Écrire,  Lire,  Questionner

Notre besoin d’histoires

La vérité est la chose la plus précieuse que nous ayons. Économisons-la.

Mark Twain a sans doute raison. Nous devrions nous concentrer sur la fiction. Notre besoin d’histoires… Le passé et la famille, les souvenirs et les relations, même le nom de ses enfants – ou de son chien… La façon dont on se présente, ce qu’on raconte ou pas à son entourage… tout est une histoire. Ces récits personnels mais aussi universels se façonnent avec nos biais, nos expériences mais aussi nos rêves.

Les mots et par conséquent les histoires sont notre ouverture ou notre limitation au monde. Plus je connais d’histoires, plus je comprends que la vie est simple et compliquée à la fois. Et plus je sais que je ne suis pas seule. Ne pas lire, c’est pour moi, se fermer au monde.

J’ai toujours aimé la fiction parce que même si je savais que c’était sorti de l’imagination d’un.e auteur.e, il y a avait la volonté de recevoir un savoir ou d’appréhender un sentiment. L’histoire me poussait à comprendre, à chercher par moi-même une explication. Elle m’apprenait à interpréter quelque chose d’inattendu. Mais pas que.

Comme beaucoup d’entre vous, lire c’est vouloir une relation affective. Je veux être émue, être triste, être consolée, être rassurée, être ravie… Et même si ces émotions je les ressens déjà dans la vie réelle, je veux aussi les ressentir en lisant une histoire.

 

Jeune femme à demi allongée sur un canapé qui lit un livre
Fatima Karashaeva

Je ne sais pas si on parle d’identification, de projection, d’une relation particulière, etc. mais notre besoin d’histoires va au delà de l’émotion et de la cognition. Il y a aussi le plaisir esthétique, le plaisir du mot bien choisi, de la description bien faite, du moment partagé exquis. Mes ami.e.s savent que je fais du « storytelling » avec eux parce que j’aime prendre le temps de poser le contexte, imiter les personnages, créer des gimmicks, exagérer parfois. C’est un partage complice qui devient un souvenir ensuite.

Notre besoin d’histoires c’est aussi vouloir des vies plus grandes, plus belles, plus fortes, plus sexy pourquoi pas. Le récit donne du sens mais aussi de l’intensité. Il multiplie la vie. Grâce à lui, j’ai voyagé loin, sous les mers et dans l’espace, j’ai fait la guerre, j’ai gagné, j’ai perdu, j’ai vécu mille existences et je suis morte mille fois. J’ai été un centenaire suédois, un espion vietnamien, un garçon, un animal. J’ai été une déesse, une guerrière, une enfant noire et une fantôme.

Et si maintenant j’aime raconter des histoires, faire rire ou pleurer avec quelques phrases, c’est parce que mon imagination est toujours aussi forte. En étant la petite sœur de l’intelligence et de la sensibilité, l’imagination me permet de créer un lien. Elle me donne accès à une réalité augmentée.

Lire et puis écrire aide à se construire et s’accomplir. Je pourrais vous parler du « moi », de cette volonté d’ordonner les récits de sa propre vie, de les raccorder à une logique psychologique. Mais je vous embarquerais dans une analyse bien trop longue et bien trop poussée pour moi.

Peut-être que tout simplement, notre besoin d’histoires, c’est notre besoin de se raconter pour exister.

Pour nous autres humains, la fiction est aussi réelle que le sol sur lequel nous marchons.

Nancy Huston

 

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