Réflexion pas si légère sur Noël

J’aime l’atmosphère et l’ambiance de Noël. Le parfum des oranges, des clous de girofle, des épices. Les lumières douces et chaleureuses, la bonne humeur festive et le reste.

J’aime Noël, du moins superficiellement. Mais de là à le fêter, il y a un pas que je ne franchis plus. Je n’ai rien contre cette fête, quoiqu’il ne me faudrait pas grand chose pour lister toutes les raisons pour lesquelles Noël n’est plus ce qu’il était…

Noël est la période opportune pour passer du temps avec sa famille et échanger des cadeaux dans l’esprit du don. Mais – et là je vais provoquer un moment inconfortable – je n’ai pas vraiment de famille et le peu de personnes pour qui Noël avait un sens, ne sont plus.

Je pourrais vous tenir le couplet suivant : Noël est devenu un fardeau pour beaucoup. Au lieu d’être un moment propice pour vous sentir connecté aux autres, c’est devenu le moment de vider votre portefeuille, de vous forcer à socialiser, de vous conformer consciencieusement aux attentes des autres et de stresser.

Je pourrais également vous dire que je vois seulement l’état actuel de Noël comme le symptôme d’une société en grande partie déconnectée de soi.

Je pourrais partir sur ma diatribe préféré à propos du consumérisme effréné, de la surconsommation, du trop manger, du trop boire et du trop de tout.

Je vais plutôt vous raconter une histoire personnelle et trop intime.

Noël 2009, je le passais aux urgences de Lewisham Hospital. Nous étions arrivés par ambulance en fin de matinée. Il faisait froid, je n’étais pas assez couverte pour ce jour de neige. Je me souviens avoir pensé à prendre le manteau de Thomas, son portefeuille, le portable, les clés de l’appart.

Nous avons passé la journée à attendre dans une salle d’attente  grise, froide, aux sièges en plastique, dans le courant d’air froid amené par les portes automatiques qui s’ouvraient sans cesse. Autour de nous la misère humaine. Quelques gens soûls, les gémissements d’un homme avec une main en sang, des sans-abri qui puent la pauvreté, l’urine et le reste, une femme qui pleure, à moins que ce soit moi.

Un billet de £10 et pas de monnaie. Même pas de quoi prendre une boisson chaude. La réceptionniste à l’accueil n’a pas de monnaie. Personne n’a de monnaie. C’est toujours la galère devant les machines à café. On cherche désespérément dans ses poches ou son sac pour quelques pièces pour avoir un peu de chaleur réconfortante et sucrée et on ne les trouve jamais.

Thomas perd la raison et je ne sais plus quoi faire ou dire. J’ai aussi peur que lui. Des heures d’attente, les malades défilent, les blouses médicales sont rares et nous ne sommes toujours pas appelés.

23h, une interne nous reçoit et juge l’état de Thomas suffisamment grave pour l’hospitaliser. Une chambre sera libre vers minuit.

C’est Boxing Day, encore férié. Il neige toujours. Mon portable n’a bien sûr plus de batterie et c’est impossible de trouver un taxi.

Je rentre désemparée. Je sais que quelque chose a changé à jamais. Je vis les mois suivants comme un cauchemar, entrecoupé de petites et brèves respirations joyeuses, la naissance de Jules, le mariage d’un ami…
Puis en août 2011, Thomas, résigné, arrête de lutter.

Noël 2018. Je l’ai passé à regarder des séries télé. C’est bien pour ne pas penser. C’est bien de ne pas se forcer. Je n’aime toujours pas le célébrer.

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