quand est-ce qu’on fiche la paix aux femmes?

écrit par murielle

Il semblerait que tout vienne plus facilement aux gens riches, même ce qui n’a pas besoin (nécessairement) d’être payé, comme le sexe. Les gens riches, les femmes riches, en particulier, passent un meilleur moment dans la chambre que leurs homologues plus pauvres selon une analyse récente de la première « Enquête sur la santé sexuelle espagnole » par des chercheurs de la santé publique de Barcelone. Cette disparité des niveaux de plaisir entre les riches et les pauvres n’a rien à voir avec le lieu ou la façon de faire l’amour et plus avec le fait troublant que le sexe est plus stressant pour les femmes pauvres parce qu’elles sont moins susceptibles de pratiquer le sexe sans risque et plus susceptibles d’être victimes de violence par un partenaire intime.

Franchement ce n’est pas une grande surprise que les femmes qui risquent d’être agressées par leur partenaire ou pour qui le sexe aboutira à une grossesse non désirée, en profiteraient moins. Mais ce qui est digne d’intérêt est que le statut socio-économique joue un rôle décisif dans le choix de qui aura du bon temps ou pas dans la chambre.

L’enquête a révélé, par exemple, que les femmes avec un court cursus scolaire étaient près de quatre fois plus nombreuses  à avoir subi des sévices sexuels que les femmes qui  avaient fait des études universitaires. De même, les femmes et les hommes de faible statut socio-économique utilisaient beaucoup moins les moyens de contraception. L’auteur principal de l’enquête, la Dr Dolores Ruiz, a appelé à la mise en place de nouvelles politiques publiques pour réduire les inégalités que l’enquête a identifiées.

Avec les efforts en cours pour éroder les droits des femmes (appelés collectivement la « guerre contre les femmes »), il est difficile d’imaginer le gouvernement espagnol s’engager dans un dialogue national dans un proche avenir pour rendre le sexe plus agréable pour tout le monde, et surtout pour les femmes pauvres. C’est ainsi que l’avortement va cesser d’être un droit en Espagne puisque une femme ne choisira plus librement un avortement dans les premiers stades de la grossesse. En vue, l’annulation du régime de l’avortement instauré par le gouvernement socialiste il y a trois ans , et ceci par le très conservateur ministre de la justice, Alberto Ruiz-Gallardon qui a présenté un projet de loi à cet effet. Vu que le parti au pouvoir, le Parti populaire, dispose de la majorité absolue au Parlement, l’affaire semble dans la poche. Et de ramener le droit des femmes des décennies en arrière.

Bien entendu je ne considère pas l’avortement comme un moyen de contraception mais c’est un recours et un droit à ne pas ignorer. Et si la pilule était gratuite pour toutes – comme elle l’est en Angleterre – des accidents seraient également évitables.

Vingt des vingt-huit Etats de l’Union Européenne reconnaissent le droit des femmes à décider librement de leur grossesse dans les douze à quatorze premières semaines. Six l’assortissent de conditions, et Malte et l’Irlande l’interdisent.

C’est plus qu’inquiétant, parce qu’outre l’atteinte au droit des femmes de disposer de leur corps librement, le sexe devrait vraiment être l’un des plaisirs simples et sûrs de la vie, au lieu de l’enjeu politique qu’il est devenu. Cette guerre contre les femmes, est devenu surtout une guerre contre les femmes économiquement défavorisées. Comment feront-elles si elles n’ont pas les moyens d’aller se faire avorter ailleurs? L’exemple des Irlandaises qui vont en Angleterre pour avorter ne suffit-il donc pas? Je vous conseille de regarder sur YouTube No More Shame. Je salue également le nombre de femmes qui aident les irlandaises à traverser la Mer d’Irlande pour être suivie médicalement et psychologiquement sans jugement ni condamnation.

Après les inégalités au travail et ailleurs, les inégalités dans la chambre semblent aussi là pour rester.

Je rajoute un lien vers un article intéressant sur le blog Genre!

