Les preuves de mon innocence
Le nouveau roman de Jonathan Coe, Les preuves de mon innocence, est sorti. Comme d’habitude le sujet principal est l’Angleterre. Coe a fait des incursions à Bruxelles et à Hollywood, mais sa terre natale a toujours été son décor préféré, aujourd’hui comme hier. D’ailleurs ses thèmes ont souvent été nationaux plutôt que strictement personnels ou universels.
Le 4e de couv’ : L’arrivée de Liz Truss au 10, Downing Street. Des ultraconservateurs réunis dans un vieux manoir. Une société secrète d’étudiants en plein Cambridge. Plusieurs morts mystérieuses. Des jeunes femmes en quête de vérité.
Et une vieille inspectrice bien trop gourmande…
Basé autour du meurtre d’un journaliste d’investigation à TrueCon, une conférence d’extrême droite organisée dans une grande demeure en ruines aux débuts du mandat de Liz Truss, Les preuves de mon innocence explore les raisons d’un effondrement. Il retrace avec finesse l’histoire du conservatisme américain et son arrivée au Royaume-Uni, et met en scène une détective aux cheveux blancs et à l’alcoolisme invétéré nommée Pru Freeborne (ou, bien sûr, Proof Reborn).
La victime qui travaillait pour un magazine historique respectable, s’investissait davantage dans son blog politique. Il était même sur le point de découvrir les preuves du complot visant à brader le NHS.
Face à lui se dressent des éminences grises, des démagogues, une servante particulièrement effrayante et, de manière assez inattendue, un universitaire spécialisé dans l’œuvre d’un romancier culte disparu depuis longtemps.
Le récit se présente sous diverses formes : mémoires, autofiction, récits personnels au présent et au passé et, plus amusant encore, la première ébauche d’un « cosy crime » destiné à se vendre à des millions d’exemplaires malgré l’écriture moyenne. Meurtre à l’étang de Wetherby contient des merveilles comme : « les canards de l’étang qui avait donné son nom à la bourgade s’envolèrent dans une salve de coin-coin courroucé« …
Le genre du « cozy crime/mistery » côtoie le « dark academia » – pensez à L’Histoire secrète de Donna Tartt – et l’autofiction. Le tout dans un cadre différent, celui d’un pastiche vaguement postmoderne.
Parce qu’il est construit avec une grande habileté et se prolonge dans les autres sections, je pense que ce roman sera considéré surtout comme un roman policier. Si le coupable et le crime avaient été moins intrigants, les deux autres genres auraient pu s’imposer davantage, et l’ensemble serait peut-être plus net dans la mémoire.
Mais comme le dit un personnage
« … quelques instants plus tard, il reprit : « Le meurtre… » « … est profondément enraciné dans la culture britannique. »
Bien entendu, l’étude de Coe sur le mode de vie actuel repose sur son intérêt pour la nostalgie, son attrait personnel – la berceuse à moitié oubliée, les sketches de Morecambe et Wise – et ses dangers plus vastes. Après le basculement de la responsabilité collective vers l’individualisme libéré créé par le thatchérisme, nous comprenons cette nostalgie.
« Et de nos jours, dans les années 2020, on trouve beaucoup de nostalgiques de cette brève période d’après guerre. D’un temps où, certes, nos chapeaux melon passaient parfois sous un rouleau compresseur tandis que nos tours de chant finissaient en fiascos hilarants, mais où au moins on pouvait compter les uns sur les autres, au moins on savait se serrer les coudes. »
La place du roman dans des moments comme ceux-ci est l’une des questions de Jonathan Coe. Il la pose en créant des passages secrets, en exposant des manuscrits brûlés et, naturellement, un méchant se cachant à la vue de tous. C’est un livre sur les livres. Il y a des lignes et des angles littéraires à étudier, et pour les accompagner, des informations sur l’édition, la critique et le commerce des livres rares que tout bibliophile pourra apprécier et qu’un lecteur moins assidu, pourra sauter.
À défaut, vous pouvez simplement essayer de découvrir qui est le tueur… Après tout il suffit de découvrir les preuves de son innocence.
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Une photo #10 Nicolaï lejov



