Paterson

Avant qu’il ne soit Kylo Ren, il a été le sexy Adam de Girls, puis Al Cody, Jude puis Jamie. Vous dire qu’Adam Driver fait partie de mon top 5 d’acteurs favoris est quasi inutile. Et pourtant je vais insister encore un peu avec son nouveau film, Paterson de Jim Jarmush. Parce qu’il est temps de comprendre que cet acteur est formidable.

L’histoire : Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes – de William Carlos Williams à Allan Ginsberg aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

Si vous le rencontriez, disons, dans un bar du quartier où il boit une bière tous les soirs, et que vous mentionnez cette coïncidence, Paterson sourirait, sans en faire grand bruit. Il est philosophe sur la plupart des choses, et pas grand parleur. Lui, il écoute. Il est tranquillement fasciné par l’humanité, écoutant les bavardages de ses passagers – parmi eux deux adolescents radicaux – cameo des enfants en pleine croissance de Moonrise Kingdom de Wes Anderson – comme s’il voulait apprendre quelque chose de tout le monde.

 

Il écoute et il écrit – méthodiquement – il compose des poèmes dans le cahier qu’il prend pour travailler chaque jour. Le premier d’entre eux que nous entendons commence comme une ode à la forme et la beauté des matches d’Ohio Blue Tip, puis évolue, par étapes, en un gracieux poème d’amour minimaliste.

C’est une écriture délicieuse – Jarmusch écrit de beaux scénarios – lui qui avait comme première ambition d’être poète, avant de se lancer dans le cinéma. Paterson compose à haute voix, son écriture scintille à l’écran, et on comprend… Ce film est sa vie, si discrète que vous pourriez la penser comme une note légère jouée dans un souffle.

C’est un film structuré sur une semaine dans la vie de Paterson, et tel un mantra, le rythme est doux et répétitif.  Chaque jour suit le même modèle, ne différant que dans les détails. L’horloge corporelle de Paterson le réveille entre 6h et 6h30, et après avoir embrassé brièvement sa femme Laura (Golshifteh Farahani), il se lève.

Il se rend ensuite au dépôt de bus, prenant son temps au soleil du matin, devant les anciens entrepôts et usines de la ville – un rappel que la ville un ancien berceau de l’industrie américaine. Après son travail, il prend le chemin du retour, et plus tard dans la soirée, il sortira Marvin, son excentrique bulldog anglais. Puis Paterson prendra un verre.

 

Il existe une autre œuvre d’art appelée Paterson, l’immense opus de cinq volumes écrit par William Carlos Williams au milieu du XXe siècle – dont nous voyons une copie sur le bureau de son homonyme, avec des cascades sur la couverture. Williams est une inspiration fantomatique ici, proche d’un mentor, même si Laura continue de mal prononcer son nom, tandis que Paterson est beaucoup trop modeste pour admettre que son propre travail pourrait être publié.

Il écrit pour lui-même, au sous-sol, refuge pour la réflexion, nid pour les mots. À l’étage, Laura est infatigable. Elle est doucement folle et Paterson l’adore.

 

Pas d’intrigue, pas de grandes actions, ici ce sont des incidents, des perturbations, des accidents mineurs, des accidents heureux. C’est un trésor grâce à Adam Driver au charisme unique, « mellow », presque parfait, qui cache une quête quotidienne de sens.

C’est vraiment spécial – une leçon magistrale et éblouissante sur la solitude, mais de cette solitude qui aime la bonne compagnie, aussi. Une solitude comme un choix, interrompue par ces rencontres ponctuelles, les coïncidences quotidiennes et tout ce que le monde peut nous dire quand on le regarde et l’écoute attentivement.

4 Comments

des choses à dire

C’est bien comme ça que j’imagine ce film, et je ne l’ai toujours pas vu..
(Moi aussi j’aime beaucoup beaucoup Adam Driver ;) ) Merci Murielle pour ta douceur

quelque chose à dire

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