Accords suspendus : entre rêve et routine
Avec Accords suspendus Helen Garner connaît un moment de gloire bien mérité. Âgée de 81 ans, cette auteure australienne célèbre dans son pays, mais jusqu’à récemment peu connue ailleurs, a bénéficié de la réédition de ce roman datant de 1984. Accords suspendus vaut la peine d’être lu.
Le 4e de couverture : Une vie tranquille dans la banlieue de Melbourne, cela semble convenir à Athena et Dexter Fox. Ils sont heureux, s’occupent de leurs deux jeunes garçons, et de temps en temps, Athena joue du Bach sur le piano de la cuisine.
Mais un jour, Dexter croise Elizabeth, une vieille amie du temps de ses études, et l’invite à la maison. Avec elle, ce sont aussi sa sœur Vicki et son amant Philip qui entrent dans l’existence de la famille Fox, leur montrant l’exemple d’une vie plus libre, plus bohème. Et le monde en apparence si solide d’Athena et de Dexter commence alors à se fissurer…
Les lecteurs d’Helen Garner savent que les maisons, et leurs espaces domestiques d’intimité et de négociation, sont au cœur de ses romans. La plupart du temps les personnages luttent avec leurs passions et leurs idéaux. Les nouveaux modes de vie qu’ils instaurent offrent, notamment aux femmes, un sentiment de liberté au-delà du mariage et de l’éducation des enfants, mais cette liberté s’accompagne de compromis et de pertes.
Dans Les accords suspendus, Garner se concentre surtout sur le foyer d’un couple marié en banlieue.
Aucun des personnages adultes n’est particulièrement attachant. Philip est un imbécile égocentrique, tout comme Elizabeth. Dexter, guindé et critique, semble être le centre moral du livre. Philip dit : « On dirait un personnage de roman russe ou d’opéra de Wagner. Une âme noble. » Mais Dexter est un peu un épouvantail, et lorsque la « vie moderne » le happe dans son « univers moral » (« Il n’aimait pas ça. Il détestait ça »), son éveil à la réalité n’est pas pour autant bouleversant.
En fin de compte, pour le meilleur ou pour le pire, Athéna est notre héroïne. Elle est d’abord sympathique en tant que mère de famille dont les trois autres occupants – tous des hommes – la vident de toute énergie.
« L’édifice tremble.
Athena cesse de manger, bien qu’elle continue à acheter de la nourriture et à cuisiner. Ses vêtements flottent sur elle, mais ceux de son mari et de ses enfants sont toujours propres et prêts. Elle se met à marcher seule le soir, il lui tarde d’être hors de la maison, ils ne peuvent capter son attention une fois que le soleil s’est couché, ses yeux vagabondent du côté de la porte ouverte, et Dexter sait qu’il n’est pas invité. »
Sa décision d’avoir une liaison semble quelque peu justifiée, mais son choix d’amant est inadéquat, et à la fin de leur liaison, le couple est comme « deux fantômes… deux ensembles de vêtements vides accrochés l’un en face de l’autre dans un placard ».
Les choses se produisent avec une rapidité incroyable et souvent sans lien de cause à effet apparent. Entre les mains d’un écrivain moins doué, cela aurait probablement donné lieu à un désordre déconcertant, mais Helen Garner a toujours le doigt sur le pouls du récit, sachant précisément quand ralentir suffisamment pour nous permettre de nous repérer.
Accords suspendus… La traduction du titre anglais Children’s Bach, est parfaite, mieux que la VO, parce que la musique pourrait être la clé pour décider qui est apte, ou non, à naviguer dans le monde moderne. La famille aime la musique, et des références à la musique qu’ils apprécient sont parsemées dans le livre. Dexter n’y connaît rien. Poppy joue avec aisance et grâce. Philip est un guitariste professionnel.
Mais la pauvre Athéna est à la peine.
« Il y avait des jours où son approche de la musique… était si arythmique et dépourvue de mélodie qu’elle en avait honte, comme si elle avait profané un autel, et elle fermait le piano et sortait dans le jardin avec un balai.»
Ces petits moments de tristesse sincère, disséminés tout au long du roman, contrebalancent l’histoire parfois loufoque. C’est un court roman assez cruel parce qu’honnête et franc dans ses descriptions. Parce que finalement c’est peut-être ça aussi la vie de couple : des moments de tristesse et de lassitude entrecoupés d’absurdité sans délicatesse.
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