être utile ou que vous ne croyiez beau », a peut-être trouvé un écho pendant le confinement. La génération Z s’est tournée vers l’artisanat, il y a de plus en plus de boutiques avec des produits faits main et locaux. Et le « cottagecore » a pris son envol.

Pour beaucoup d’autres, notre logement est aussi notre bureau ; nous le voulons beau…

Intérieur de la maison de William Morris avec papier peint fleuri et fauteuils en tissu fleuri

William Morris a toujours été le visionnaire et la conscience du design. Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de lui. Comme le prouve la Morrisomanie, les designers – même involontairement – ​​ont largement contribué à alimenter la surconsommation. Ils ont le pouvoir de façonner notre monde et notre avenir. 80 % de l’impact environnemental de tout nouveau produit est déterminé dès la conception.

Un bon design ne se résume plus à une question de forme et de fonction. Les designers se doivent de répondre à l’urgence climatique avec des innovations à la fois esthétiques et durables.

Alors que la mondialisation elle-même est sous le feu des projecteurs en raison des droits de douane américains, Morris nous rappelle de réfléchir à la provenance des produits et à leur mode de fabrication. Et de continuer à porter sa bonne parole.

“Have nothing in your houses that you do not know to be useful or believe to be beautiful.”

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