Tous les goûts sont dans la nature…

écrit par murielle

On explique souvent ses choix et goûts par un laconique tous les goûts sont dans la nature. On ne justifie plus d’aimer Marc Levy ou Paulo Coehlo, on estime que c’est la même chose qu’aimer John Irving ou Tonino Benacquista. On nivelle les auteurs et les oeuvres par le bas en accusant le littéraire pur et dur de snobisme culturel. Pourquoi parler d’oeuvres géniales ou d’auteurs cultes? Après tout, ils racontent tous des histoires…

Si je vais dîner avec quelqu’un je ne vais pas chercher à le convaincre que boire du lambrusco pendant le repas est inacceptable. Je ne chercherai pas non plus à le convaincre que le crumble à la rhubarbe est le meilleur des desserts. Mais si je dîne avec quelqu’un et qu’il me dit qu’il n’aime pas Julian Barnes, je chercherai certainement à le convaincre qu’il a lu le mauvais titre, au mauvais moment, au mauvais âge, et je me retiendrai difficilement pour ne pas dire à voix haute qu’il est peut-être un total idiot sans aucune finesse d’esprit ni humour…

Et si j’accepte que mes goûts sont souvent différents des autres dans la plupart des domaines – le lambrusco n’est pas terrible, Tim Roth est sexy, la rhubarbe est délicieuse – la littérature et le cinéma sont des sujets plus sensibles. Je vais vous avouer quelque chose; je suis fondamentalement et terriblement intolérante. Je ne suis pas sûre d’être capable de reconnaître la liberté culturelle de chacun. Je prétends accepter mais tout au fond, dans la noirceur de mon âme, je voudrais vouer l’autre aux gémonies.

Le goût personnel est une chose étrange. C’est à vous de décider si vous aimez la rhubarbe ou si vous considérez que ce truc filandreux et acide ne mérite pas le nom de fruit. Mais quand il s’agit de film, ou de livre, accepter d’être en désaccord devient plus difficile.

Le problème est de ne pas confondre opinion et compréhension. La littérature et le cinéma sont les meilleurs indicateurs de la compréhension des gens et la mesure dans laquelle ils sont intéressés et se soucient de certaines choses. Ces choses valent la peine d’essayer de bouger l’autre, de le pousser à discuter, à échanger et, avec de la chance, à partager des valeurs.

Cependant, beaucoup portent leurs goûts et dégoûts comme des badges tribaux pour montrer une appartenance, avec une compréhension limitée de la mécanique des idées. J’aime, j’aime pas. C’est comme ça. Point final. Et c’est dommage…

Un bon livre fait aussi la lumière sur l’existence humaine, et par conséquent le goût des autres dans la littérature révèle quelque chose sur eux. Je suis persuadée que mes livres et films « préférés » en disent plus sur moi que ce que je pourrais dire moi-même. Parce que quand on lit ou qu’on regarde un film, on ne fuit pas la vie, on y plonge encore plus profondément. Parce que lire un livre ou voir un film c’est étendre encore plus sa compréhension de la vie, de ses subtilités et ses paradoxes, de ses joies et ses peines et de sa vérité. 

Mais avec le temps, je réalise que tout n’est pas non plus qu’une question de compréhension. Que le goût vient aussi de l’expérience et du vécu. Que ma perception d’un film ou d’un livre est certainement différente de la perception de quelqu’un d’autre parce que ma vie est différente. Et que, somme toute, tous les goûts sont dans la nature…

Comments: 6

  1. Laurent says:

    Fachiste! :-)

  2. la plupart de nos conversation sont en relation entre ce que nous aimons ou pas

  3. Fabrice says:

    Très amusant. Qui va à contrario de « les goûts et les couleurs ça ne se discute pas ». L’appréciation du beau dépend des goûts de chacun. Ces goûts ne sont pas discutables. Ils ne sont ni vrais, ni faux.

    • Bienvenue ici Fabrice. Et merci pour ton commentaire.
      Mais justement les goûts sont discutables. L’esprit peut juger du beau et du laid et c’est ce qui fait la richesse des discussions. Par contre on n’est pas obligé d’être d’accord, puisuqe ce sont aussi nos inclinations naturelles qui dictent nos goûts.
      Enfin, c’est ce que je pense intimement.

  4. Adrien says:

    T’as raison sur le nivellement par le bas. Au risque d’être accusé de snobisme intellectuel tous les films et livres ne sont pas égaux. En même temps je préfère une comédie un peu franchouillarde que Rohmer ou certains auteurs français.

    • Avoir des exigences culturelles (ou morales d’ailleurs) n’est pas du snobisme culturel. c’est simplement avoir de l’exigence. Et franchement, je préfère de bonnes comédies complètement folles comme celles des frères Farrelly.

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