Boyhood

« Donnez-moi un enfant jusqu’à sept ans et je vous donnerai l’homme », disait déjà une maxime jésuite du XVIIè siècle. Richard Linklater a pris le garçon et nous a donné l’homme. Ce faisant, il a créé un film formidable. Et il n’est guère mieux, ou plus noble chose qu’un film qui inspire ainsi l’amour.

boyhoodBoyhood a été filmé sur une période de douze ans ; le tournage a débuté au cours de l’été 2002 pour se terminer en octobre 2013, avec les mêmes acteurs. Il raconte l’enfance puis l’adolescence d’un jeune garçon élevé par ses parents divorcés. Cette épopée intime voit grandir Mason (Ellar Coltrane) ,de l’âge de 5 ans jusqu’à ses 18 ans, de l’école primaire jusqu’au premier jour au lycée.

La fille du réalisateur, Lorelei Linklater, joue la sœur aînée de Mason, Patricia Arquette est la superbe Samatha, maman divorcée, travailleuse et ambitieuse, mais destinée à tomber amoureuse d’ivrognes et à donner à ses enfants des beaux-pères abusifs. Ethan Hawke – au visage maigre et ciselé au fur à mesure que les années passent – est le père charmant, irresponsable et peu fiable, qui fait des apparitions dans la vie des enfants quand bon lui semble.

Puis il y a Mason et son visage enfantin, lunaire qui devient un jeune adulte sous nos yeux. C’est ce visage plus fermé, plus mature qu’il va apprendre à présenter au monde.

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Boyhood est tellement ambitieux et passionné que je ne pense pas qu’un autre film puisse envisager le même thème. Ce genre va devenir obsolète après celui-ci.

Ce qui ne veut pas dire que c’est le premier. Je me souviens avoir vu il y a très longtemps un documentaire télévisé qui avait suivi des enfants sur plusieurs années. Après de longues recherches j’ai enfin retrouvé le titre : « Que deviendront-ils ? « 

Au cinéma, Michael Winterbottom a fait quelque chose de similaire avec le film « Everyday ». Et Linklater a regardé vieillir Julie Delpy et Ethan Hawkes dans sa série des « Before ». Mais la comparaison la plus proche serait celle d’Ellar Coltrane/Mason avec Daniel Radcliffe/Harry Potter – une connection que le réalisateur amène subtilement.

Boyhood met en lumière une vérité simple : la vie est extrêmement courte. L’enfance en cours semble progresser en éon alors qu’elle n’est qu’un flash, presqu’un rêve. Puis, elle change quand nous vieillissons, oscillant entre une narration solide et constante et une constellation de moments à moitié souvenus, à moitié oubliés, parfois à la dérive, impossibles à retenir.

La technique de Linklater pourrait être appliquée à chaque individu dans le film. Les enfants et les adultes sont une même espèce finalement.

J’aimerais revoir Mason dans quelques années, puis je me dis que finalement le film le laisse au bon moment, avec beaucoup de délicatesse et d’humilité, commencer sa vie d’adulte.