Droit à l’oubli

Je peux penser à beaucoup de choses de mon passé que je voudrais oublier et effacer de mon histoire. Encore qu’heureusement aucune d’entre elles ne semble avoir une deuxième vie sur internet. Mais mes transgressions sont plus que petites si on les compare à celles qui pourraient maintenant être retirées des moteurs de recherche grâce à une récente décision de la Cour Européenne de justice

 

Google s’exécute donc et propose désormais aux utilisateurs européens un mécanisme de droit à l’oubli, permettant de supprimer des résultats de recherche les liens vers des pages comportant des informations personnelles les concernant. Conformément à la décision de justice, il évaluera chaque demande individuelle pour trouver «un juste équilibre entre la protection de la vie privée et le droit du public à accéder à ces informations».

Bien que je l’utilise encore un peu, je ne peux pas dire que je suis la plus grande fan de Google: trop grand, trop puissant, trop ambitieux – trop dangereux. Je lui préfère DuckDuckGo. Cependant, il est le moteur de recherche de choix pour des milliards de personnes, et il est clairement là pour rester, c’est donc dans notre intérêt à tous de s’assurer qu’il est aussi utilitaire que possible.

Par exemple, les résultats de recherche sur Stan O’Neal, ex-PDG de Merrill Lynch – et sujet d’un blog du journaliste Robert Peston – ne seront plus les mêmes en Europe. O’Neal sera, sans doute heureux de cette opportunité, puisqu’il a maintenant le « droit à l’oubli »…
Ce même O’Neal qui a été décrit dans le magazine New York Times comme l’un des « idiots » ineptes qui ont précipité la crise financière mondiale.

D’autres histoires retirées de la liste à ce jour incluent une sur un arbitre écossais qui a été reconnu coupable d’avoir menti au sujet d’un pénalty ; un couple poursuivi pour avoir eu des relations sexuelles dans un train et une compagnie aérienne accusée de racisme lors de l’embauche de personnes (qui est à mon avis dans l’intérêt public). Aucune histoire extraordinaire, mais ce n’est que le début – il y a eu plus de 70.000 demandes de suppression jusqu’ici.

oubli

 

Oui à la protection de la vie privée des citoyens, oui à l’effacement d’une erreur de jeunesse mais que va-t’il se passer quand les hommes politiques vont se lancer? Ou les gangsters/oligarches russes, ou les membres du réseau PIE ? Le droit à l’oubli est formidable pour ceux qui ont quelque chose à cacher. On a brûlé des archives pour moins que ça. Mais maintenant que tout est rapidement copié-collé, propagé et régulièrement dupliqué sur d’autres sites, dans d’autres pays, le respect de ce droit s’apparente alors au mythe de Sisyphe…

Ce qui, finalement, n’est pas si mal. Après tout, nous avons déjà la mémoire qui flanche, nous oublions si vite les actes passés, les malversations et autres histoires, qu’une petite piqûre de rappel – via une recherche en ligne – est parfois utile.

C’est un sujet qui oscille entre les questions de liberté d’expression, le devoir de mémoire, et le fait pour une personne de vouloir réécrire son histoire parce qu’elle ne l’assume plus.

L’énoncé de mission originale de Google est: « pour organiser l’information mondiale et la rendre universellement accessible et utile». C’est encore à prouver.