Clichés volés

La rançon de la gloire est l’excuse pour tous les comportements. Une célébrité qui s’aventure en public sera observée, surveillée et prise en photo. Maintenant cette surveillance est devenue constante. La nécessité de la vie privée n’est pas seulement un lieu sacré pour travailler sur qui nous sommes, ce que nous faisons ou ce que nous pensons; c’est un refuge psychologique loin de la dissection publique écrasante nécessaire pour la santé mentale de toute personne, célèbre ou pas.

Pour ceux qui ont déjà « untaggé » une photo d’eux-mêmes (plus ou moins compromettante) mise sur Facebook sans leur accord, vous comprendrez les conséquences insidieuses du dernier scandale de piratage. Pour les pervers narcissiques qui n’aiment rien de plus qu’être vu(e)s partout et sous toutes les coutures, on ne peut plus grand chose.

L’actrice Jennifer Lawrence est l’une des célébrités qui a appris pendant la nuit que même son propre téléphone a été piraté. Un hacker a utilisé une faille de sécurité dans le système cloud d’Apple pour accéder aux données de téléphonie mobile privé de vedettes. Les données partagées sur des sites comme 4Chan sont des photographies intimes d’actrices prises par ou pour leurs amoureux.

Il demande également de l’argent en échange d’autres contenus. Les pages du forum 4chan où ont été diffusées ces images ont semble-t-il disparu, mais les clichés sont déjà devenus viraux. Le site Buzzfeed a fait des captures d’écran de la liste des personnes ciblées par le hacker : la quantité des victimes, toutes des femmes, est impressionnante.

Eh oui, parce que ce sont des femmes qu’il a choisi de hacker. Non pas que les hommes ne montrent pas leur « dong », mais c’est bien plus amusant de pouvoir ensuite se défouler sur les forums et les traiter de salopes.

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Les représentants de Lawrence ont confirmé que les photos sont réelles. L’actrice Mary Elizabeth Winstead s’est personnellement exprimée sur Twitter  pour avertir les curieux: « Pour ceux d’entre vous qui regardent les photos que j’ai prises avec mon mari il y a quelques années dans l’intimité de notre maison, j’espère que vous êtes contents de vous-mêmes. »

Il ne s’agit pas simplement de mauvais goût quand les conversations sexuelles privées de partenaires sont diffusées comme des « mèmes« . Le partage de ces images n’est pas la même chose que faire une blague. C’est un acte de violence sexuelle qui mérite la même peine sociale et juridique réservé aux harceleurs. C’est quelqu’un qui rentre chez vous, fouille dans vos tiroirs, prend des choses intimes et les met à la disposition de tous, encore et encore. C’est quelqu’un qui vous harcèle sexuellement et psychologiquement.

Il y a violation parce que quel que soit le moyen de communication entre les amoureux (qu’il s’agisse d’un appel téléphonique, un SMS, un e-mail ou l’acte sexuel lui-même), ceci est privée et empiéter sur cet acte a eu lieu sans le consentement de ceux impliqués. Et ce sont les mêmes préjudices qui en résultent. Acteurs et autres artistes peuvent certainement offrir leur image à la consommation publique, après tout cela fait partie de leur pratique professionnelle, mais certains n’ont pas négocié leur intimité sexuelle.

Se justifier de voir ces images parce qu’elles sont disponibles est déplorable. C’est la même excuse utilisée par tous ceux excités par des images plus offensives, dégradantes, voire prohibées. Le fait est que ces photos ont été obtenues de façon illégale et cela devrait suffire.

Parce que ce qui arrive à ces jeunes femmes aujourd’hui est arrivé à des inconnu(es) hier et continuera encore si on ne comprend pas que c’est la responsabilité de tous. Il n’y a ici aucune intérêt public, aucune dénonciation politique, aucun message. C’est purement de la titillation pour obsédés sexuels et ados retardés. Il n’y a aucune excuse à ces comportements de voyeur.

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Porter un jugement de valeur sur l’intelligence d’une actrice et sur le fait de ne pas prendre des photos de nu est hors sujet. Les relations longue-distance sont faites de conversations et/ou de photos intimes pour garder le lien; c’est naturel, évident et normal. Entendre dire qu’elle n’avait qu’à pas le faire est la même chose que d’entendre dire que la victime d’un viol n’avait qu’à pas porter une mini jupe/boire/flirter.

Une femme est en droit de faire ce qu’elle veut, encore plus dans l’intimité de sa chambre. La faute est dans le camp de celui qui perce un trou dans le mur et de tous les imbéciles qui attendent leur tour derrière lui pour regarder…