Comments: 14

  1. Audrey says:

    Déjà s’il y a avait une meilleure éducation sexuelle chez les garçons comme chez les filles ce serait mieux. Il faudrait aussi que la pillule soit gratuite pour toutes. Je ne savais pas qu’en angleterre c’était le cas. Les femmes de tout âge ou presque ont besoin de contraception et la pauvreté ne touche pas que les jeunes. C’est super cher la pillule!
    Pour ce qui est de l’avortement, on recule on recule. Le poids de l’Eglise est incroyablement lourd et complètement scandaleux. Si au lieu de culpabiliser les mères, on les accompagnait avant, pendant ou après, certains drames n’existeraient pas.

  2. D’accord. Moi je suis pour l’IVG, entendons nous bien. Mais quand j’entends certains discours d’anciennes soixante-huitarde, j’ai souvent l’impression qu’elles s’en servent comme un moyen de contraception et là leur discours me gène autant. C’est vrai aussi qu’on a tous et toutes droit à l’éducation, mais la première doit être avant tout parentale. C’est bien d’accompagner les mères, il faudrait aussi qu’elles sachent accompagner leurs filles…
    Ensuite c’est vrai aussi que ce sont les pauvres (et les cathos ;) ) qui ont le plus d’enfants et là, que faire ?

    • J’avais l’impression que c’était les moins éduquées qui utilisaient l’avortement comme recours. Les soixante huitardes étaient plutôt les premières utilisatrices de la pilule après s’être battues assez pour l’obtenir. Je pense que les 343 salopes étaient ravies que la pilule soient enfin là.
      Oui pour l’accompagnement parental, mais si les mères ne savent pas, elle ne pourront pas accompagner leurs filles et fils. je pense qu’il faut vraiment une politique d’éducation.
      Quant aux cathos….. :-)

      • C’était justement le discours d’une des fondatrices « Françoise Fabian » pourtant… qui m’avait dérangé, qui utilisait l’avortement comme moyen de contraception et autant dire que c’était fréquent.
        Sinon oui bien sur que ce sont les moins éduquées et les plus pauvres qui l’utilisent le plus, enfin…. ou le moins en l’occurrence, vu qu’ils n’ont jamais de quoi manger, ni même d’abris décent, et pourtant toujours entourés d’une ribambelle ‘enfants…

        • J’avais l’impression qu’elle expliquait justement que c’était avant l’ère de la pilule et que l’avortement était finalement le seul « moyen » (dangereux et illégal) de ne pas devenir mère.

  3. Amaya says:

    D’accord avec toi
    (Triste, inquiétante, cette régression de la loi en Espagne)

  4. Bizarre pays que l’Espagne. Après la mort de Franco ils ont été l’un des plus permissif d’Europe (du moins pour quiconque n’avait pas peur de se ramasser les matraques de la Guardia civil sur le coin de la tronche) et voila que la crise leur fait faire marche à arrière toute.
    Méfions nous des crises, elles sont souvent prétextes à rogner sur les droits des un(e)s et des autres. Elles sont même souvent instaurées purement et simplement pour cela, faire baisser la tête au peuple.
    Je n’ai guère confiance non plus dans nos propres gouvernants, ils touchent un peu trop facilement à la constitution depuis quelques années, profitant que dégun n’ose plus ouvrir sa bouche sauf s’il est directement concerné.
    Vous connaissez le dicton : Quand ils sont venu chercher les pauvres, je n’ai rien dit, je n’étais pas pauvre, quand ils sont venus……et quand ils sont venus pour moi il n’y avait plus personne.
    Alors on compte sur vous, Mesdames. Faites que personne n’oublie le combat de Simone Veil et tout ce qu’elle a enduré.

