Écrire librement… fiction ou pas
Dans ce blog qui dure, dure, dure… je me sens assez libre. J’écris librement sur des sujets qui m’interpellent, me passionnent ou m’agacent.
Cela ne veut pas dire que je n’ai pas parfois pesé le pour et le contre, mais j’ai appris à choisir, à faire des recherches, à laisser de côté, à approfondir ou à laisser mes idées prendre leur envol. Pour les articles plus personnels ou même sur des sujets culturels, je suis bien entendu, consciemment ou pas, inspirée par des thèmes qui façonnent mon écriture : le deuil, la famille, l’absence, l’amour aussi… Normal, on est le résultat d’une enfance, d’une histoire familiale, d’évènements.
Philip Roth a dit dans un interview aux Inrocks
Or il faut savoir que quand un écrivain naît dans une famille, alors cette famille est foutue. Vous pouvez être un fils formidable, un frère, un mari, un père, un amant génial, dès que vous commencez à écrire, tout ça n’a plus d’importance. L’écriture vous mène obligatoirement à autre chose.
Attention, je ne me considère pas comme écrivain, juste parfois un peu raconteuse, mais je trouve sa réflexion très juste. Mais écrire sur les autres c’est faire preuve de cannibalisme.
Qu’est-ce qui est autorisé exactement ? Qu’est-ce qui reste interdit ? Il ne fait aucun doute que des ami.e.s ont lu mes histoires sur ce blog. Il y a eu des réactions parfois négatives, parfois positive, d’autres sans doute rassuré.e.s que je ne parle pas d’eux ou d’elles.
Et puis, bien sûr, il y a ces personnes avec qui j’ai perdu contact. L’expérience m’a appris que ce qui rend difficile de s’engager plus loin dans les histoires – blogs, romans, groupes d’écritures, etc. – c’est la question brûlante : que diraient mes proches, et souvent : que dirait ma mère ? Peu importe que cette mère soit vivante ou morte, proche ou absente.
Puis-je écrire librement sans m’autocensurer ?
Les secrets, et la honte qu’ils suscitent, ont le don de stopper net les gens. La peur agit comme un liseron. Pas étonnant que les écrivains aient besoin de cet éclat de verre. Julian Barnes a dit que lorsqu’il travaillait sur son premier roman, il a dû faire comme si toute sa famille était morte. Mais ce qui l’a le plus surpris, c’est la méfiance envers tout ce qui est considéré comme vrai. Si une œuvre est semi-autobiographique, la valeur qu’on lui accorde est différente : tout n’est pas vrai. Comment différencier le faux du vrai ? Alors que l’histoire est vivante. Et quelle histoire, une fois répétée, est vraiment vraie ?
Une vague d’autofiction a surmonté ces préjugés, avec Jean-Paul Dubois, Annie Ernaux, Christine Angot et les « autobiographies vivantes » de Deborah Levy, parmi d’autres. Alors, dans l’écriture : est-ce la réalité ou la fiction qui se rapproche le plus de la vérité ? Est-ce que je peux me raconter ici en apposant le tag fiction ou perso ?
Pour moi, la fiction est le cadre dont j’ai besoin pour raconter les histoires que j’ai vécues toute ma vie, et dont l’écriture m’a libérée et un peu sauvée. Puis-je enfin m’autoriser à raconter des histoires sur une mère avec qui j’ai coupé les ponts exactement 11 ans auparavant ? Sur une famille toxique (oui je sais c’est le mot à la mode) qui a fait de moi quelqu’une de « particulière » et différente ? Sur des moments où je me suis dit : « c’est pas banal » ? Écrire librement…
En creusant, je sens l’éclat de verre qui appuie si fort qu’il menace de saigner, mais je ne veux plus m’inquiéter de ce qui pourrait être lu, interprété, mal accepté. Parce que finalement le silence ne vaut pas mieux. Je ne parle pas de grands drames ou de révélations extraordinaires. Juste de ce qui est personnel mais aussi universel. De ce qui est finalement – pourquoi pas si on le souhaite – aussi de la fiction. Et je me souviens des paroles libératrices d’une amie qui après avoir lu un de mes articles, (probablement) inspirée d’elle m’avait dit : « Pendant un instant, j’ai cru que c’était moi, puis je me suis dit que non puisque je ne suis pas blonde. »
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4 commentaires
Sylvie
Je ne commente pas toujours mais je lis tous tes articles. Et j’aime autant tes bouts de fiction, tes critiques littéraires, ciné ou séries, et tes moments plus personnels. Je ne suis pas voyeuse mais le perso est toujours intéressant. Je m’y retrouve parfois ou alors je vois d’une autre perspective. Quant à l’entourage, je pense que ce n’est pas si grave d’en parler. Tout le monde parle de tout le monde de toute façon. Au moins toi tu le fais avec style et talent !
Amaya
O Oui ! ce blog qui dure … C’est étonnant. Il y a quelques jours après avoir reçu un mail annonçant ton nouvel article ici , j ‘ai pensé :
» Tiens ! Il y a quelques chose à lire et c’est fou ce blog existe encore ! » Je réalisais en même temps que ton blog est le seul que je viens lire … je ne sais même pas si les autres que je visitais autrefois (quand c’était la mode d’en avoir un ?) existent. Merci de nous faire découvrir cette histoire d’écrire librement et d’entrer un peu dans tes réflexions et ton expérience d’écriture… Ce n’est pas mon univers mais je me rends compte à te lire, de ce qui m’a empêché de le faire, même à mon petit niveau et dans le cadre d’un journal personnel. Si la fiction est un moyen alors quel bonheur en vue … Vas-y Murielle ! J’ai toujours un grand plaisir à te lire et tu as du mérite car je ne suis pas une lectrice ! Ce qui m’attire ici : sensibilité, intimité, finesse, justesse, constance, rareté, stabilité, clarté … Je ne pressens jamais à l’avance ce qui va apparaitre, tout est ouvert, comme une page blanche, j’adore
C’est juste ce que je ressens et je me permets de l’écrire, c’est pour dire ! ….
murielle
Mais mais mais mais… merci pour ce commentaire Amaya ! Sincèrement !
Amaya
ben dis-donc dis-donc … avec joie !