Lumière du Moyen Orient

écrit par murielle

J’aime beaucoup les expos de photos. J’ai rarement manqué l’expo des word press qui est ce qu’il y a de mieux sur le photo-journalisme. Et pourtant je sais combien une photo est rarement objective. C’est une force d’expression puissante et le moyen le plus immédiat de montrer une réalité. Mais quelle réalité?

C’est ce que montre l’exposition tenue au Victoria & Albert Museum sur le Moyen Orient. Et d’expliquer comment les artistes et journalistes cherchent un langage et une technique dans la photograhie. C’est ainsi qu’est expliqué l’approche de ces photographes contemporains. La photographie est à peu près aussi vieille que l’expérience de l’oppression coloniale dans la plupart de ces pays : ce mode de représentation le plus puissant était le don des infidèles, et on peut encore détecter l’odeur de la transgression qu’elle a eue dans les premiers jours.

Certains utilisent la caméra afin d’enregistrer ou de témoigner, tandis que d’autres renversent ce processus afin de révéler le manque de fiabilité que peut avoir une photographie. Les travaux présentés vont de photographies documentaires à des tableaux d’images très organisés et manipulés au-delà de la reconnaissance. La variété des approches est naturelle et logique tant elle est liée à la complexité d’une région vaste et diversifiée.

Light from the Middle East est plein d’images saisissantes – Beyrouth aux jours heureux, les marins yéménites vivant à South Shields, les soldats égyptiens de la place Tahrir transplanté dans un endroit qui ressemble aux Alpes.

Certaines sont clairement passées à travers le processus créatif du collage, colorisation, double exposition, photoshop, etc.  Il y a des tirages cibachrome comme des posters, des photos qui ressemblent à des polaroïds, des photos de grenadiers qui brillent dans la nuit et ressemblent plus à des tapisseries médiévales qu’à des plans de vergers israéliens.

 

Et dans l’ensemble c’est un spectacle, mais les nombreuses idées, sont catégoriquement politiques. La plupart de ces pays ont connu l’ère moderne comme une longue série de catastrophes et d’humiliations, et l’idée de progrès dans notre sens est une blague de mauvais goût, au mieux.

Et comment ne pas l’être. Il y a encore vraisemblablement au Moyen-Orient, des artistes qui prennent des photos du lever du soleil sur le mont Sinaï. Mais les 30 photographes représentés ici, mettent en scène des images d’écrémage de leur vie et de leur époque, dans les rues et la société autour d’eux. Après tout l’expo débute avec le photographe de Magnum, Abbas, qui documente la révolution qui se déroule en Iran de 1978-1979, et elle se termine par la place Tahrir.

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Dans une grande photographie iranienne et magistrale –  le génie iranien domine l’expo – Mitra Tabrizian fait poser des Iraniens ordinaires  dans un terrain vague dans la banlieue de Téhéran, où du haut d’une palissade, l’ayatollah Khomeiny les contemple sans pitié. La perfection technologique de cette photo est douloureusement en contradiction avec la stagnation et le manque de direction de l’Iran contemporain.

 

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Les mères des martyrs montrent les photos de leurs fils, pour toujours jeunes, tandis qu’elles vieillissent dans le chagrin.

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Un gros plan du torse d’un combattant, ceint de munitions, de grenades, de pistolets et des couteaux, étincelant dans le soleil du désert, rend le visage de Bryan Adams, sur son sweat-shirt en lambeaux, insignifiant.

 

Ce peut être nostalgique, mélancolique et humouristique dans ces représentations de sociétés qui vont à une vitesse différente : le tas de briques de Yto Barrada semble ni plus ni moins important que le vilain bloc de villas qui parsèment la colline épuisée de Tanger derrière.

Mais tout n’est pas un succès. La série syrienne d’Issa Touma sur une procession annuelle soufie dans le nord de la Syrie, suivie pendant 10 ans, pourrait bien être un document ethnographique important, mais elle ne parvient pas à capturer l’intensité de l’événement. Et même si je peux deviner ce que Raeda Saadeh tentait de réaliser en enveloppant son corps  dans les journaux palestiniens et en posant à peu près comme un nu classique européen, l’effet comique est involontaire.

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L’art peut être de l’art … et être toujours politiquement engagé. Un photographe qui pense et réfléchit sur lui-même ou son environnement n’instrumentalise pas par un discours politique, mais fait ce que l’artiste fait de mieux : encourager le spectateur à regarder une situation sous un angle différent.

Comments: 5

  1. Laurent says:

    À combien de musées es-tu? Tu les as tous faits ou quoi? J’aurais aimé faire cette expo avec toi. Je suis sûr que tu as terminé la visite avec une pause thé et une longue conversation avec ton camarade sur la politique ou les mérites de la photo. In english OF COURSE :-)

    • Beaucoup mais pas tous. Je n’ai toujours pas fait la Whitechapel Gallery. Ce sera pour une autre fois… Et oui OF COURSE tea and chat about politics :-)

  2. Fred says:

    Tu voyais les expos de wordpress à Londres? Je me souviens en avoir vue une au Royal Festival Hall en 2006. Pour un peu on s’y est croisé :-)

  3. Des photos qui montrent que tout n’est pas noir et blanc dans ces conflits.

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