Caméra dessinée sur fond jaune
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Pierre Salvadori et son cinéma

Pierre Salvadori en noir et blanc
Pierre Salvadori ©Fema

J’aime beaucoup les films de Pierre Salvadori. Pas tous de la même intensité mais sa cinématographie me fait penser à l’œuvre de Sempé. Le réalisateur de Cible émouvante, Les Apprentis, Comme elle respire, Dans la cour… ou En liberté ! est un maître en comédies délicates et espiègles. Un observateur de la vie qu’il transforme avec bienveillance en aventures burlesques.

Ses films sont moqueurs mais jamais méchants, tendres mais jamais mièvres, douloureux mais jamais étouffants. J’aime qu’ils me disent : « tu vis l’effondrement mais ça va passer, tu vas aller mieux, tu vas comprendre et savoir te reprendre en main. »

Et c’est ça le pouvoir de comédie : il fait choisir la vie.

Tous ses personnages ont des pieds d’argile. Aucun n’est un colosse. Ils sont fragiles tout le temps et parfois forts en même temps. Il plient mais ne rompent pas.

Dans la cour en est un exemple parfait. Mais j’en ai déjà parlé longuement

Il y a également la comédie policière complètement délirante En liberté !, avec Adèle Haenel et Pio Marmaï. Ce dernier est Antoine qui sort de prison après avoir été incarcéré à tort. Il va croiser la route d’Yvonne, inspectrice de police, qui a découvert que son mari décédé, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou.

C’est tendre et drôle quand Yvonne raconte à son jeune fils les « aventures » de son père ce héros Di Santi. C’est burlesque quand Antoine attaque une bijouterie avec un gode. C’est émouvant quand Antoine sort de prison plus tôt que prévu et que sa chérie (Audrey Tautou) n’est pas prête. Il recommence plusieurs fois son entrée pour qu’elle entende la grille, les pas sur le gravier… C’est ridicule quand la maire fait l’eulogie de Di Santi.

Tout aussi barré et tout aussi tendre, Les apprentis avec les regrettés Marie Trintignant et Guillaume Depardieu. Quel bonheur ce film ! Antoine est un écrivain raté et dépressif. Fred ne fait pas grand-chose de sa vie et semble s’en contenter. Tous deux partagent un appartement et vivent de petites combines foireuses. Les mésaventures de ces deux copains un peu losers sont aussi drôles que tristes. Un peu pathétiques, un peu ridicules mais aimables. C’est la vie à travers une lentille déformée. Un bijou d’humanité.

 

De vrais mensonges est aussi une pépite de beaux et bons mots avec des dialogues ciselés. Emilie (Audrey Tautou), coiffeuse, reçoit une lettre d’amour, belle, inspirée mais anonyme. Elle la jette d’abord à la poubelle, avant d’y voir le moyen de sauver sa mère, isolée et triste depuis le départ de son mari. Sans réfléchir, elle la lui envoie. Mais Emilie ne sait pas encore que c’est Jean (Sami Bouajila) son employé timide et très littéraire, qui en est l’auteur, et que Maddy (Nathalie Baye) tombera amoureuse de ses mots.

L’écriture comique est parfaite, la plus sérieuse aussi. Avec quelques mots bien placés Pierre Salvadori sait appuyer sur la bonté agaçante ou l’attention étouffante des personnages.

« Dites-lui que si je suis heureuse aujourd’hui, d’une certaine façon, c’est grâce à elle. Dites-lui que c’est la colère qui m’a ramenée à la vie. Et que la colère est partie. Et que la vie est restée. »

Il y a aussi quelque chose de formidable avec Salvadori : sa façon de filmer les femmes. Elles sont amusantes, intelligentes, fatiguées, vives, cruelles ou pas, jolies mais elles ne sont pas sexualisées. Pas de male gaze avec lui. Elles sont faites de chair et d’âme. Elles sont nous, nos copines, nos voisines. Elles existent et sont l’histoire.

Finalement, j’aime ses autres films aussi pour cette même volonté de montrer des gens qui vivent leur complexe d’infériorité comme la honte, la culpabilité, alors qu’ils valent tellement mieux que ça. Et surtout pour les rires que Salvadori sait déclencher, avec des situations loufoques mais parfois si vraies.

Pour le connaître un peu mieux, un entretien sur la comédie sur Radio France.

 

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