Douleur

J’avais apprécié le précédent roman de Zeruya Shalev, Ce qui reste de nos vies. J’ai donc lu Douleur sans aucune appréhension, malgré le titre. Comme dans ses autres livres, elle traite de l’intime, de sa vie sans pour autant en faire trop. Quelque chose proche de l’autofiction tout en restant universelle.

Zeruya Shalev sait écrire avec passion sur les relations familiales enchevêtrées dans un pays lui même compliqué, Israël. Un pays qui est juste un symptôme ; ce qui se passe à l’intérieur se voit aussi à l’extérieur ou vice-versa. Douleur est le roman sur les blessures de notre monde.

DouleurL’histoireDix ans après avoir été blessée dans un attentat, Iris semble avoir surmonté le traumatisme. Malgré des douleurs persistantes, des problèmes avec ses enfants et un mariage de plus en plus fragile, la directrice d’école ambitieuse et la mère de famille engagée qu’elle est s’efforce de prouver qu’elle contrôle la situation.
Tout bascule cependant le jour où elle reconnaît, sous les traits d’un médecin qu’elle consulte, Ethan, son premier amour, qui l’avait brutalement quittée lorsqu’elle avait dix-sept ans. Dans un vertige sensuel et existentiel, Iris éprouve alors la tentation de faire revivre cette passion qu’elle croyait éteinte : et si une seconde chance se présentait à elle ?

Pour aller au but sans détour, Zeruya Shalev a été victime d’un attentat-suicide en 2004, à Jérusalem, après avoir conduit son fils à l’école. Voilà pour les faits. Maintenant place à la littérature. Je ne sais pas si la littérature change l’homme ou la société. Elle est peut-être même comme le disait Claude Roy parfaitement inutile. Sa seule utilité étant qu’elle aide à vivre. Ce qui est absolument le cas avec une écrivaine comme Shalev.

Douleur est à propos des bombardements sur/dans le pays, mais aussi la douleur physique, la douleur de l’amour, la douleur des parents, la douleur de l’adultère… Mais si vous allez au-delà des significations simples et tranchées, c’est aussi la douleur archétype et universelle. Celle suscitée par l’effondrement du monde comme nous le connaissons et celle qui transforme et remodèle le corps et l’âme. Celle qui fait douter, celle qui pousse à faire des choix.

Enfin, celle qui se réveille dix ans après au jour anniversaire de l’attentat vécu par Iris.  Comment vivre avec la douleur et les regrets, comment vivre un nouvel amour et être une mère pour sa fille Alma, perdue et malheureuse ? Comment choisir ?  Et comment vivre quelque chose que d’autres n’ont pas vécu. Qui peut comprendre que l’on puisse vouloir déserter sa propre existence ?

À partir de là, le retour n’est plus possible : à quoi bon manger, boire se laver et s’habiller, à quoi bon partir et revenir, travailler…

Des questions sans réponse, des monologues intérieurs, des sensations, beaucoup de rêve et d’imagination et des cheminements qui prennent parfois sens : voilà ce que Shalev nous propose pour affronter la violence du monde.

C’est une foire de sensations dans le tumulte de la vie existentielle, où les souffrances du passé continuent d’influencer le présent, révélant des plaies non cicatrisées.

Dès que la douleur cessera, cessera aussi le souvenir.

Inévitablement, la guérison est étroitement liée à nos rapports aux souvenirs. C’est un brassage des sentiments décrit avec intelligence, rythme, finesse et aussi avec humour. C’est aussi le portrait franc d’un pays tumultueux. Enfin, c’est un roman d’amour magnifique.

 

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