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Réflexion légère sur la gratitude

Nous remercions souvent les gens pour ce qu’ils ont fait. Et lorsque nous éprouvons de la gratitude, c’est généralement pour des événements positifs de notre vie.

Mais peut-on avoir de la gratitude pour quelque chose qui ne s’est pas produit ?

Les philosophes utilisent le terme contrafactualité pour désigner des alternatives imaginées à des événements réels ; des scénarios qui auraient pu se produire, mais qui ne se sont pas produits.

Le raisonnement contrafactuel nous amène à explorer des scénarios hypothétiques. Et si je n’avais jamais rencontré cet Irlandais en 1999, comment ma vie aurait-elle été différente ? Et si j’étais restée en Angleterre, ma vie aurait-elle été meilleure ou pire ? Et si je n’avais pas coupé les liens avec ma famille ? Et si je n’avais pas quitté Bayonne ? Et si, et si… La liste est longue.

La capacité à envisager des hypothèses est peut-être l’une des caractéristiques uniques et créatives de l’esprit humain. C’est sans doute comme ça qu’on apprend de nos erreurs, qu’on réfléchit à ce que nous aurions pu faire différemment, et qu’on s’améliore. Ceci dit cette supposition marche uniquement pour les gens avec une propension pour la réflexion, la remise en question et la gratitude.

Parce que les « et si » peuvent aussi nous nuire s’ils nous entraînent dans des ruminations regrettables, à ressasser sans cesse ce qui aurait pu être mieux, et ce que nous aurions pu faire différemment.

Comment apprécier ce que l’on a en imaginant sa vie sans ? Comment avoir de la gratitude dans l’absence d’évènements ? Comment voir ces petits signes qui nous accompagnent dans la vie ? Comment reconnaître ces petits cadeaux discrets qui nous accompagnent dans la vie, ces choses qui ne se sont pas produites, ces omissions et malheurs évités.

Carte As de Pique et au centre il est écrit Lucky ! Gratitude

Mon amie L. a connu il y a quelques semaines un burnout sur son lieu de travail. Un matin, après un appel, un dossier à mettre à jour et BOUM ! la panique, l’anxiété et l’impossibilité de comprendre ce qui lui arrivait. Elle est descendue prendre l’air et par le plus grand des hasards m’a croisée dans le couloir. Alors je dis hasard, mais j’avoue que je ma promène beaucoup dans les couloirs… C’est ça de ne pas avoir de travail et d’être au CSE ; je peux être dans les couloirs à parler aux salarié.e.s. On m’y croise donc souvent…

Le pire scénario ne s’est pas produit ! On est sorties dehors et dans la foulée j’ai alerté la RH et pris RDV avec la médecine du travail. L’accident de travail a été déclaré et depuis elle est à la maison à se reposer.

Alors je vous évite la version longue qui a consisté à téléphoner à tous les médecins de la Charente pour qu’elle puisse obtenir un arrêt maladie (nous vivons dans un désert médical). On a appelé l’hôpital, fait des kilomètres pour la conduire chez elle, appelé son mari, bu des litres et des litres de thé… On y a passé la journée mais on y est arrivé !

Et dans toute cette souffrance, malgré son état de choc, L. avait de la gratitude. Parce qu’elle avait évité le pire. Et si elle n’avait vu personne en allant dehors, si elle avait juste pleuré cachée dans les WC, si elle avait pris la voiture seule en état de choc, et si, et si…

Voir ces petits cadeaux discrets qui nous accompagnent dans la vie, ces choses qui ne se sont pas produites, ces omissions et malheurs évités…

 

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