    • L’avant dernière phrase contient un oubli: je pense que c’est: « alors on compte sur vous, mesdames et messieurs« . Le droit à une sexualité libre (plaisir, contraception et avortement) devraient également concerner « un peu » les hommes, non? :-) C’est bien les manifs et les combats mixtes

      • Non, ce n’est pas un oubli (tout au plus une petite provoc’)
        Je pense qu’attendre les hommes, comme attendre autre chose d’ailleurs, serait une erreur. Il y a des combats qu’il est mieux de mener sans attendre personne. Regarde qui fait bouger les lignes en Tunisie, les femmes.
        Après évidemment que ça n’interdit à personne de se rallier à la cause. Mais je suis persuadé que l’on a besoin que les femmes aient leur propres combats, leur propres revendications et surtout leur propre façon de mener tout ça.
        La féminisation revendiquée de certains combats les ferait sortir du lot, y mêler les hommes les banaliserait et vampiriserait en moins de deux minutes.
        Les hommes n’ont jamais attendu leurs femmes pour partir au front, c’est ça aussi l’émancipation.

        • Fred says:

          Etre féministe ne devrait pas être limité aux femmes. Les femmes doivent pouvoir décider de comment elles combattent mais elles ne sont pas une entité, il y a plein de mouvements féministes et des groupes différents. Pourquoi les hommes ne devraient pas être concernés par la contraception et l’avortement? Cela les concerne aussi. Par exemple quand je suis devenu sexuellement actif, j’ai acheté les capotes, et plus tard avec ma première copine sérieuse, je partageais les frais d’achat de la pilule (pas remboursée). Parce que sa contraception me concernait.
          L’exemple du front n’est pas correct. Il y a des femmes qui auraient peut-être voulu y aller mais elles n’avaient pas le droit. Des femmes sont alors entrées dans la résistance, sont allées bosser dans les usines, ont fait marcher le pays, participant à l’effort de guerre pendant que les hommes partaient au front. Elles ne sont pas restées sur leur cul.

          • C’est bien Fred, j’en suis ravi. Mais où je m’exprime terriblement mal ou tu ne comprends rien. Je ne parle à aucun moment de féminisme, j’ai tout les défauts du monde sauf celui d’avoir l’esprit de clocher.
            Pas plus que je n’évoque de quelques manières que ce soit le désintérêt des hommes envers la contraception, comme tu le dis toi même en parlant des capotes, c’est d’abord par les hommes (et bien avant la pilule) que la contraception a été instaurée.
            Je parle d’acquérir une crédibilité sans que quiconque puisse en diminuer la valeur et je sais qu’une lutte mixte sera immédiatement considérée comme masculine par l’opinion publique. Si les femmes veulent être entendues (y compris le jour où une de leur revendication ne sera pas soutenu par les hommes) alors il faut qu’elles soient identifiables (ce qui ne veut pas dire tomber dans le sectarisme, on peut être nuancé dans la vie).
            L’exemple du front n’est pas là pour opposer hommes et femmes mais pour signifier que de devoir incarner un combat dont est exclu l’autre sexe (par choix ou pas) ne le prive pas des bénéfices éventuels de la victoire et n’est donc pas forcément synonyme de division.
            Ce que je veux dire, c’est qu’une lutte, plus qu’incarnée, doit surtout être menée. Et que ce n’est jamais en attendant d’être le plus grand nombre que l’on avance beaucoup.
            En gros, je vais faire simple, j’aimerai que les femmes s’émancipent plus encore et proposent une véritable alternative à la politique des hommes, qu’elles soient réellement différentes et non comme c’est le cas aujourd’hui dans leur représentation au plus haut niveau de l’état des ersatz de leur homologues masculins.
            Bref, vu que la politique des hommes depuis un bail nous mène droit dans le mur, je suis impatient que la relève arrive.
            Capice ?

  5. L’Espagne est assez consternante sur le sujet de l’avortement. C’est un signe de plus qu’une partie de l’Église Catholique (puissante en particulier en Espagne), est en train de passer à l’extrême droite intégriste. On l’a bien vu en France avec les manifestations anti-mariage pour tous.

  6. Fred says:

    @Ranx Ze Vox.
    Il y a un peu des deux, j’avais mal compris une explication obscure :-)

quelque chose à dire