Vous avez un nouveau message

Les réseaux sociaux sur internet ont donné les moyens de communiquer avec les gens partout dans le monde, repoussant les limites de ce qui, dans nos vies, est jugé acceptable de partager – de « je suis célibataire » à « c’est compliqué ». Il y a aussi le fameux pouce en l’air « j’aime » – « cauchemar, toute ma famille est morte dans un crash d’avion » : 25 personnes aiment ça.

Mais c’est tout sauf communiquer vraiment. C’est faire vite, on clique sur « j’aime » et on déculpabilise de ne pas savoir vraiment comment va son ami(e). D’ailleurs en parlant d’amis, quelle escroquerie cet intitulé. Ahh les réseaux sociaux et leur vocabulaire limité… Il y a assez d’intitulés pour expliquer sa situation romantique mais simplement « amis » ou « famille » pour les relations? Pourquoi pas « bootycall », « ex que j’aime toujours », « relation éloignée », « jamais rencontré », « aucun intérêt actuellement mais ajouté car peut servir plus tard », « ancien amour sur lequel je garde un oeil », « commerce dans lequel j’ai une fois fait mes achats », etc.

Alors oui, on partage sur les réseaux qu’on le veuille ou non. Bon ok j’exagère un peu, il suffit de changer ses paramètres pour rendre les choses plus privées. Mais jamais entièrement.

Et d’actif, ce partage est devenu passif. Il suffit de poster quelque chose et la compagnie entrée en bourse fait le reste. Les pm ou « imessage » se permettent de diffuser quand et quoi vous avez lu (pages et messages) et ce, sans votre consentement. Ce qui devient gênant dans bien des situations. Parce que maintenant nous sommes aussi contraints à une obligation de répondre à un message, presque immédiatement. Avec les e-mails et pms, quel est le délai acceptable avant de répondre? Depuis quand faut-il répondre immédiatement à un e-mail? A t’on droit à un temps de réflexion avant d’envoyer une réponse?

Il doit exister un espace pour la vie privée et la discrétion quand la personne qui reçoit un message a les pleins pouvoirs pour lire, ignorer ou répondre sans être liée par des délais ou des attentes. Je n’ai peut-être pas envie de lire ou de répondre à un message immédiatement pour une myriade de raisons – j’ai besoin de temps pour penser à une réponse adéquate, je n’ai pas tous les éléments pour répondre, je ne suis peut-être pas dans le bon état d’esprit ou je ne veux pas répondre du tout. Maintenant l’expéditeur sait quand j’ai lu leur message et va attendre, devenir parano, exigeant ou angoissé si je ne réponds pas tout de suite. J’ai parfois même droit à un texto pour me dire que j’ai un e-mail.

J’aime toutes ces possibilités de communiquer mais je me demande si tout ceci augmente la valeur de nos interactions sociales. Le fait est que je ne veux pas « me rendre malheureuse » si on ne me répond pas immédiatement. Et je ne veux pas blesser l’autre si je prends quelques heures voire quelques jours pour me manifester. Parce que j’aime écrire quand tout est calme, quand je ne suis pas parasitée par ce qui se passe autour de moi, les bruits, les gens ou ce qui m’encombre l’esprit. Quand je sais que je peux prendre le temps de taper et chercher le mot juste. La précipitation ne me sied pas, jamais. J’ai toujours regretté les e-mails envoyés trop rapidement (mais ça c’est une autre histoire).

Mais vous savez quoi? Il faut avoir des interlocuteurs bienveillants, aimants et patients – et le devenir soi-même – pour accepter ce temps là. Accepter et apprivoiser l’attente. Et tenter de la rendre douce quand elle est juste, tout juste supportable.

ps : C’est le moment de présenter mes excuses à celles et ceux qui sont sur facebook, qui m’ont invité et à qui j’ai dit non. Je sais aussi que vous l’utilisez intelligemment et que par conséquent mon article ne s’adresse pas à vous mais aux autres…