La patience

paul-king-waitingJe devais cette semaine publier mes « critiques » des deux derniers ouvrages d’Henning Mankell. Et je ne l’ai pas encore fait. Le ballet Cendrillon de Thierry Malandain, puis l’écriture d’articles ailleurs et d’autres choses encore, ont fait que j’ai pris du retard. Patience patience.

Cela dit, c’est bien d’apprendre la patience. Il faut une infinie patience pour attendre toujours ce qui n’arrive jamais disait Pierre Dac…. Ces dernières semaines ma patience fut testée; les retards administratifs,  les « peut-être » qui se changent en « non », les « oui » qui deviennent silencieux et le reste.

L’impatience domine de plus en plus nos vies – par « nos » je veux dire « ma » vie – de façon subtile et troublante. Une étude plus ou moins sérieuse dont je suis incapable de vous citer la source, testait des participants qui avaient le choix entre recevoir un chèque le jour même, ou un chèque d’un plus grand montant dans un délai de deux semaines. Les deux tiers ont choisi le chèque immédiat. Mais l’ironie est telle, qu’après avoir reçu le chèque, plus de la moitié de ces personnes ont attendu plus de deux semaine pour procéder à son encaissement.

Ils auraient donc tout aussi bien pu attendre et prendre le plus gros chèque. À première vue, c’est étrange que l’impatience (vouloir le plus petit chèque immédiatement) puisse coexister avec la procrastination (ne pas encaisser immédiatement). Mais finalement c’est parfaitement logique. Les deux sont des manifestations de la « partialité présente », c’est à dire préférer obtenir des récompenses et des émotions agréables maintenant, plutôt que plus tard.

C’est assez facile de croire que cette incapacité d’attendre s’est développée avec la technologie qui accélère nos vies. On s’impatiente des 30 secondes passées devant un micro-ondes tout comme on peine à supporter qu’une page Web prenne 10 secondes à charger. Il fut un temps pas si lointain où le bibliothécaire disait qu’il fallait trois semaines pour traquer un livre de référence.

Peut-être que dans un monde de gratification presque instantanée, la patience va changer alors de sens.

Auparavant c’était se conformer à l’ordre des choses, accepter son manque de pouvoir total sur le monde.Mais maintenant que les technologies limite notre temps d’attente, la patience est devenue une nouvelle forme de contrôle, quelque chose de plus personnel et intérieur, quelque chose de plus subversif puisqu’on donne un nouveau tempo à une vie contemporaine qui nous dirige déjà suffisamment. La patience comme un nouveau pouvoir sur ce qui nous entoure.

6 Comments

des choses à dire

Dans le travail, je suis plutôt patient, sauf si on me prend pour un ***. Et là, je remets les pendules à l’heure, si je puis dire, au grand déplaisir de mes interlocuteurs. En revanche, ma mère n’avait aucune patience et sans être du tout dans la technologie.
Très amusante l’histoire du chèque. Cela ressemble un peu à la théorie des jeux.

Oui c’est une façon de voir. La patience à beaucoup à voir avec le contrôle de soi-même puisqu’on ne peut rien faire par rapport aux autres

je pense surtout que ta définition de la patience est une manière de justifier le manque de contrôle sur les actes des autres :-) J’associe souvent la patience avec l’impuissance, puisque quand on ne peut rien faire d’autre que d’attendre, on se découvre patient.

bien entendu la patience est forcée quand on est dépendant des autres et c’est la situation la plus inconfortable qui soit. C’est une frustration énorme et fatiguante, alors oui je cherche des excuses et des justifications. C’est pour ça que j’écris!

La patience a un grand pouvoir sur soi même et donc indirectement sur les autres; on dit d’elle, dans la tradition bouddhiste, qu’elle permet d’obtenir dans les vies suivantes une « beauté » mais pas dans le sens exclusif de la beauté physique …. dans le sens où l’on ne suscite pas le rejet des autres au contraire…. pour un gosse dans une cour d’école , ça peut aider à bien commencer la vie que d’être entouré et non exclu, parfois même sans raison … résultat de la patience ou de son contraire.
De nos jours le manque de patience signifie qu’on ne supporte plus rien car au lieu de prendre le contrôle de nous mêmes par nous mêmes on s’en remet aux machines et, aux conditions extérieures , signe d’une trés grande fébrilité et très grande proportion à souffrir , ne supportant plus rien … nous sommes des éponges à souffrir.

ps : il m’a fallu de la patience pour écrire ce message , la machine buggait :-) … au moins de nos jours il y a plein d’occasion pour être belle dans la prochaine vie

quelque chose à dire

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